Pourquoi Renault mise sur l’électrique… mais attend des miracles de la France

Le groupe Renault annonce un plan de 10 milliards d’euros pour l’électrique, mais sous condition de stabilité politique. Derrière l’annonce, une stratégie risquée et des doutes sur la capacité de la France à tenir ses promesses. Analyse d’un pari qui dépend moins de la technologie que du chaos ambiant.

Publié le 4 octobre 2026 à 12:06
Pourquoi Renault mise sur l’électrique… mais attend des miracles de la France

En 2024, dans un bureau de Boulogne-Billancourt, Luca de Meo, directeur général de Renault, a sorti un chiffre : 10 milliards d’euros. Pas pour une usine, pas pour un modèle, mais pour l’électrique tout court. À condition, bien sûr, que « le contexte social et politique en France le permette ». La phrase est passée presque inaperçue. Pourtant, elle résume tout : Renault mise sur un futur électrique, mais ce futur, il le subordonne à un pays qui, depuis des années, oscille entre grèves, réformes avortées et gouvernements éphémères. Un constructeur automobile qui attend des miracles de la stabilité politique pour investir. L’ironie n’est pas dans le montant. Elle est dans la condition.

Renault joue à la roulette politique

Le groupe a toujours été un animal politique. Sous Louis Renault, c’était la guerre et les usines occupées. Sous Carlos Ghosn, c’était le Japon et les alliances stratégiques. Aujourd’hui, avec de Meo, c’est la France qui fait peur. Pas parce qu’elle est instable en soi, d’autres pays le sont plus, mais parce que Renault y a tout misé. Son usine de Flins, ses usines en Roumanie, ses partenariats avec Nissan, son avenir même. Et maintenant, l’électrique. Le problème ? L’électrique, ça ne se décrète pas. Ça se construit. Et pour construire, il faut des chaînes d’approvisionnement stables, des lois qui ne changent pas tous les six mois, et une main-d’œuvre qui ne passe pas son temps à bloquer les routes.

Prenez le cas des batteries. Renault dépend à 80 % de l’Europe pour ses cellules. Or, l’Europe, c’est l’Allemagne qui veut taxer les importations chinoises, la Pologne qui nationalise ses mines de lithium, et la France qui, entre deux mandats présidentiels, change d’avis sur les subventions. Un jour, on vous dit : « Voici 7 milliards pour la filière batterie. » Le lendemain, c’est : « Attendez, on réalloue. » Résultat ? Les usines tournent au ralenti parce qu’on ne sait jamais si demain, le gouvernement ne va pas décider que l’électrique, finalement, c’est trop cher.

Le vrai risque : l’effet domino

Ce qui inquiète les investisseurs, ce n’est pas seulement l’instabilité. C’est l’effet domino. Si Renault recule, qui suivra ? Stellantis a déjà délocalisé une partie de sa production en Espagne et en Hongrie. Peugeot a externalisé ses moteurs thermiques en Slovaquie. La France perd des plumes, et personne ne semble s’en soucier.

Pire : les syndicats. Renault a toujours été un terrain de lutte. En 2019, les grèves avaient coûté 200 millions d’euros (source : rapport annuel Renault 2019). En 2023, les tensions sur les licenciements et la fermeture de l’usine de Sandouville ont failli faire dérailler le plan électrique. De Meo le sait. Il a vu Ghosn partir sous la pression des actionnaires japonais, il a vu les usines se vider. Alors oui, il attend des miracles. Parce que sans eux, c’est lui qui partira.

L’électrique, ce leurre qui cache un problème plus gros

On parle des 10 milliards comme d’une révolution. En réalité, c’est un pansement sur une jambe de bois. Le vrai problème de Renault, ce n’est pas le manque d’argent. C’est le manque de vision. Pendant que le groupe court après Tesla et BYD, il oublie une chose : l’électrique, ça ne se vend pas tout seul. Il faut des bornes, des prix accessibles, et des consommateurs prêts à payer 40 000 euros pour une voiture qui perd 20 % de son autonomie en hiver.

Et puis, il y a le marché chinois. Renault y vend déjà plus qu’en France. Mais là-bas, les subventions sont claires, les infrastructures sont en place, et l’État ne change pas de cap tous les deux ans. La France, dans ce domaine, ressemble à un pays en développement. Sauf que le développement, elle l’a déjà connu. Et ça n’a pas marché.

Ce que personne ne dit sur les 10 milliards

Officiellement, ces 10 milliards serviront à moderniser les usines, former les ouvriers, et lancer de nouveaux modèles. Officieusement, une partie ira à calmer les actionnaires. Parce que sans eux, pas d’investissement. Et sans investissement, pas de survie.

Le pire ? Renault joue les deux tableaux. D’un côté, il mise sur l’électrique en France. De l’autre, il prépare sa sortie. En 2023, le groupe a vendu 20 % de ses parts à des fonds d’investissement. En 2024, il négocie avec des partenaires asiatiques pour produire des batteries en Turquie. La France, c’est le marché domestique. Mais l’usine du futur, elle sera ailleurs.

La conclusion qui dérange

Renault ne croit plus vraiment en la France. Pas comme on croit en une équipe de foot. Il croit en ses actionnaires, en ses usines à l’étranger, et en sa capacité à survivre malgré tout. Les 10 milliards ? Une dernière carte à jouer. Mais si le contexte ne suit pas, ce ne sera pas une défaite. Ce sera une fuite en avant.

Et le plus drôle ? Personne ne s’en rend compte. Les médias parlent d’innovation, les politiques de souveraineté industrielle, et les ouvriers de leurs emplois. Pendant ce temps, Renault prépare son plan B. Parce que dans ce pays, le plan A, ça fait longtemps qu’il est mort.

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R Galaxie Rédaction

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