Le gouvernement wallon a enfin bougĂ© sur lâĂ©nergie. Trop tard ?
En ce moment, Ă Charleroi, les habitants du quartier de Marchienne-au-Pont paient leur Ă©lectricitĂ© 20 % plus cher que la moyenne belge. Pas Ă cause dâun caprice des fournisseurs, mais parce que leurs logements datent des annĂ©es 1960, avec des murs en bĂ©ton mal isolĂ©s et des fenĂȘtres en simple vitrage. RĂ©sultat : en hiver, les factures explosent. Pourtant, les aides pour rĂ©nover existaient dĂ©jĂ . Sauf quâelles Ă©taient si compliquĂ©es Ă obtenir quâun mĂ©nage sur trois y renonçait, selon une Ă©tude de la CRĂDAL (Centre de Recherche et dâĂtudes en Droit et Administration Locales) publiĂ©e en 2023. Ă partir du 1er octobre, ça change. Enfin.
Mais attention : ces changements ne sont pas une révolution. Juste une correction tardive.
Les tarifs sociaux de lâĂ©nergie sâĂ©largissent. Enfin.
Depuis 2022, la Wallonie propose des tarifs sociaux pour lâĂ©lectricitĂ© et le gaz. Sauf que, jusquâici, seuls les mĂ©nages les plus prĂ©caires y avaient droit : ceux avec un revenu infĂ©rieur Ă 1 500 euros nets par mois pour une personne seule, ou 2 250 euros pour un couple. Ă partir dâoctobre, le seuil monte Ă 1 800 euros pour une personne seule et 2 700 euros pour un couple. Câest mieux, mais toujours insuffisant.
Prenez lâexemple de Sophie, 45 ans, infirmiĂšre Ă Mons. Elle gagne 2 500 euros nets par mois avec son mari, enseignant. Trop pour les tarifs sociaux, mais pas assez pour se payer une isolation digne de ce nom. « On vit dans un appartement des annĂ©es 1970, avec des radiateurs qui datent de la mĂȘme Ă©poque. Lâhiver dernier, on a dĂ» choisir entre manger et chauffer. » Elle nâest pas seule : selon lâObservatoire de la PauvretĂ©, 1 mĂ©nage wallon sur 10 se trouve dans cette situation de « prĂ©caritĂ© Ă©nergĂ©tique », mĂȘme avec un emploi stable.
Le gouvernement wallon a aussi Ă©largi les conditions dâĂ©ligibilitĂ© aux bonus Ă©nergie (rĂ©ductions sur la facture). DĂ©sormais, les mĂ©nages modestes peuvent en bĂ©nĂ©ficier mĂȘme sâils ne sont pas clients dâun fournisseur « vert ». Une avancĂ©e ? Oui. Suffisante ? Non. Parce que ces bonus restent limitĂ©s Ă 120 euros par an pour lâĂ©lectricitĂ© et 60 euros pour le gaz. Ă Charleroi, oĂč une famille paie en moyenne 2 500 euros par an pour se chauffer, ça ne couvre mĂȘme pas 10 % des dĂ©penses.
Alyftrek rembourse. Mais pas assez vite.
En 2021, la Wallonie a lancĂ© Alyftrek, un systĂšme de primes pour aider les mĂ©nages Ă rĂ©nover leurs logements. LâidĂ©e ? RĂ©duire les factures dâĂ©nergie en amĂ©liorant lâisolation, en remplaçant les chaudiĂšres Ă gaz par des pompes Ă chaleur, etc. Sauf que, depuis trois ans, les dĂ©lais pour obtenir un remboursement peuvent dĂ©passer 12 mois. Certains propriĂ©taires attendent encore leur chĂšque alors quâils ont payĂ© de leur poche des travaux urgents.
Ă partir dâoctobre, le gouvernement promet de rĂ©duire les dĂ©lais Ă 6 mois maximum. Une bonne nouvelle ? Oui. Mais est-ce que ça compense le fait que les primes restent trop basses ? Prenez lâexemple dâun remplacement de chaudiĂšre : la prime maximale est de 4 000 euros. Or, une pompe Ă chaleur de qualitĂ© coĂ»te 8 000 Ă 12 000 euros. RĂ©sultat : beaucoup de mĂ©nages renoncent, faute de pouvoir financer le reste.
