Ruba Ghazal joue la carte du pragmatisme, et ça dérange

Le chef du Bloc Québécois refuse la rhétorique anti-Canada pour l’indépendance. Est-ce une stratégie ou une trahison ? Les souverainistes ont leur avis. Et les Québécois, eux, ne savent plus où donner de la tête. Analyse d’une position qui divise plus qu’elle n’unit.

Publié le 10 septembre 2026 à 16:02
Ruba Ghazal joue la carte du pragmatisme, et ça dérange

Pourquoi Ghazal casse les codes du souverainisme radical

Le Bloc Québécois a toujours été un parti de combat. Depuis René Lévesque, l’indépendance, c’était une guerre culturelle, presque une croisade. « Maîtres chez nous », « On s’en va », « Viva le Québec libre », la rhétorique était claire : le Canada, c’était l’ennemi. Même si, dans les coulisses, on savait très bien que les deux pays étaient liés par des siècles d’histoire, des traités, des économies entrelacées comme des vignes sauvages.

Mais Ruba Ghazal, lui, il assume : « On ne peut pas faire comme si le Canada n’existait pas. » Et ça, c’est une révolution. Pas parce qu’il a tort, mais parce qu’il ose le dire haut et fort. Les souverainistes traditionnels, eux, préfèrent encore aujourd’hui parler d’ « occupation » ou de « colonialisme ». Ghazal, lui, parle de partenariat. De négociation. De réalisme.

Le problème ? Ça fait mal à ceux pour qui l’indépendance doit rester un rêve pur, sans compromis. Comme si on pouvait séparer le Québec du reste du Canada en cliquant des doigts. Sauf que, depuis 1980, on sait très bien que non. Les référendums ont échoué, les rêves se sont heurtés à la réalité économique. Et aujourd’hui, avec une dette provinciale qui frôle les 120 milliards (source : Ministère des Finances du Québec, 2023), une dépendance énergétique toujours forte et des marchés financiers qui ne rigolent pas avec les pays en transition, l’idée de faire table rase ressemble de plus en plus à une utopie.

Ghazal le sait. Et c’est pour ça qu’il propose autre chose : une indépendance « par étapes », avec des accords progressifs. Pas de rupture brutale, mais une transition. « On ne va pas couper le cordon du jour au lendemain, comme un enfant qu’on abandonne sur le bord de la route », a-t-il expliqué dans une entrevue à Radio-Canada en février. Une métaphore qui a fait bondir certains nationalistes. Pour eux, c’est une trahison. Pour d’autres, c’est la seule voie possible.

Ce que les souverainistes radicaux ne veulent pas entendre

Le Bloc Québécois a toujours été tiraillé entre deux visions. Celle des « vieux », les puristes, les idéologues, ceux qui voient le Canada comme un monstre à abattre. Et celle des « modernes », ceux qui savent que sans le Canada, le Québec serait perdu avant même d’avoir son passeport.

Ghazal incarne cette deuxième tendance. Et ça, ça fait peur. Parce que si on admet que l’indépendance ne peut pas être une déclaration de guerre économique, alors il faut aussi admettre que le rêve souverainiste doit se réinventer. Plus de « On s’en va » à tout va. Plus de promesses en l’air. Juste un plan. Un vrai.

Le chiffre qui résume tout : En 2022, selon une étude de l’Institut du Québec (un think tank souverainiste), 62 % des Québécois étaient favorables à une forme d’indépendance… mais seulement 28 % voulaient une rupture immédiate et totale avec le Canada. Les autres ? Ils veulent une transition. Des garanties. Une sécurité économique. Bref, exactement ce que Ghazal propose.

Sauf que les puristes, eux, ne veulent pas entendre parler de « transition ». Pour eux, soit on est indépendant, soit on ne l’est pas. Point. Ghazal, lui, il propose un « entre-deux ». Et ça, c’est bien plus compliqué à vendre.

