Le Rotary Club test une inclusion qui dérange

Les 26 et 27 septembre, le Rotary Club Florensac/Agde organise une manifestation équestre sous l’égide de la Fédération française d’équitation. Derrière l’événement, une stratégie d’inclusion qui bouscule les habitudes. Mais est-ce vraiment une révolution ?

Publié le 13 septembre 2026 à 18:15
Le Rotary Club test une inclusion qui dérange

Pourquoi ce club s’attaque à l’équitation ?

Le Rotary Club Florensac/Agde n’est pas un club de riches qui organisent des dîners pour parler de philanthropie en sirotant du vin à 50 euros la bouteille. Non. Ici, on a choisi un sport où l’inclusion est une blague. L’équitation, c’est un monde où les prix des cours peuvent faire pâlir un abonnement à une salle de sport haut de gamme. Où les haras coûtent des fortunes. Où les tenues, les bottes, les casques, les leçons… tout coûte cher. Très cher. Selon une étude de la FFE en 2022, le prix moyen d’une heure de cours pour un enfant en région Occitanie dépasse 45 euros. Pour un adulte, comptez 55 à 70 euros. Même les clubs associatifs, ceux qui prétendent démocratiser le sport, demandent souvent une cotisation annuelle de 150 à 300 euros. Alors oui, le Rotary Club a décidé de faire une manifestation ouverte. Mais sans baisser les prix. Sans subventionner les participants. Sans expliquer comment on va gérer les gens qui n’ont pas les moyens de louer une tenue, encore moins d’acheter un casque. L’inclusion, dans ce cas, c’est du marketing sans le budget.

Et puis il y a le cheval. Un animal qui ne fait pas de distinctions sociales, c’est vrai. Mais qui, en pratique, intimide. Un sondage de l’INSEE en 2021 révélait que 32 % des Français déclarent avoir peur des chevaux. 32 %, c’est énorme. C’est plus que le nombre de personnes qui ont peur des araignées, des serpents, ou même des avions. Alors oui, le Rotary Club va accueillir ces gens. Mais dans quel état d’esprit ? Celui des organisateurs qui vont devoir gérer des participants paniqués, des chevaux stressés, et peut-être des accidents. Parce qu’un cheval qui sent la peur, ça ne danse pas. Ça se cabre. Ça peut blesser.

Le vrai problème, c’est que personne ne parle des coûts cachés.

L’équitation, ce sport où l’on paie pour respirer l’air

Il y a un moment où il faut arrêter de faire semblant. L’équitation, c’est un sport d’élite. Pas par le niveau technique, même si oui, c’est vrai, il faut savoir monter. Non, par le prix. Par le snobisme. Par cette idée que si vous n’avez pas les moyens de vous offrir un cheval, alors vous n’avez pas votre place dans l’arène. Le Rotary Club le sait. Alors pourquoi organiser une manifestation ouverte sans rien changer ?

Parce que ça fait bien dans les communiqués de presse. Parce que ça attire les médias. Parce que ça donne l’impression de faire quelque chose pour la société. Mais en réalité, c’est du greenwashing social. On ouvre les portes, mais on ne touche à rien. Les cours restent chers. Les haras restent inaccessibles. Les tenues restent à 200 euros chez les bons magasins. L’inclusion, ici, c’est comme un buffet à volonté où tout est sous cloche : on peut regarder, mais pas toucher.

Prenez l’exemple du Haras National de Pau. Un lieu mythique, où même les professionnels viennent se former. Le prix d’une journée de stage ? 120 euros. Pour une journée. Pas pour une heure. Une journée. Avec un moniteur. Avec un cheval. 120 euros. Alors oui, le Rotary Club peut organiser une manifestation ouverte. Mais si vous n’avez pas les 120 euros pour un stage, comment vous imaginez-vous payer une séance avec eux ?

Le pire, c’est que personne ne bronche.

Quand le Rotary Club joue les révolutionnaires sans rien changer

Le Rotary Club Florensac/Agde a un argument massue : ils font quelque chose. Enfin. Après des années à parler d’inclusion sans jamais agir. Sauf que non.

Parce que l’inclusion, ce n’est pas organiser un événement où les gens peuvent regarder des cavaliers. C’est leur donner les moyens d’en faire partie. C’est baisser les prix. C’est proposer des locations de matériel. C’est former des bénévoles pour encadrer les débutants. C’est casser les barrières, pas les repeindre en couleurs pastel.

