Un cas confirmé, et tout bascule
Le 10 novembre, l’Agence régionale de santé (ARS) Aquitaine a annoncé un cas de chikungunya à Saint-Jean-Pied-de-Port. Un seul, pour l’instant. Assez pour que la mairie et l’ARS déclenchent le protocole d’urgence : deux opérations de démoustication, les lundis 12 et 19 novembre. Pas de panique, disent les autorités. Mais les habitants, eux, commencent à s’interroger. Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, est-ce que ces pulvérisations vont vraiment faire la différence ?
Saint-Jean-Pied-de-Port, c’est d’abord une ville de montagne, coincée entre les Pyrénées et la frontière espagnole. Un climat frais, des hivers rigoureux. Pas le genre d’endroit où l’on s’attend à voir des moustiques tigres, ces petits vampires assoiffés de sang humain, vecteurs du chikungunya, de la dengue ou du Zika. Pourtant, en 2023, le Pays basque français a enregistré 17 cas autochtones de chikungunya, tous concentrés dans les Pyrénées-Atlantiques. Un record. Et cette fois, le virus a franchi une ligne invisible : il est entré en ville.
Le moustique tigre, ce caméléon des villes
Le moustique tigre (Aedes albopictus), c’est l’intrus qui squatte les jardins, les parcs, les ruelles étroites. Il adore les eaux stagnantes, pots de fleurs, pneus abandonnés, gouttières bouchées. À Saint-Jean-Pied-de-Port, on en a repéré dans le quartier de la Citadelle, près de la Nive, et autour des zones résidentielles plus récentes. L’ARS parle de « foyers localisés ». En clair : on n’est pas encore en mode épidémie, mais on y est presque.
Pourtant, la ville n’est pas un terrain de jeu idéal pour ces bestioles. « Le climat montagneux limite normalement leur prolifération », explique un entomologiste de l’Inrae, sous couvert d’anonymat. « Mais avec le réchauffement, même à 500 mètres d’altitude, ils tiennent le coup. Et puis, il y a les déplacements. Un voyageur infecté, un moustique qui fait ses valises dans un camion… »
Le cas confirmé à Saint-Jean-Pied-de-Port ? Un touriste revenu d’Afrique de l’Ouest. Le virus a été détecté trop tard pour éviter la contamination locale. Résultat : les autorités jouent les pompiers pyromanes. Elles savent que pulvériser du larvicide ou de l’insecticide, c’est comme jeter de l’eau sur un feu de forêt : ça calme, mais ça n’éteint pas tout.
Deux lundis de traitement, et après ?
Les opérations de démoustication sont prévues les lundis 12 et 19 novembre. Pas de date fixe pour la suite. « On évaluera après », assure l’ARS. En attendant, les habitants sont appelés à se protéger : moustiquaires, répulsifs, éliminer les eaux stagnantes. Bref, la routine. Sauf que cette fois, c’est différent. Parce que Saint-Jean-Pied-de-Port, ce n’est pas Marseille ou Nice. Ici, on ne s’y attendait pas.
Pourtant, les signes étaient là . En 2022, les Pyrénées-Atlantiques avaient déjà connu une hausse de 30 % des signalements de moustiques tigres par rapport à l’année précédente. Et cette année, avec la canicule de juin et juillet, les nids ont explosé. « Les gens ont sous-estimé le problème », lâche un élu local. « On leur a dit : attention, surveillez vos gouttières. Personne n’a écouté. Maintenant, on paie l’addition. »
Le vrai problème : l’argent et les moyens
Démoustiquer une ville, ça coûte cher. Très cher. À Bordeaux, où les cas de chikungunya se multiplient depuis des années, la métropole a dû mobiliser plus de 500 agents et dépenser plus de 2 millions d’euros en 2023 pour limiter les foyers. Saint-Jean-Pied-de-Port, elle, n’a pas ces moyens. La mairie compte sur l’ARS, le département, et… la bonne volonté des habitants.
Mais voici le hic : personne ne sait combien de temps ces opérations vont durer. Deux semaines ? Deux mois ? Jusqu’à ce que le froid arrive ? Et si le virus revient l’année prochaine ? Qui va payer ?
« On nous demande de faire des économies partout, et quand il faut agir, on nous dit : faites avec ce que vous avez », grogne un technicien municipal. « C’est facile de parler de prévention quand on n’a pas à gérer les conséquences. »
Ce que les autorités ne disent pas
L’ARS et la mairie répètent en chœur : « Pas de panique, on maîtrise la situation. » Sauf que…
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Aucun bilan réel des moustiques : On parle de « foyers localisés », mais personne ne donne de chiffres précis sur leur nombre ou leur répartition. À Bordeaux, les agents de terrain cartographient chaque nid. À Saint-Jean-Pied-de-Port ? Silence radio.
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Les répulsifs, une solution à court terme : Les habitants sont incités à se protéger. Très bien. Sauf que les crèmes anti-moustiques, ça coûte cher (entre 10 et 20 euros le flacon), et ça ne marche pas à 100 %. Sans moustiquaires efficaces, les familles modestes sont les premières exposées.
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Le scénario catastrophe : Si le virus circule suffisamment, on pourrait assister à une transmission locale autochtone, c’est-à -dire des gens qui attraperaient le chikungunya sans avoir voyagé. En 2019, trois départements français (Var, Alpes-Maritimes, Haute-Corse) avaient connu des cas groupés. Résultat : plus de 200 cas en quelques semaines. À Saint-Jean-Pied-de-Port, avec son tissu urbain dense et son climat de plus en plus clément, rien ne dit que ça ne pourrait pas arriver.
Pourquoi Saint-Jean-Pied-de-Port ?
La ville est un carrefour. Des milliers de touristes y passent chaque année, surtout en été. Des camions de marchandises transitent par la route des cols. Et puis, il y a les retours des expatriés, des travailleurs saisonniers, des randonneurs… Tous des vecteurs potentiels.
« On est une ville ouverte, mais on n’est pas préparée », admet un médecin du centre hospitalier local. « On a les moyens d’un petit hôpital de zone rurale, pas d’un CHU. Si jamais on a une vague, on sera débordés. »
La vraie question : et après ?
Deux lundis de traitement, c’est bien. Mais est-ce que ça suffira ? Les autorités comptent sur le froid pour stopper la prolifération. En attendant, les habitants doivent vivre avec le risque.
Ce qui est sûr, c’est que Saint-Jean-Pied-de-Port n’est plus à l’abri. Le chikungunya est là . Et si personne ne fait rien, il reviendra. Pas dans un an. Peut-être dès l’été prochain.
Alors oui, on peut respirer un peu en attendant décembre. Mais quand les températures remonteront, la partie ne fera que commencer.