Le 15 mars 2023, le promoteur Foncière des Terres Saint-Laurent a versé 1,2 million de dollars à la Société du REM. Une somme rondelette, calculée sur la base de 15 $ par mètre carré de surface habitable construite dans ses nouveaux condos. L’objectif ? Financer la ligne orange du REM, censée relier Montréal à l’aéroport en passant par le centre-ville. Sauf que dans Griffintown, où ces condos poussent comme des champignons, la station Berri-UQAM n’est toujours pas en chantier. Et selon les dernières mises à jour officielles, elle n’ouvrira pas avant 2030. Soit dix ans après la date initialement prévue (2021), et sept ans après le début des travaux (2026, si tout va bien).
Votre argent part en fumée avant même que le train n’arrive
Les promoteurs paient, le REM se construit… mais pas là où ils habitent. C’est le cœur du problème. À Griffintown, les futurs résidents devront encore compter sur le métro de la STM pour leurs déplacements quotidiens. Le REM ? Une promesse lointaine, comme un mirage dans le désert. Pire : les redevances versées par les promoteurs ne servent même pas à accélérer les travaux. Elles financent l’ensemble du réseau, pas une station en particulier. Autrement dit, vous payez pour un train qui ne vous desservira pas avant des lustres.
Pourtant, personne ne bronche. Pas les promoteurs, qui empochent leurs permis en échange de ces paiements. Pas la Ville, qui ferme les yeux sur l’absurdité du système. Pas même les futurs acheteurs, qui signent des contrats sans se poser de questions. 15 $ le mètre carré, c’est une somme dérisoire dans le prix d’un condo à 1 000 $/pi². Alors on passe l’éponge.
Mais voici le vrai coup de poignard : ces redevances ne sont pas remboursables. Même si la station Berri-UQAM n’ouvre jamais, ou si les travaux traînent indéfiniment, votre argent est parti pour de bon. C’est une taxe sans contrepartie, une contribution forcée à un projet qui vous concerne à peine.
Le REM, ce serpent qui se mord la queue
Le projet du REM est un cas d’école en matière de gestion publique. D’abord annoncé comme une révolution des transports, il est devenu un gouffre financier et un symbole d’incompétence. Les retards s’accumulent, les coûts explosent, et les priorités changent sans cesse. Résultat : les stations les plus utiles sont les dernières à être construites. À Montréal, la station Jean-Talon (ligne bleue) n’ouvrira qu’en 2025, alors que des quartiers entiers en ont désespérément besoin depuis des années.
Le pire ? Personne n’est responsable. Les promoteurs paient, mais ne décident pas des priorités. La Ville supervise, mais manque de moyens. La Société du REM gère, mais dépend des bons vouloir des uns et des autres. C’est un système conçu pour dilué les responsabilités, pas pour construire des infrastructures efficaces.
Griffintown, le quartier qui attend
À Griffintown, les promoteurs misent sur l’attrait du REM pour vendre leurs condos. **