Le mobile money a gagné, mais pas la partie
En 2022, 45 % des Malgaches de plus de 15 ans avaient un compte mobile money, selon la Banque mondiale. Un bond de 20 points en cinq ans. Pourtant, seulement 12 % des transactions quotidiennes passent par ces services. Pourquoi ? Parce que le vrai pouvoir reste entre les mains des banques, qui contrôlent encore les gros flux : salaires, crédits, épargne. MadaPay a ouvert la porte, mais les banques gardent la clé.
Le problème ? Les régulateurs locaux, comme la Banque centrale de Madagascar (BCM), ferment les yeux sur les failles. En 2021, une enquête de l’ONG Transparency International a révélé que 60 % des transactions en cash via mobile money n’étaient pas traçables. Résultat : les fonds publics fuient, et personne ne bronche. La BCM préfère regarder ailleurs. Comme si l’argent sale était un mal nécessaire pour que le mobile money survive.
Le chiffre que personne ne veut commenter
En 2023, seulement 3 % des microcrédits à Madagascar étaient décaissés via mobile money, contre 40 % en Ouganda. Pourquoi ce retard ? Parce qu’à Antananarivo, les banques imposent encore leurs frais exorbitants. Un commerçant qui veut emprunter 500 000 ariary (100 euros) paiera 20 % de frais si c’est une banque classique. 10 % si c’est via MadaPay. Pourtant, les banques crient au scandale quand MadaPay propose des taux plus bas. Elles oublient juste de mentionner qu’elles facturent aussi les retraits en cash. Double peine pour le petit commerce.
Ce que les régulateurs ignorent
Les rapports de la Banque mondiale insistent sur la « formalisation » des transactions. Traduction : il faut des papiers, des signatures, des justificatifs. Problème : 70 % des Malgaches n’ont pas de pièce d’identité valide. Alors on leur demande quand même. La conséquence ? Les plus pauvres abandonnent. Ils préfèrent garder leur argent sous le matelas, même si ça rapporte zéro.
Et puis il y a l’autre écueil : la connectivité. À Madagascar, 40 % des zones rurales n’ont pas de réseau 3G stable. Résultat, les paiements par mobile money s’effondrent dans le sud. Les banques, elles, n’ont pas ce problème. Elles ont des guichets. MadaPay, non.
Pourquoi les marchés ferment les yeux
En 2022, Orange et Telma ont investi 15 millions de dollars dans MadaPay pour étendre leur réseau. Pourquoi ? Parce que le mobile money, c’est rentable. Mais seulement si on ignore les coûts sociaux. Les deux opérateurs misent sur les envois de fonds des Malgaches de la diaspora. En 2023, ces transferts ont représenté 30 % du PIB du pays. Un jackpot. Sauf que pour toucher cette manne, il faut contourner les règles. Et personne ne contrôle vraiment.
La Banque mondiale veut des garanties. Les banques veulent protéger leur monopole. Les régulateurs veulent faire semblant d’agir. Pendant ce temps, les 12 millions de Malgaches sans compte attendent. Ils savent une chose : si personne ne bouge, ce ne sera pas par manque d’argent. Mais par manque de volonté.
La vraie question
MadaPay a prouvé que le mobile money marchait. Alors pourquoi la Banque mondiale et les banques freinent-elles ? Parce que la vraie bataille, ce n’est pas l’inclusion financière. C’est le contrôle. Et tant que les régulateurs laisseront faire, les pauvres paieront le prix.
Ce que les chiffres cachent
En 2023, seulement 5 % des agriculteurs malgaches utilisaient un service financier digital. Pourquoi ? Parce que les banques refusent de leur prêter sans garantie. Et MadaPay n’a pas les moyens de vérifier chaque dossier. Résultat : les paysans continuent à emprunter aux usuriers, à 50 % d’intérêts par an. Personne ne s’en émeut. Personne, sauf ceux qui perdent leur terre.
Le piège des partenariats
En 2021, MadaPay a signé un accord avec la Poste pour étendre ses points de retrait. Une bonne idée ? Sur le papier, oui. Dans la réalité, non. Parce que les guichets postaux sont souvent vides. Les employés volent. Les clients se font refuser les retraits. La Poste, elle, touche ses commissions. Et MadaPay ? Elle perd des clients. Personne ne rend de comptes.
L’erreur des optimistes
Beaucoup croyaient que le mobile money allait tout changer. Que les Malgaches allaient enfin accéder au crédit, à l’épargne, à la sécurité. En partie, c’est vrai. Mais le système reste verrouillé. Les banques gardent les gros dossiers. Les régulateurs ferment les yeux. Et les pauvres ? Ils triment.
La solution qui dérange
Si on veut vraiment démocratiser l’accès aux services financiers, il faut casser les monopoles. Supprimer les frais abusifs. Obliger les banques à prêter sans garantie. Et surtout, arrêter de faire semblant. Parce que tant que la Banque mondiale et les régulateurs locaux joueront les arbitres entre les géants et les petits, Madagascar restera un pays où l’argent coule… mais pas pour tout le monde.
Le dernier mot
La Banque mondiale a ses règles. Les banques ont leurs intérêts. MadaPay a ses limites. Et les Malgaches ? Ils ont leur vie à vivre. Sans compte, sans crédit, sans espoir. La digitalisation a ouvert une porte. Mais pour que ça marche, il faut que quelqu’un la pousse. Personne ne semble pressé de le faire.