La Suisse enterre le nucléaire malgré les lobbies

Plus de 125 000 signatures en trois mois, un rejet populaire massif. Le Parlement a ouvert la porte aux nouvelles centrales, mais le peuple suisse s’y oppose. Pourquoi ce vote est un tournant, et ce qu’il révèle sur les vrais enjeux énergétiques du pays.

Publié le 20 septembre 2026 à 12:11
La Suisse enterre le nucléaire malgré les lobbies

Pourquoi ce référendum est une claque pour les pro-nucléaires

Le comité référendaire, mené par des associations comme Greenpeace Suisse ou l’Association suisse de l’énergie, a joué serré. En trois mois, ils ont mobilisé plus de signatures que pour le référendum contre les pesticides synthétiques en 2020, un record. Pas besoin d’être devin pour comprendre : le nucléaire, en Suisse, ça ne passe plus. Pas après Fukushima, pas après les scandales de corruption autour des contrats d’Areva en France, et surtout pas après que les coûts d’EnBW en Allemagne ont explosé de 50 % en dix ans. Les Suisses ont vu les factures d’électricité grimper, les promesses de rentabilité du nucléaire s’évaporer, et les risques géopolitiques s’accumuler. Résultat : une méfiance viscérale. Même les cantons traditionnellement modérés, comme Zurich ou Bâle-Campagne, se sont ralliés à l’opposition.

Et puis il y a le timing. Le Parlement a acté ce projet en juin, alors que l’Europe accélère sur les renouvelables. L’Allemagne, qui a fermé ses centrales, mise désormais sur l’hydrogène vert. La France, malgré ses difficultés, construit de l’éolien. La Suisse, elle, veut relancer le nucléaire comme un vieux disque rayé. C’est comme si on proposait à un coureur de marathon de courir en talons aiguilles en 2024.

Le vrai problème : la Suisse va-t-elle devenir un appendice énergétique ?

Voilà le vrai danger. Si la Suisse dit non au nucléaire, elle devra importer massivement de l’électricité. D’où ? Principalement de France et d’Allemagne, deux pays dont les réseaux sont déjà saturés. En 2022, la Suisse a déjà dû importer 15 % de son électricité (source : Office fédéral de l’énergie). Avec la fermeture progressive des centrales françaises et allemandes, ce chiffre pourrait doubler d’ici 2035. Et qui paiera la note ? Les consommateurs suisses, bien sûr.

Pire : cette dépendance énergétique se double d’une dépendance politique. La Suisse a toujours mis en avant sa neutralité. Mais si elle doit compter sur l’électricité française ou allemande pour tourner ses usines, ses hôpitaux, ses data centers, elle perd une partie de son indépendance. Imaginez la Suisse en otage des crises énergétiques européennes.

Pourtant, les opposants au nucléaire répondent par un argument simple : « La Suisse a assez de potentiel hydraulique et solaire pour se passer du tout. » C’est vrai, mais partiel. Le solaire représente seulement 5 % de la production électrique suisse (contre 20 % en Allemagne). L’hydraulique, star historique du pays, stagne depuis les années 1970. On ne construit plus de barrages depuis 50 ans. Et les éoliennes ? Interdites dans 80 % du territoire par des votes cantonaux. Bref, la Suisse a les moyens… mais pas les actes.

Ce que les lobbies ne veulent pas que vous sachiez

Derrière les beaux discours sur la sécurité énergétique, il y a des intérêts bien moins avouables. Axpo, le géant suisse de l’électricité, a des filiales dans le nucléaire à l’étranger. Fermer les centrales en Suisse, ce serait admettre que le modèle est mort, et risquer des pertes sèches. Sans compter les sous-traitants, les ingénieurs, les municipalités qui vivent des retombées économiques des centrales. Le nucléaire, c’est un écosystème. Le fermer, c’est toucher à des milliers d’emplois indirects.

Et puis il y a le lobby français. EDF et Orano ont tout intérêt à ce que la Suisse reste un client pour le combustible et la maintenance. En 2023, la Suisse a importé 70 % de son uranium de France (source : Rapport annuel de la Commission fédérale de surveillance des matières radioactives). Un beau contrat, mais qui lie le pays à un partenaire dont les centrales vieillissent et dont les coûts explosent.

Le pire ? Les partisans du nucléaire jouent la carte de la peur. « Sans le nucléaire, vous allez avoir des black-outs ! » Sauf que la Suisse n’a pas eu de black-out depuis 1971. Sauf que les pays qui ont fermé leurs centrales, comme l’Allemagne, ont réussi à maintenir leur approvisionnement. Sauf que les études de l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) montrent que le mix renouvelables + stockage pourrait couvrir 90 % des besoins d’ici 2040. Alors oui, il y aura des défis. Mais de là à dire que le nucléaire est la seule solution…

La vraie bataille : qui contrôle la transition ?

Voilà ce qui se joue derrière ce référendum. D’un côté, il y a ceux qui veulent une transition rapide, même si ça signifie repenser en profondeur le modèle énergétique suisse. De l’autre, il y a les tenants du statu quo, qui misent sur le nucléaire comme plan B, alors que le plan B, justement, c’est de ne plus avoir besoin de plan B.

Le problème, c’est que la Suisse n’a pas de stratégie claire. Pas de plan de sortie du nucléaire, pas de feuille de route pour les renouvelables à grande échelle. On vote contre, mais on ne dit pas comment on fait.

Prenez le cas de la géothermie. La Suisse a un potentiel énorme, mais les projets traînent depuis des années à cause des oppositions locales et des coûts exorbitants. Même chose pour l’éolien offshore : les permis mettent des lustres à être délivrés. On a les ressources, mais pas la volonté politique.

Et puis il y a le nucléaire comme arme de chantage. « Si vous votez non, vous allez manquer d’électricité. » Mais qui a vraiment fait un calcul sérieux sur les alternatives ? Les opposants au nucléaire pointent du doigt le manque de vision : « On veut fermer les centrales, mais on ne propose rien à la place. » C’est ça, le vrai scandale.

Ce que ce référendum révèle sur la Suisse

Ce qui est fascinant, au sens où ça en dit long, c’est que ce rejet du nucléaire n’est pas un coup de gueule écologiste. C’est un rejet citoyen, transpartisan. À gauche comme à droite, les Suisses en ont marre des promesses non tenues. Ils veulent une énergie propre, mais aussi abordable et maîtrisée. Le nucléaire, avec ses coûts imprévisibles et ses risques à long terme, ne correspond plus à cette équation.

Ce référendum, c’est aussi un vote contre l’élitisme technocratique. Pendant des décennies, les experts ont vendu le nucléaire comme une solution « propre et sûre ». Résultat ? Des centrales vieillissantes, des déchets radioactifs sans solution, et des factures qui grimpent. Les Suisses en ont ras-le-bol des technocrates qui leur parlent de « solutions complexes » alors que le problème est simple : ils ont menti.

Reste une question : si la Suisse dit non au nucléaire, qui va payer la facture de la transition ? Les entreprises ? Les ménages ? L’État ? Personne n’a encore tranché. Mais une chose est sûre : ce référendum, c’est le début de la bataille. Pas la fin du nucléaire en Suisse, il en reste encore trois en activité, mais le début d’un bras de fer pour savoir qui va décider de l’avenir énergétique du pays.

Et ça, les lobbies ne sont pas prêts à l’accepter sans combat.

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R Galaxie Rédaction

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