Haise, l'homme qui a perdu deux fois de suite en Europe
Personne ne s'en souvient, mais Julien Stéphan avait déjà tout essayé. En 2019, il avait mené Nice jusqu'en finale de la Ligue Europa, battu par Chelsea. Une performance. Un exploit. Et puis ? Rien. Juste un club en crise, un président qui changeait d'avis comme de chemise, et un effectif qui s'était évaporé comme neige au soleil. Aujourd'hui, c'est Haise qui hérite de l'addition. Pas parce qu'il est nul. Non. Parce qu'il a hérité d'une équipe qui n'a jamais cru en ce projet. En six matchs en C3 cette saison, Rennes a marqué huit buts. Huit. Contre des adversaires qui, pour certains, n'auraient même pas dû leur faire peur. Le Rapid Vienne, c'est du niveau Ligue 2 française. Pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, Rennes a trimé, trébuché, et fini par s'incliner. Comme contre le Slavia Prague, où les Tchèques ont ouvert le score à la 12e minute. 12e minute. Le temps qu'un Rennais réalise qu'il joue en Europe.
Et puis il y a les choix. Toujours les mêmes. Toujours les mêmes erreurs. En 2021, Rennes avait recruté des joueurs pour jouer en Europa League. Des mecs comme Terem, des mecs comme Bourigeaud, des mecs qui savent ce que ça fait de se battre sur des terrains gelés, sous une pluie battante, avec des stades à moitié vides. Résultat ? Terem est parti. Bourigeaud aussi. À leur place, Haise a aligné des joueurs de Ligue 1, des mecs qui courent après des titres, pas après des points en C3. Des mecs qui, le soir, rêvent de Champions League, pas de qualification pour les barrages. Le problème, c'est que la Ligue Europa, c'est pas la Ligue 1. C'est un autre monde. Un monde où les matchs se jouent à 18h, où les arbitres sifflent moins fort, où les supporters chantent moins fort. Où tout est plus lent. Où tout est plus dur.
Et Rennes, elle, accélère. Toujours. Comme si elle avait peur de s'arrêter. Comme si elle voulait rattraper le temps perdu. Résultat : des matchs joués à 90 à l'heure, des joueurs épuisés, des erreurs grossières. Contre le Slavia, c'est un corner raté qui a tout changé. Un seul corner. Un seul. Et voilà Rennes qui se fait humilier. 0-2. Comme à Vienne. Comme à Prague. Comme partout.
La malédiction du coach qui ne veut pas être un coach
Haise, c'est un peu le type qui arrive en retard à son propre enterrement. Tout le monde sait qu'il ne fera pas l'affaire. Tout le monde sait que Rennes a besoin d'un vrai manager, d'un mecs qui sait ce qu'il veut, qui sait où il va. Pas d'un technicien qui bricole, qui ajuste, qui recule quand il faudrait foncer. En 2022, quand Haise a pris les rênes, tout le monde a cru à la miracle. « Il va redonner de la rigueur », « Il va structurer l'équipe », « Il va faire gagner des matchs ». Sauf que non. Rennes a gagné des matchs, oui. Mais elle n'a jamais dominé. Elle n'a jamais écrasé. Elle a trimé. Elle a survécu. Et puis elle a recommencé. Comme un hamster dans sa roue.
Le pire, c'est que Haise le sait. Il le sait depuis le début. Quand il a pris le poste, il a dit : « Je veux gagner des titres. Pas des matchs. » Sauf que pour gagner un titre, il faut d'abord gagner des matchs. En Europe. Et là, il échoue. Comme en 2019 avec Nice. Comme en 2021 avec Rennes. Comme toujours. Haise, c'est l'homme qui a tout pour réussir. Sauf le courage de changer. Sauf la volonté de prendre des risques. Sauf l'audace de dire « Je me plante, et alors ? ».
Et puis il y a les joueurs. Ceux qui partent. Ceux qui restent. Ceux qui rêvent encore. Comme Del Castillo, qui a marqué un but contre le Slavia, mais qui sait très bien que son avenir n'est pas à Rennes. Comme Traoré, qui court comme un dératé, mais qui se fait toujours devancer au moment clé. Comme Mendes, qui brille en sélection, mais qui s'endort en club. Une équipe de talents, mais pas une équipe. Une équipe de mecs qui ont du potentiel, mais qui n'ont jamais su le transformer en collectif. En victoire. En quelque chose qui tienne debout.
Le chiffre qui résume tout : 10 points en Ligue 1, 0 en Ligue Europa
En Ligue 1, Rennes est à 10 points du Paris SG. Dix points. C'est rien. C'est presque rien. C'est la distance qui sépare un club qui respire d'un club qui étouffe. Sauf que ces dix points, Rennes les a construits sur du sable. Sur des victoires étriquées, des matchs serrés, des performances de justesse. Contre des équipes qui, elles, ont déjà tourné la page. Contre des équipes qui savent que la Ligue Europa, c'est un tremplin. Pas un piège. Rennes, elle, s'y noie.
En six matchs, elle a marqué huit buts. Elle a encaissé neuf. Elle a concédé quatre défaites. Quatre. Sur six. Et elle n'a même pas réussi à se qualifier pour les barrages. Zéro. Rien. Nada. Comme si elle avait joué contre des murs. Comme si elle avait oublié comment on gagne en Europe. Comme si elle avait oublié que, parfois, il faut savoir laisser respirer ses joueurs. Laisser respirer son jeu. Laisser respirer ses idées.
Et puis il y a le public. Celui qui siffle. Celui qui doute. Celui qui commence à se demander si, peut-être, Rennes n'a pas déjà perdu avant même d'avoir commencé. Parce que quand tu joues en Ligue Europa, tu dois y croire. Vraiment. Pas à moitié. Pas en te disant « Bon, on fait ce qu'on peut ». Non. Il faut y croire comme un fou. Comme un désespéré. Comme un type qui sait que s'il échoue là-bas, il échouera partout.
La fin du rêve européen ?
Rennes a encore une chance. Une toute petite. Celle de finir dans le top 4 de Ligue 1. Celle de se qualifier pour la Ligue Europa l'année prochaine. Celle de dire « On a échoué, mais on a essayé ». Sauf que ce n'est pas une victoire. C'est une résignation. Une capitulation déguisée en stratégie.
Haise, lui, il va rester. Parce que personne n'ose le virer. Parce que personne n'a le courage de dire « Ça suffit ». Parce que tout le monde attend le miracle. Le miracle qui n'arrivera pas. Pas cette année. Pas avec cette équipe. Pas avec ces choix.
Alors oui, Rennes peut encore gagner des matchs en Ligue 1. Elle peut encore espérer. Elle peut encore se raccrocher à des miettes. Mais en Europe, elle a déjà tout perdu. Tout. Et cette fois, ce n'est pas une malédiction. C'est une évidence.
La prochaine fois qu'on parlera de Rennes en C3, ce sera pour rire. Parce que personne ne croira plus à ce projet. Personne ne prendra plus au sérieux l'idée que Rennes puisse un jour dominer en Europe. Personne.
Et Haise ? Lui, il restera. Jusqu'à ce qu'on le vire. Ou jusqu'à ce qu'il parte. Peu importe. L'important, c'est que Rennes aura encore raté son rendez-vous avec l'Europe. Encore.