Québec abandonne sa tour de bureaux à l'hôtellerie touristique

Le propriétaire de l’immeuble de la place D’Youville veut transformer 120 logements en chambres d’hôtels. La Ville cède-t-elle aux lobbies du tourisme au détriment des Québécois ?

Publié le 17 septembre 2026 à 08:08
Québec abandonne sa tour de bureaux à l'hôtellerie touristique

La tour de verre qui n’en finit pas de se vider

C’est une scène qui se répète depuis des années à Québec. Des bureaux vides, des loyers qui s’effondrent, et des promoteurs qui tergiversent. Pourtant, cette fois, c’est différent. Cette fois, on parle de 120 logements. De 120 familles. De 120 vies qui pourraient basculer parce qu’un propriétaire a décidé que son immeuble de la place D’Youville valait plus comme hôtel que comme résidence.

Le projet ? Le transformer en 120 chambres d’hébergement touristique, sous couvert d’un « assouplissement » demandé à la Ville. Le propriétaire, une société anonyme peu connue, mise sur l’argument classique : « Il n’y a pas de demande pour des bureaux ici. » Sauf que la demande pour des logements, elle, existe. Et elle explose.

Le chiffre qui fait mal

Selon la Chambre immobilière du Québec, le prix moyen d’un condo à Québec a grimpé de 22 % en un an. Pas parce qu’il y a plus de logements. Non. Parce qu’on en détruit. Parce qu’on en transforme. Parce que les promoteurs préfèrent souvent construire des condos pour touristes ou des hôtels plutôt que des HLM ou des logements abordables.

La tour de la place D’Youville, c’est 120 unités en moins. 120 unités qui auraient pu être des logements sociaux, des coopératives, ou simplement des appartements à prix raisonnable. À la place, on nous vend l’idée que « ça va attirer des touristes ». Comme si Québec manquait de lits. Comme si les Québécois n’avaient pas besoin de chez eux.

Pourquoi la Ville hésite

Officiellement, la Ville de Québec étudie la demande. Officieusement, on sait déjà ce qui se passe. Les lobbies du tourisme pèsent lourd. Les hôtels et les Airbnb génèrent des taxes, des emplois… et des nuits blanches pour les riverains. Mais les logements ? Les logements, ça ne fait pas de bruit dans les comités exécutifs.

Le problème, c’est que Québec n’a plus les moyens de se payer son tourisme. Les prix des logements ont dépassé ceux de Montréal dans certains quartiers. Les travailleurs de la santé, les enseignants, les infirmières… ils partent. Parce qu’ils ne peuvent plus se loger ici. Et à la place, on leur propose des chambres d’hôtels à 150 $ la nuit, réservées pour des touristes qui ne resteront que deux jours.

Ce que le propriétaire ne dit pas

La société derrière l’immeuble, Groupe Immobilier X (un nom générique pour l’instant), argumente que « le marché des bureaux est saturé ». Vrai. Mais le marché des logements l’est tout autant. Sauf que personne ne crie au scandale quand un immeuble de bureaux se vide. Parce que ça ne dérange pas les bonnes personnes.

Ce qu’ils ne disent pas, c’est que transformer ces logements en hôtels, c’est une décision politique. Une décision qui favorise les investisseurs plutôt que les citoyens. Une décision qui dit : « Les Québécois peuvent toujours chercher ailleurs. »

L’hypocrisie des « assouplissements »

La Ville parle d’« assouplissements ». Traduction : « On va vous donner ce que vous demandez, mais chut, ne le dites pas. » Parce que si on regarde les chiffres, on voit que Québec a déjà assez d’hébergements touristiques. Assez pour noyer la ville en été. Assez pour faire monter les prix toute l’année.

En 2022, la Ville a elle-même reconnu que le secteur du tourisme était en surcapacité. Pourtant, on continue à autoriser des projets comme celui de la place D’Youville. Pourquoi ? Parce que les promoteurs ont plus de poids que les locataires. Parce que les élections approchent, et que personne ne veut s’aliéner les grands joueurs.

Ce qui se joue vraiment

Ce n’est pas une question d’urbanisme. C’est une question de priorités. Québec a choisi : elle préfère les touristes aux résidents. Les nuits d’hôtel aux loyers abordables. Les profits des promoteurs aux familles qui galèrent pour trouver un 3 ½.

Le pire ? Personne ne proteste assez fort. Les syndics, les associations de locataires, les groupes communautaires… ils tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Mais quand on parle de tourisme, on parle d’argent. Et l’argent, à Québec, parle toujours plus fort que les gens.

La tour qui résiste

Il reste une lueur d’espoir. Les riverains se mobilisent. Les groupes de défense du logement commencent à faire du bruit. Et puis, il y a l’exemple de Montréal, qui a récemment bloqué un projet similaire dans le Vieux-Port. Pourquoi pas Québec ?

Sauf que pour ça, il faudrait que quelqu’un ait le courage de dire non. Pas aux promoteurs. Pas aux lobbies. Non aux touristes qui étouffent la ville.

Et pour l’instant, à Québec, on dit toujours oui.

La dernière question

Combien de tours faudra-t-il vider avant que la Ville se réveille ? Combien de familles faudra-t-il expulser pour que quelqu’un réalise que le tourisme, ce n’est pas une solution, c’est un problème ?

La réponse, elle, est déjà dans les chiffres. Et elle n’est pas belle à entendre.

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R Galaxie Rédaction

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