Et puis, il y a le problĂšme des artisans. Beaucoup refusent de travailler avec Alyftrek parce que les primes mettent trop de temps Ă arriver. « On nous paie en retard, alors on prĂ©fĂšre prendre des clients qui nous rĂ©gleront cash », explique un chauffagiste de LiĂšge. ConsĂ©quence : dans certaines zones, les listes dâattente pour une intervention dĂ©passent 6 mois. Ă quoi bon des aides si personne ne peut les utiliser ?
Les contrats dâĂ©nergie deviennent plus transparents. Enfin.
Jusquâici, les fournisseurs dâĂ©nergie en Wallonie pouvaient changer les tarifs Ă leur guise, avec des clauses cachĂ©es dans les petits caractĂšres. RĂ©sultat : des clients se retrouvaient avec des factures qui doublaient sans prĂ©venir. Ă partir dâoctobre, les rĂšgles deviennent plus strictes :
- Plus de frais de résiliation abusifs : les fournisseurs ne pourront plus facturer plus de 50 euros pour mettre fin à un contrat (contre 100 à 200 euros avant).
- Obligation dâafficher les prix rĂ©els : plus de tarifs « promotionnels » qui explosent aprĂšs 6 mois.
- Interdiction des pénalités de sortie : si vous changez de fournisseur, vous ne serez plus bloqué par des frais déguisés.
Sauf que⊠ces rĂšgles sâappliquent uniquement aux nouveaux contrats. Ceux qui sont dĂ©jĂ engagĂ©s ? Ils restent coincĂ©s dans les anciens tarifs, souvent bien moins avantageux. « Câest comme si on disait : âDĂ©solĂ©, mais ceux qui ont dĂ©jĂ signĂ© sont bons pour se faire plumer.â », rĂ©sume un conseiller en Ă©nergie Ă Bruxelles.
Et puis, il y a un gros problÚme : les fournisseurs continuent de jouer avec les prix. En 2023, le régulateur wallon (CREG) a sanctionné Engie pour avoir pratiqué des tarifs abusifs sur le gaz. Résultat ? Une amende de 500 000 euros. Une claque symbolique. Parce que, pendant ce temps, les prix du gaz ont encore augmenté de 8 % cette année.
Ce qui ne change pas (et câest le vrai problĂšme)
Tout le monde vous dira que la Wallonie fait des efforts. Câest vrai. Mais ces efforts arrivent trop tard, et ils ne vont pas assez loin.
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Les aides restent insuffisantes. Une famille sur trois en Wallonie ne peut pas se payer le chauffage lâhiver. Pourtant, les primes pour la rĂ©novation couvrent Ă peine 30 % des coĂ»ts rĂ©els. Ă quoi bon Ă©largir les tarifs sociaux si les mĂ©nages ne peuvent pas rĂ©duire leurs factures ?
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Les dĂ©lais continuent de tuer. MĂȘme avec les nouvelles rĂšgles, obtenir un remboursement Alyftrek prendra encore trop de temps. Et les artisans, eux, ne patienteront pas.
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Les fournisseurs gardent la main. Oui, les contrats deviennent plus transparents. Mais les prix restent dictés par les marchés, pas par la Wallonie. Et tant que Bruxelles et les régulateurs ne mettront pas un terme aux manipulations des prix, rien ne changera vraiment.
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Personne ne parle des logements insalubres. à Tournai, dans le quartier de la Citadelle, des immeubles des années 1950 sont encore occupés sans isolation, avec des moisissures dans les murs. Les aides existent, mais personne ne force les propriétaires à les utiliser. Résultat : des milliers de Wallons continuent de payer des factures exorbitantes dans des passoires thermiques.
La vraie question : et aprĂšs ?
Le 1er octobre, les changements entreront en vigueur. Les tarifs sociaux seront un peu plus accessibles, les contrats un peu plus clairs, les délais Alyftrek un peu plus courts. Mais est-ce que ça suffira ?
Non. Parce que le vrai problĂšme, câest que la Wallonie ne veut pas jouer les gendarmes. Elle prĂ©fĂšre nĂ©gocier avec les fournisseurs dâĂ©nergie, comme si câĂ©tait une partie de poker oĂč tout le monde triche un peu. RĂ©sultat : les mĂ©nages paient, et les profits des Ă©nergĂ©ticiens continuent de grimper.
La solution ? Une rĂ©gulation bien plus stricte, des sanctions qui font mal, et surtout, un plan dâurgence pour isoler les 500 000 logements les plus Ă©nergivores de la rĂ©gion. Sans ça, les changements dâoctobre ne seront quâun pansement sur une jambe de bois.
Et les Wallons, eux, continueront de choisir entre manger et chauffer.