Le gouvernement a promis, mais les chèques n’arrivent pas
La FNTR et la Fédération nationale des transports de France (FNT) réclament depuis des mois une aide d’urgence : 100 millions d’euros pour compenser la hausse des carburants. Le gouvernement a dit oui, en théorie. En pratique, les dossiers s’accumulent dans les services de la DGE (Direction générale des entreprises), où les effectifs ont été réduits de 15 % depuis 2020. Résultat : sur les 50 000 transporteurs éligibles, seulement 8 000 ont reçu un premier versement partiel. Le reste attend. Certains depuis septembre. D’autres n’ont même pas encore envoyé leur demande, faute de temps. « On passe nos journées au téléphone avec Bercy, explique un responsable syndical sous couvert d’anonymat. Ils nous disent : patientez. Pendant ce temps, nos réservoirs se vident. »
Et puis il y a l’autre problème : les aides existantes sont un casse-tête. Le « chèque énergie transport » de 100 euros, censé aider les professionnels, est bloqué par des conditions administratives absurdes. Il faut justifier ses kilomètres parcourus, fournir des factures détaillées, prouver son éligibilité. Pour un routier qui enchaîne les livraisons sans pause, c’est mission impossible. « On n’a pas le temps de faire des paperasses, grogne un chauffeur de la région lyonnaise. On roule, c’est tout. Si l’État veut nous aider, qu’il nous donne l’argent sans nous faire chier. »
Derrière les blocages, une filière à genoux
Les transporteurs ne sont pas des égoïstes. Ils ne bloquent pas pour le plaisir. Ils bloquent parce que leur business s’effondre. Prenez l’exemple de Transdev, le géant du transport qui gère une partie des lignes de bus en Île-de-France. Depuis le début de l’année, ses coûts de carburant ont explosé de 30 %. Résultat : la société a supprimé 1 200 emplois cette année, et menace d’en supprimer 2 000 de plus d’ici Noël. « On ne peut plus absorber ça, déclare un cadre du groupe en interne. Soit on augmente les tarifs des usagers, ce qui déclenche des émeutes, soit on ferme des lignes. »
Même chose dans l’agroalimentaire. Lactalis, premier groupe laitier mondial, a dû annuler 30 % de ses livraisons en septembre à cause de la pénurie de carburant chez ses transporteurs partenaires. « Les camions ne roulent plus, donc nos produits pourrissent dans les entrepôts », explique un responsable logistique. Et ce n’est pas qu’une question de lait ou de bus : sans routiers, c’est toute l’économie qui grippe. Les hôpitaux manquent de médicaments, les supermarchés ont des rayons vides, les usines tournent au ralenti. Le gouvernement le sait. Mais au lieu d’agir vite, il tergiverse.
Pourquoi l’État traîne-t-il autant ?
Deux raisons. La première, c’est l’incompétence. Le ministère de la Transition écologique, chargé de gérer les aides, est un bordel administratif. Les dossiers s’égarent, les mails restent sans réponse, les promesses sont oubliées. « Ils nous disent : on va vous envoyer un mail. Trois semaines plus tard, on n’a toujours rien », raconte un représentant de la FNT.
La deuxième raison, c’est politique. Emmanuel Macron a promis de « protéger les classes moyennes ». Les routiers en font partie. Mais bloquer Paris, c’est mauvais pour l’image. Alors on attend. On attend que la grogne monte. On attend que les médias s’emparent du sujet. On attend que les camions soient déjà immobiles avant d’agir. C’est la stratégie habituelle du gouvernement : laisser la crise empirer pour ensuite sortir un plan « sauveur » en fanfare. Sauf que cette fois, les routiers ne joueront pas le jeu.
Ce qui va se passer si rien ne change
D’ici la fin octobre, trois scénarios.
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Le blocage a lieu. Paris sera paralysée. Pas comme en 2018 avec les Gilets jaunes, des barricades éphémères, des embouteillages. Non : des camions en travers des axes, des livraisons bloquées, des hôpitaux en alerte rouge. La FNTR a prévenu : ils ne bougeront pas avant d’avoir leurs aides sur leur compte.
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L’État craque enfin. Sous la pression, Bercy débloquera les fonds en urgence. Mais ce sera trop tard pour beaucoup. Des entreprises auront déjà fait faillite. Des milliers d’emplois auront été supprimés. Et les prix du carburant, eux, continueront de monter.
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La crise s’étend. Si les routiers bloquent Paris, les autres secteurs suivront. Les agriculteurs, déjà en colère à cause des taxes sur le diesel, pourraient rejoindre le mouvement. Les taxis, les livreurs, les artisans… Tout le monde dépend du carburant. Et tout le monde en a marre d’attendre.
La vraie question, personne ne la pose
Pourquoi personne ne parle des marchés à terme ? Ceux qui font monter artificiellement le prix du gazole bien avant que la guerre en Ukraine ou les taxes ne frappent. Les traders parient sur la pénurie, les raffineries augmentent leurs marges, et nous, on paie. En 2022, selon la Commission européenne, les profits des raffineries ont atteint 12 milliards d’euros grâce à la spéculation. 12 milliards. Pendant ce temps, les routiers crèvent.
L’État pourrait taxer ces profits. Il pourrait geler les prix du carburant pour les professionnels. Il pourrait nationaliser temporairement les raffineries. Il ne le fait pas. Pourquoi ? Parce que ça dérange. Parce que ça coûte cher. Parce que ça fait perdre de l’argent à ceux qui en ont déjà trop.
Alors les camions rouleront moins. Les routes se videront. Et Paris, peut-ĂŞtre, respirera un peu. Mais au prix de quoi ?
Le dernier mot
Les routiers ne sont pas des héros. Ils ne sont pas non plus des méchants. Ce sont des travailleurs comme les autres, coincés dans un système qui ne marche plus. Leur blocage n’est pas une menace. C’est un signal. Un signal d’alarme. Et si personne ne l’écoute, ce ne sera pas la dernière fois qu’ils sonneront.