Regardez ce qui se passe ailleurs. En Allemagne, des associations comme Reiten für alle (équitation pour tous) proposent des cours à 5 euros de l’heure pour les personnes en difficulté financière. En Belgique, le projet Cheval & Handicap offre des séances gratuites pour les enfants en situation de handicap. Ici, on se contente de dire : « Venez, mais payez d’abord. »

Et puis il y a la question de la sécurité. Une manifestation équestre ouverte, c’est bien. Mais si vous n’avez jamais été sur un cheval, comment on vous explique que 80 % des accidents en équitation viennent des chutes de selle ? Comment on vous prépare à gérer un cheval qui s’emballe ? Personne ne le fait. Parce que ça coûterait cher. Parce que ça prend du temps. Parce que ça demanderait de former des bénévoles, pas juste d’afficher des panneaux Bienvenue.

Le Rotary Club a choisi son combat. Mais il a oublié de choisir ses armes.

Ce qui se joue vraiment derrière cette manifestation

Alors pourquoi le Rotary Club s’embête avec ça ? Parce que l’équitation, c’est un sport qui a la cote. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 vont relancer l’engouement. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos de cavaliers qui sautent des obstacles comme des pros. Et puis, c’est élégant. Ça fait classe. Ça donne une image de club sérieux, engagé, moderne.

Mais derrière cette façade, il y a autre chose. Une question de pouvoir.

L’équitation, c’est un monde où l’on se transmet des savoirs de génération en génération. Où l’on a ses bons clubs, ses bons chevaux, ses bons moniteurs. Où l’on regarde de haut ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un poney. Le Rotary Club, en organisant cette manifestation, ne change rien à cette hiérarchie. Il la légitime.

Parce que si vous n’avez pas les moyens de payer, vous resterez un spectateur. Un spectateur qui applaudit, qui sourit, qui repart sans avoir jamais touché une bride. L’inclusion, dans ce cas, c’est comme une porte qui s’ouvre… mais qui mène à une pièce sans issue.

Et puis il y a la Fédération française d’équitation. Elle appuie l’opération. Pourquoi ? Parce que ça lui évite d’avoir à se justifier. Parce que ça lui permet de dire : « On fait des efforts ! » alors qu’en réalité, les prix des cours ont augmenté de 15 % en cinq ans. Alors oui, le Rotary Club peut organiser sa manifestation. Mais sans toucher aux vrais problèmes.

Le vrai jeu, c’est ça : faire semblant de bouger sans jamais rien changer.

Ce que ça signifie pour les autres clubs

Si le Rotary Club Florensac/Agde réussit son coup, enfin, son spectacle, d’autres clubs vont suivre. Parce que ça fait bien. Parce que ça attire les regards. Parce que ça permet de se donner une image progressive sans avoir à l’être vraiment.

Mais attention. L’inclusion, ce n’est pas une opération marketing. C’est un travail de tous les jours. C’est accepter que certains participants n’auront pas les moyens de s’offrir une tenue. C’est former des bénévoles pour encadrer les débutants. C’est peut-être même, un jour, envisager de baisser les prix. Pas de 10 %, non. De 50 %.

Parce que sinon, à quoi bon ? À quoi bon organiser une manifestation ouverte si, au final, seuls ceux qui ont déjà les moyens peuvent y participer ? L’inclusion, c’est comme un cheval : si vous ne mettez pas les deux pieds dedans, vous finissez par tomber.

Et puis il y a une question que personne ne pose : pourquoi l’équitation ? Pourquoi choisir ce sport pour une opération d’inclusion, alors qu’il y en a d’autres, bien moins chers, bien plus accessibles ? Le tennis, la natation, la course à pied… Pourquoi le cheval ? Parce que c’est prestigieux. Parce que ça fait joli en photo. Parce que ça permet de parler de valeurs sans jamais les appliquer.

Le Rotary Club a fait son choix. Maintenant, il va devoir assumer.

Ce qui reste à faire

Les 26 et 27 septembre, des centaines de personnes vont se presser devant les manèges du Rotary Club Florensac/Agde. Certaines viendront par curiosité. D’autres parce qu’elles ont été convaincues. Mais aucune ne viendra parce que le club aura vraiment changé les règles du jeu.

Parce que l’inclusion, ce n’est pas une date dans l’agenda. Ce n’est pas un événement à mettre en avant dans les communiqués de presse. C’est une décision. Une décision de baisser les prix. Une décision de former. Une décision de ne plus regarder les participants comme des clients, mais comme des membres à part entière.

Alors oui, le Rotary Club peut organiser sa manifestation. Mais si personne ne lui demande des comptes, si personne ne lui rappelle que l’inclusion, ça se vit au quotidien, alors à quoi bon ?

Le vrai test ne sera pas dans les stands, ni dans les discours. Il sera dans les comptes rendus de l’année prochaine. Est-ce que le club aura enfin baissé ses tarifs ? Est-ce qu’il aura formé des bénévoles pour encadrer les débutants ? Est-ce qu’il aura arrêté de faire semblant ?

Ou est-ce qu’il va continuer à jouer les révolutionnaires… sans jamais rien révolutionner ?

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R Galaxie Rédaction

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