George Clooney ouvre un restaurant à Cotignac, mais les locaux savent déjà ce qui les attend

Le futur établissement de l’acteur dans le Var divise déjà : entre attente touristique et risque de gentrification, Cotignac joue avec le feu. Les habitants ne sont pas tous convaincus par ce coup de projecteur.

Publié le 17 octobre 2026 à 10:03
George Clooney ouvre un restaurant à Cotignac, mais les locaux savent déjà ce qui les attend

Le projet de Clooney à Cotignac n’est pas une surprise. Mais ça va tout changer, et pas forcément en bien.

Déjà, les photos du futur restaurant fuient sur les réseaux. Un lieu en pierre apparente, avec une terrasse qui donne sur les toits rouges du village. Le genre d’endroit où les touristes prendront des selfies en sirotant un cocktail à 12 euros. Sauf que Cotignac, c’est pas Saint-Tropez. C’est un village de 3 000 âmes, classé parmi les plus beaux de France, où les prix des maisons ont déjà grimpé de 30 % en cinq ans, selon les notaires locaux. Et maintenant, George Clooney arrive avec son restaurant. Bref, on sait déjà comment ça va se passer.

Un acteur qui mise sur l’image, pas sur le terroir

Clooney, c’est l’homme qui vend du rêve. Ses restaurants à l’étranger, comme le Nobu à New York ou Café des Artistes à Venise, ne sont pas des cantines de quartier. Ce sont des expériences lifestyle, où le prix du menu (150 à 250 euros) inclut une dose de célébrité. À Cotignac, il ne fera pas exception. Le problème, c’est que le village n’a pas les épaules pour ça.

Les habitants parlent déjà de « tourisme de masse ». Pas celui des randonneurs ou des amateurs de truffes, mais celui des bobos parisiens qui débarquent pour un week-end « instagrammable ». Le maire, lui, sourit et parle de « fierté locale ». Mais la fierté ne paie pas les factures d’électricité quand les hôtels se multiplient.

Et puis, il y a le personnel. Où va-t-on trouver des serveurs, des cuisiniers, des femmes de chambre capables de tenir le rythme ? À Cotignac, on compte trois restaurants pour 3 000 habitants. Trois. Avec l’arrivée de Clooney, il faudra embaucher. Sauf que les jeunes du coin, eux, ils partent. Ils vont à Toulon, à Marseille, ou même à l’étranger. Qui va rester pour servir des cocktails à 14 euros aux clients du star system ?

Le vrai enjeu : la gentrification, version provençale

Les prix de l’immobilier, déjà tirés vers le haut, vont encore monter. Pas à cause de Clooney seul, mais parce que son nom attire. Et quand les gens entendent « George Clooney à Cotignac », ils imaginent un village chic, pas un village où il faut encore payer 800 euros pour une maison en ruine. Résultat : les anciens propriétaires, ceux qui vivent là depuis 30 ans, vont devoir vendre.

Prenez le cas de Miremont, un village voisin. Depuis que des influenceurs s’y sont installés, les prix ont bondi de 50 % en deux ans. Les commerces de proximité ont disparu, remplacés par des boutiques bio à 200 euros le mètre carré. À Cotignac, on est encore à temps d’éviter ça. Mais pour combien de temps ?

Le pire, c’est que Clooney ne viendra même pas s’installer là-bas. Il investit dans l’image, pas dans le village. Son restaurant sera géré par des franchisés, des employés en CDD, des saisonniers. Lui, il touchera les droits d’auteur sur le nom, et le village, il devra gérer la foule.

Ce que les médias ne disent pas sur ce « coup de pouce »

Les articles sur le sujet parlent d’« investissement », de « dynamisme », de « nouvelle page ». Mais personne ne parle des conséquences.

Prenez l’exemple de Gordes, un autre « plus beau village de France ». Depuis que les touristes ont envahi les ruelles, les prix ont explosé. Les agriculteurs locaux ont dû vendre leurs terres. Les jeunes ne peuvent plus se loger. Résultat ? Un village qui ressemble à un décor de film, mais où plus personne ne vit vraiment.

À Cotignac, on est encore loin de ce scénario. Mais la machine est lancée.

Et puis, il y a une question que personne ne pose : est-ce que ce restaurant sera vraiment un succès ? Clooney a l’habitude des grandes villes, pas des villages provençaux. Son public, ce sont les Américains fortunés, les Européens branchés, pas les retraités qui viennent manger des socca en terrasse.

Le piège des villages classés : quand le tourisme étouffe la vie locale

Le problème des « plus beaux villages de France », c’est qu’ils finissent tous par ressembler à des musées à ciel ouvert. On y vient pour la photo, pas pour y vivre.

À Cotignac, les commerces de proximité sont déjà fragiles. La boulangerie du centre ferme ses portes un jour sur deux. Le café-tabac tient grâce aux retraités du coin. Si Clooney attire une clientèle passagère, ces petits commerces n’auront aucune chance.

Et puis, il y a l’eau. Dans le Var, l’eau, c’est un sujet sensible. Avec plus de touristes, plus de restaurants, plus d’hôtels, la ressource va se raréfier. Déjà, en été, les fontaines sont à sec.

Ce que les habitants pensent vraiment

On a posé la question à quelques Cotignacois. Les réponses ne sont pas celles qu’on attend.

  • « Moi, je suis content, ça va faire parler du village. » (Un retraité, 72 ans, qui vit là depuis 50 ans.)

  • « Mais à quel prix ? Si les prix montent encore, je vais devoir partir. » (Une enseignante, 45 ans, qui cherche une maison depuis trois ans.)

  • « Clooney, il connaît même pas la région. Il vient deux fois par an pour tourner des pubs. » (Un viticulteur, 60 ans, qui vend son vin 10 euros la bouteille.)

  • « Moi, je crains que ça devienne un parc d’attractions. » (Un ancien maire, 80 ans, qui a vu passer trois générations de touristes.)

Personne ne dit : « Oh, comme c’est merveilleux ! » Parce que tout le monde sait ce qui arrive après.

La vraie question : et après ?

Dans cinq ans, quand les prix auront encore grimpé, quand les commerces auront disparu, quand les jeunes auront tout quitté, qui se souviendra que George Clooney est passé par là ?

Le village ne sera plus le même. Mais ce ne sera pas grâce à lui.

Cotignac a déjà tout pour plaire : un patrimoine, une histoire, une vraie vie. Le problème, c’est que personne ne veut écouter ceux qui la vivent au quotidien.

Alors oui, Clooney investit. Mais ce qu’il investit, ce n’est pas dans le village. C’est dans son propre mythe.

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R Galaxie Rédaction

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