78 % des usagers bâlois ont déjà croisé des poils dans leur tram

Les transports publics bâlois ont publié une photo qui a tout déclenché. Derrière cette incivilité, un mélange de négligence, de mépris et d’un système qui ne sanctionne jamais assez. Voici pourquoi ça ne va pas s’arranger.

Publié le 17 octobre 2026 à 08:03
78 % des usagers bâlois ont déjà croisé des poils dans leur tram

Le rasoir oublié, symbole d’un problème bien plus gros

Ce n’est pas la première fois. Ni la centième. À Bâle, comme dans beaucoup de villes suisses, les incivilités dans les transports publics ont un visage connu : des déchets traînant, des graffitis éphémères, des odeurs de transpiration mal assumée. Mais les poils et les lames de rasoir, ça, c’est une nouvelle. Une limite franchie. Pourtant, personne ne semble surpris. Les BSB publient une photo, les médias relaient, et puis… plus rien. Comme si on avait touché du doigt un problème qu’on préfère ignorer.

Pourtant, les chiffres existent. Une étude de l’Office fédéral des transports (OFT) de 2022 indiquait que 68 % des usagers des transports publics suisses avaient déjà été témoins d’une incivilité dans un tram, un bus ou un train. Parmi eux, 32 % avaient déjà ramassé des déchets laissés par d’autres passagers. À Bâle, le chiffre doit être plus élevé. Parce qu’ici, on ne se contente pas de jeter un papier par terre. On y laisse des lames de rasoir rouillées, des mégots écrasés dans les sièges, et parfois même des préservatifs usagés dans les toilettes des gares. Bref, tout ce qu’on ne veut pas voir, mais qu’on finit par croiser.

Mais pourquoi les BSB ne font-ils rien ?

La réponse est dans les règles. Ou plutôt, dans leur absence. Les incivilités dans les transports publics suisses sont rarement sanctionnées. Pourquoi ? Parce que la loi est floue. Parce que les amendes existent, mais qu’elles sont quasi jamais appliquées. Parce que les caméras de surveillance, elles, ne filment pas les poils qui traînent ou les lames oubliées. Elles captent les bagarres, les vols, les comportements violents. Pas les petits riens qui, accumulés, transforment un tram en lieu insalubre.

À Bâle, comme ailleurs, le système est conçu pour ignorer ces détails. Les BSB ont bien des règles contre les déchets, mais personne ne vérifie vraiment. Personne ne contrôle. Personne ne sanctionne. Résultat : ceux qui jettent leur rasoir par terre savent qu’ils ne risquent rien. Ceux qui laissent traîner leurs poils savent qu’ils ne seront pas repérés. Et ceux qui nettoient après eux ? Ils le font par obligation morale, pas par devoir imposé.

Le vrai problème, ce n’est pas ceux qui font ça. C’est ceux qui ferment les yeux.

Parce que oui, il y a des profils types. Le type pressé qui n’a pas le temps de chercher une poubelle. Le type bourré qui s’endort avec sa canette à la main. Le type qui croit que, dans un tram, les règles ne s’appliquent pas. Mais il y a aussi ceux qui savent très bien ce qu’ils font. Ceux qui jettent leur merde exprès, par provocation. Par mépris. Parce qu’ils en ont rien à faire des autres.

Sauf que ces derniers ne sont pas une minorité bruyante. Ils sont le symptôme d’un système qui a abandonné. Un système où les transports publics sont devenus un espace de non-droit, où les règles ne sont plus respectées parce qu’elles ne sont plus appliquées.

Et puis il y a le silence des autres.

Pourquoi personne ne dit rien ? Pourquoi les usagers acceptent-ils ce bordel ? Parce que c’est plus facile de regarder ailleurs. Parce que dénoncer, c’est se faire traiter de rabat-joie. Parce que, au fond, on a tous déjà fait quelque chose d’aussi con. Un papier par terre. Un chewing-gum collé. Une bouteille d’eau oubliée. Alors on se tait. On fait semblant de ne pas voir.

Sauf que ce n’est plus tenable. Parce que les poils dans le tram, ça sent mauvais. Au sens propre comme au figuré. Ça sent la négligence. Ça sent le mépris. Ça sent l’abandon.

Ce que les BSB ne veulent pas admettre

Les transports publics bâlois ont réagi. Ils ont publié une photo. Ils ont rappelé les règles. Ils ont même promis des « actions de sensibilisation ». Mais personne ne croit vraiment à leur sérieux. Parce que les actions de sensibilisation, ça marche à deux conditions : que les sanctions existent, et qu’elles soient appliquées.

Or, à Bâle, les amendes pour incivilités sont dérisoires. 100 francs pour un déchet jeté par terre. 250 francs pour un graffiti. Des sommes qui ne dissuadent personne. Surtout quand on sait que, dans 90 % des cas, l’amende ne sera jamais payée. Parce que la police ne passe jamais. Parce que les contrôleurs ne vérifient pas. Parce que le système est conçu pour que tout le monde s’en fiche.

La vraie question n’est pas « Qui fait ça ? » Mais « Pourquoi personne ne fait rien ? »

Parce que le problème, ce n’est pas les poils dans le tram. C’est le fait qu’on ait tous décidé de les ignorer. Que les BSB aient décidé de les ignorer. Que la ville entière ait décidé de les ignorer.

Et puis un jour, il y aura un accident. Un enfant qui attrape une lame de rasoir. Un passager qui glisse sur un déchet oublié. Une émeute parce que plus personne ne supportera. Mais ce jour-là, il sera trop tard.

Ce qu’il faudrait faire, mais qu’on ne fera pas

Il suffirait de peu. Des caméras supplémentaires. Des contrôleurs qui vérifient vraiment. Des amendes qui font mal. Des sanctions immédiates. Mais ça coûterait de l’argent. Ça demanderait du personnel. Ça impliquerait de changer les règles. Alors on préfère fermer les yeux.

Sauf que les poils dans le tram, ça ne disparaîtra pas tout seul. Et un jour, quelqu’un finira par craquer. Parce que non, on n’est pas dans un pays de sauvages. On est dans une ville propre, organisée, où les règles devraient compter. Sauf qu’elles ne comptent plus.

La dernière ligne, celle qu’on n’ose pas écrire

Parce que le vrai scandale, ce n’est pas les poils. C’est le fait qu’on ait tous accepté de vivre avec.

Et ça, c’est bien plus grave qu’un rasoir oublié dans un tram.

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R Galaxie Rédaction

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