Dès mercredi, le diesel baisse enfin, mais pas pour tout le monde

Le prix du diesel B7 chute de 4 centimes dès mercredi, une bonne nouvelle pour les conducteurs. Sauf que le mazout de chauffage, lui, augmente. Pourquoi cette asymétrie ? Qui en profite vraiment ? Et pourquoi personne ne crie victoire ?

Publié le 6 octobre 2026 à 22:05
Dès mercredi, le diesel baisse enfin, mais pas pour tout le monde

Le diesel baisse, mais pas comme vous croyez

Ce n’est pas une victoire. C’est une miettes. Une concession de plus dans un jeu où l’État joue les arbitres entre lobbies, crises et budgets serrés. Le diesel B7, celui qu’on met dans les voitures, passe de 2,432 à 2,392 euros le litre. Quatre centimes. Assez pour que les conducteurs soulagés cliquent sur les réseaux sociaux avec des captures d’écran de leurs factures. Assez pour que les médias relaient l’info comme une bonne nouvelle. Mais pas assez pour que ça change quoi que ce soit sur le long terme.

Prenez un trajet Bruxelles-Liège. 200 kilomètres. Un moteur qui avale 6 litres aux 100. Avant, ça faisait 48,64 euros pour l’aller-retour. Après, 47,84. La différence ? Un café en plus dans votre budget transport. Rien de plus. Sauf que pendant ce temps, le prix du gaz a frôlé les 1,50 euro le kilowatt-heure en janvier, selon Flandre Gaz. Votre facture de chauffage, elle, ne baisse pas. Elle explose. Et le diesel B7, celui qu’on brûle pour se chauffer, lui, augmente. Parce que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Pourquoi cette asymétrie ? Parce que le diesel de chauffage, c’est un autre marché. Un autre lobby. Une autre sensibilité politique. Et parce que personne ne veut assumer que la baisse du diesel routier, c’est avant tout une question de fiscalité. On ajuste les prix à la pompe pour faire croire qu’on fait quelque chose. En réalité, on reportera la hausse ailleurs, plus tard. Toujours la même danse.

Ce qui ne change pas : vos factures

Vous vous dites peut-être : « Bon, d’accord, c’est peu, mais c’est toujours ça. » Sauf que non. Parce que cette baisse, elle est déjà intégrée dans les prévisions des compagnies pétrolières. Les prix à la pompe, c’est un peu comme les prix des légumes au marché : quand ça baisse, c’est parce que les stocks sont pleins ou que la demande faiblit. Pas parce que le gouvernement a eu une illumination.

Prenez TotalEnergies ou Shell. Elles savent très bien que les marges restent élevées. Que le vrai problème, ce n’est pas le prix à la pompe, mais le coût du baril. Et que tant que le conflit en Ukraine ou les tensions géopolitiques persistent, rien ne bougera vraiment. La baisse de 4 centimes, c’est du cosmétique. Une opération de communication pour éviter que les gens ne se retournent contre les politiques énergétiques.

Et puis, il y a ceux qui ne roulent pas. Ceux qui n’ont pas le choix. Les livreurs, les artisans, les transporteurs. Pour eux, chaque centime compte. Mais leur budget, lui, ne dépend pas seulement du prix du carburant. Il dépend des salaires, des péages, des assurances. Bref, de tout ce que l’État ne touche pas. Alors oui, ils respirent un peu mieux en faisant le plein. Mais leur marge, elle, continue de fondre comme un glaçon en été.

Le mazout, lui, monte, et personne ne bronche

Alors que le diesel routier baisse, le mazout de chauffage, lui, augmente de 2,89 centimes. Pourquoi ? Parce que personne ne veut endosser la responsabilité de cette hausse. Ni les écologistes, qui préfèrent parler de transition énergétique sans jamais dire que ça coûte cher. Ni les libéraux, qui hurlent à la subvention déguisée sans proposer de solution. Ni les sociaux-démocrates, qui promettent des aides sans jamais les financer.

Résultat : les ménages qui chauffent au mazout, surtout dans les zones rurales, voient leur facture gonfler. Pas de 4 centimes, non. De 50, 100, voire 200 euros sur l’année. Parce que quand vous avez une vieille maison mal isolée et un chauffage central au mazout, vous ne pouvez pas faire semblant d’être vertueux. Vous avez besoin de chaleur, point. Et cette chaleur, elle coûte cher. Très cher.

Le SPF Économie explique cette hausse par « l’évolution des coûts sur les marchés internationaux ». Traduction : « On ne peut rien faire, c’est la faute à la Chine, à la Russie, et à tout le monde sauf nous. » Sauf que les marchés internationaux, ils bougent au gré des crises. Et les gouvernements, eux, ils pourraient agir. Ils ne le font pas. Parce que c’est compliqué. Parce que ça coûterait cher. Parce que personne ne veut être celui qui dit « non » aux lobbies du pétrole.

Le vrai problème ? On ne parle jamais des alternatives

Alors oui, le diesel baisse. De 4 centimes. C’est mieux que rien. Mais c’est aussi une façon de détourner l’attention. Parce que le vrai débat, celui qui fâche, c’est celui des énergies. Du gaz, du charbon, des pompes à chaleur, des panneaux solaires. De tout ce qu’on ne fait pas assez vite. De tout ce qu’on subventionne à moitié. De tout ce qu’on laisse entre les mains des mêmes acteurs depuis des décennies.

Prenez la Flandre. Là-bas, Vlaams Energiebedrijf (VEB) a lancé des aides pour remplacer les chaudières au mazout par des pompes à chaleur. Résultat ? Les demandes explosent. Sauf que les délais d’attente ? Deux ans. Deux ans à geler en hiver parce que votre vieille chaudière lâche et qu’on ne peut pas vous en installer une nouvelle. Deux ans à payer des factures qui montent, encore et toujours.

Alors cette baisse du diesel, elle vous fait du bien ? Peut-être. Mais elle ne change rien à la donne. Elle ne résout pas le problème de fond. Elle ne vous protège pas contre la prochaine crise. Elle ne vous dit pas ce qu’il faut faire quand, dans six mois, le prix du baril remontera. Et surtout, elle ne vous explique pas pourquoi, pendant ce temps, le mazout, lui, continue de vous saigner.

Conclusion : une baisse qui ne change rien

Alors oui, faites le plein mercredi. Profitez de vos 4 centimes d’économie. Mais ne vous trompez pas : ce n’est pas une victoire. C’est un répit. Un leurre. Une façon pour les décideurs de vous dire « On fait ce qu’on peut » alors qu’en réalité, ils ne font rien. Le vrai combat, lui, commence ailleurs. Dans les bureaux des lobbies. Dans les couloirs de Bruxelles. Dans les calculs des compagnies pétrolières. Pas à la pompe.

Et la prochaine fois qu’on vous annoncera une baisse, demandez-vous : « Qui paiera l’addition après ? » Parce que quelqu’un, toujours, paiera.

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R Galaxie Rédaction

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