Pourquoi personne ne parle de cette randonnée ?
C’est une question simple. Pourtant, la réponse l’est moins. L’Octobre Rose, c’est devenu un rituel : campagnes de sensibilisation, dépistages gratuits, promesses de prévention. Mais ici, on marche en silence. Pas de relais médiatique, pas de partenariat avec les grandes marques, pas même un mot des autorités sanitaires. Juste une poignée de syndicalistes et de militantes, déterminées à bouger, mais sans le soutien attendu.
Le Soleil, organisateur de l’événement, ne communique presque rien. Pas de communiqué de presse, pas d’interview, pas de hashtag. Comme si cette marche était un secret. Pourtant, le journal est un acteur majeur de l’information au Sénégal. Alors pourquoi cette discrétion ?
Une hypothèse : l’Octobre Rose, c’est devenu un marché. Les grandes ONG, les laboratoires pharmaceutiques, les influenceurs, tout le monde en parle, mais sans vraiment changer les choses. Résultat, les initiatives locales, celles qui ne rapportent rien, sont reléguées au second plan. La randonnée du 18 octobre, c’est un peu ça : une action utile, mais sans visibilité.
Les syndicats, nouveaux acteurs de la santé ?
Pourtant, cette marche a du sens. Les syndicats, SEN-PNA, Apanat, LNR-BTP, Pack Africa, ne sont pas habitués à organiser des campagnes de santé. Mais ils sont là . Pourquoi ? Parce que le cancer touche tout le monde, y compris leurs militantes. Parce que les hôpitaux publics sont saturés, les dépistages rares, et que les femmes des quartiers populaires n’ont souvent pas les moyens de se soigner.
Le LNR-BTP, par exemple, compte 80 % de travailleurs masculins. Mais leurs épouses, leurs sœurs, leurs mères sont aussi exposées. Alors ils marchent. Pas pour les likes, pas pour les dons, mais parce que c’est une question de justice sociale. Une première.
Le dépistage, ce parent pauvre
Le vrai problème, c’est le dépistage. Au Sénégal, seulement 10 % des femmes se font dépister régulièrement, selon une étude de l’ONG Women in Africa Initiative. Les raisons ? Méconnaissance, manque d’accès aux centres de santé, coût des examens. Pourtant, un dépistage précoce réduit de 30 % le taux de mortalité, comme le rappelle l’OMS.
La randonnée du 18 octobre, c’est aussi ça : une tentative de briser cette inertie. Mais sans moyens, sans relais, sans pression politique, ça reste symbolique. Les organisateurs le savent. Ils ne s’attendent pas à un changement radical. Juste à ce que quelques femmes se réveillent.
Ce que cette marche révèle
Ce qui est frappant, c’est l’absence totale de l’État. Pas de ministre de la Santé dans les rangs, pas de discours officiel, pas de financement public. Le cancer du sein, c’est un problème de santé publique. Pourtant, personne ne semble s’en soucier vraiment.
Les syndicats, eux, agissent à leur échelle. Ils savent que les grandes causes ne se gagnent pas avec des discours. Mais avec des actes. Même petits.
Alors, ce dimanche 18 octobre, si vous croisez une centaine de marcheurs devant le Soleil, ne les ignorez pas. Parce que derrière cette randonnée silencieuse, il y a une réalité brutale : au Sénégal, le cancer du sein tue encore trop de femmes. Et personne ne semble vouloir en parler vraiment.
Le dernier mot
Les randonnées comme celle-ci ne changeront pas la donne à elles seules. Mais elles rappellent une vérité simple : la santé des femmes, surtout celles des quartiers populaires, n’est pas une priorité. Pas pour les médias, pas pour les politiques, pas pour les grandes institutions. Juste pour quelques syndicalistes et militantes qui refusent de baisser les bras. Et ça, c’est déjà une victoire.