Le piège de la rhétorique souverainiste

Le problème avec le discours traditionnel du Bloc, c’est qu’il repose sur une illusion : celle d’une indépendance facile. « On va prendre nos affaires et on part », comme si le Québec était une île et non un territoire enchevêtré dans un continent. Or, depuis 1995, on sait que non. Le référendum a échoué, en partie parce que les Québécois ont réalisé que la séparation coûterait cher. Très cher.

Ghazal le sait. Et il assume les coûts. « Une indépendance sans filet, c’est du suicide économique », a-t-il répété à plusieurs reprises. Sauf que dire ça, c’est aussi admettre que le rêve souverainiste tel qu’il était présenté, simple, noble, sans calcul, était en partie un leurre.

La question qui tue : Si l’indépendance ne peut pas être une rupture brutale, alors qu’est-ce que c’est ? Une fédération à deux vitesses ? Un État associé ? Un partenariat économique renforcé ? Ghazal n’a pas toutes les réponses. Mais au moins, il pose les bonnes questions.

Le pire, c’est que ses détracteurs lui reprochent de « diluer » la cause souverainiste. Comme si parler de réalisme était une insulte. Comme si le Québec devait choisir entre le rêve et la réalité. Alors que la vraie question, c’est : comment concilier les deux ?

Ce que Ghazal ne dit pas (mais que tout le monde pense)

Il y a un truc que Ruba Ghazal évite soigneusement. Le mot « fédéralisme ». Parce que si on parle de fédéralisme, alors on parle de compromis. Et les compromis, ça ne fait pas vendre de l’indépendance.

Pourtant, c’est exactement ce dont le Québec a besoin. Un modèle hybride. Quelque chose entre l’indépendance pure et le statu quo. Parce que, face à la réalité, les options sont limitées :

  • Option 1 : On fait l’indépendance maintenant, sans filet, et on risque la faillite en six mois. C’est le scénario catastrophe, celui que personne ne veut vraiment.
  • Option 2 : On attend indéfiniment, et on finit par devenir une province comme les autres, sans jamais avoir osé sauter le pas. C’est le scénario du « on verra plus tard », celui qui a déjà duré 50 ans.
  • Option 3 : On négocie une forme d’autonomie renforcée, avec des garanties économiques, une transition progressive, et on construit quelque chose de nouveau. C’est l’option Ghazal. Et c’est la seule qui ait un semblant de cohérence.

Sauf que, bien sûr, personne ne veut en parler. Parce que parler de compromis, c’est admettre que l’indépendance, telle qu’elle était rêvée, était peut-être impossible. Et ça, c’est trop pour beaucoup de gens.

Le vrai débat n’est pas « indépendant ou pas »

Le problème avec la campagne du Bloc Québécois, c’est qu’elle reste prisonnière d’un débat qui date des années 1980. « Vous êtes pour ou contre l’indépendance ? » Comme si c’était une question binaire. Comme si les nuances n’existaient pas.

En réalité, le vrai débat, c’est : comment le Québec peut-il avoir plus de contrôle sur son destin sans se tirer une balle dans le pied ?

Ghazal propose une réponse. Pas parfaite, pas révolutionnaire, mais réaliste. Le problème, c’est que le Québec n’est pas prêt à entendre ce genre de discours. Parce que, au fond, on a tous peur que l’indépendance ne soit qu’un leurre. Un beau rêve qui ne mène nulle part.

Et puis, il y a cette petite voix qui chuchote : « Et si, au final, le vrai problème n’était pas le Canada… mais nous ? »

La dernière idée qui dérange : Peut-être que le Bloc Québécois devrait arrêter de parler d’indépendance et commencer à parler de pouvoir. Pas de séparation, mais de capacité à décider. Pas de rupture, mais de renforcement. Parce que, au fond, le Québec n’a jamais vraiment été indépendant. Pas vraiment. Et c’est ça, le vrai sujet.

Ghazal le sait. Il le dit. Et ça, c’est bien plus dangereux que tous les discours enflammés du monde.

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R Galaxie Rédaction

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