Souad Mouktadiri prouve que le Rallye du Maroc n'est pas un second choix

Première Marocaine à avoir terminé le Dakar en voiture, Souad Mouktadiri assume : son pays a les ingrédients pour rivaliser avec l'épreuve mythique. Mais des choix politiques et financiers freinent la machine. Voici pourquoi le Rallye du Maroc n'a pas à rougir face à son aîné.

Publié le 3 octobre 2026 à 08:00
Souad Mouktadiri prouve que le Rallye du Maroc n'est pas un second choix

Le Rallye du Maroc n'a pas à rougir face au Dakar, mais il s'en prive lui-même

En 2021, Souad Mouktadiri a franchi la ligne d'arrivée du Rallye Dakar en voiture. Première Marocaine à y parvenir, elle a aussi été la seule femme à terminer l'épreuve cette année-là. Pourtant, quand on lui parle du Rallye du Maroc, cette alternative locale qui attire désormais des équipages du monde entier, elle ne tergiverse pas : « C’est une compétition qui a tout pour être aussi exigeante que le Dakar. Sauf qu’on ne lui donne pas les moyens de le devenir. »

Pourtant, les chiffres sont là. En 2023, le Rallye du Maroc a attiré 180 équipages, contre 150 pour le Dakar cette même année (source : ASO, organisateur des deux épreuves). Les trajets traversent le désert, les montagnes de l’Atlas, et les pistes marocaines sont tout aussi redoutables. « Le Dakar a ses légendes, ses dunes infinies, ses nuits polaires… Le Maroc, lui, a ses cols à plus de 2 000 mètres, ses tempêtes de sable qui aveuglent, et une logistique locale qui force à s’adapter en temps réel. »

Mais alors, pourquoi cette compétition reste-t-elle dans l’ombre ? Parce que le Maroc, malgré son potentiel, joue les timorés.

Un terrain de jeu plus dur que ce qu’on croit

Le Rallye du Maroc n’est pas une copie bon marché du Dakar. « Les spéciales sont conçues pour être techniques, avec des passages où une erreur de 50 centimètres peut vous envoyer dans le décor », explique Mouktadiri. En 2022, le Français Stéphane Peterhansel, quadruple vainqueur du Dakar, a abandonné sur une spéciale marocaine après une sortie de route spectaculaire. « Même les meilleurs y perdent leurs repères. »

Et puis, il y a le climat. « Au Maroc, vous avez des journées à 50°C où l’air brûle les poumons, et des nuits où le froid descend en dessous de zéro. Au Dakar, c’est plus prévisible : vous savez que vous allez geler en Argentine ou brûler en Arabie Saoudite. Ici, c’est l’imprévu qui règne. »

Pourtant, malgré ces atouts, l’organisation du Rallye du Maroc manque de cohérence. Les budgets fluctuent d’une édition à l’autre, les partenariats avec des marques internationales peinent à se concrétiser, et les infrastructures, comme les villages départ/arrivée, restent en deçà de ce que propose le Dakar. « Ils pourraient faire du Maroc le Dakar de demain, mais ils préfèrent jouer les petits frères. »

L’argent, ce talon d’Achille

Le problème n’est pas le manque de public. En 2023, plus de 300 000 spectateurs se sont pressés le long des spéciales (source : Fédération Royale Automobile du Maroc). Le problème, c’est l’argent.

Le Rallye du Maroc coûte cher à organiser. Très cher. « Le Dakar a les moyens de payer des primes à six chiffres pour les pilotes, des hélicoptères de secours 24/7, des équipes médicales ultra-performantes… Nous, on nous serre la ceinture. »

Résultat : des équipages de haut niveau hésitent à s’engager. « Un pilote comme Nasser Al-Attiyah [quintuple vainqueur du Dakar, NDLR] ne viendra pas si on ne lui garantit pas les mêmes conditions que sur l’épreuve saoudienne ou sud-américaine. »

Et puis, il y a la question des sponsors. « Les marques préfèrent mettre leur argent là où elles sont sûres de toucher un public mondial. Le Dakar, c’est la garantie de 100 millions de téléspectateurs. Le Maroc, c’est un marché émergent, mais pas encore assez mature. »

Pourtant, Mouktadiri voit une opportunité. « Si le Maroc investissait sérieusement, il pourrait attirer des équipages comme ceux de Toyota ou Hyundai, qui dominent aujourd’hui le Dakar. Mais pour ça, il faudrait une volonté politique forte. Et là, on tourne en rond. »

Le vrai défi : faire du Maroc une référence, pas un dérivé

Le Rallye du Maroc a un atout que le Dakar n’a plus : l’authenticité. « Au Dakar, tout est ultra-protégé, ultra-médiatisé. Ici, vous sentez que vous êtes dans un pays qui se bat pour vous. Les locaux vous aident, les villages vous accueillent comme des rois… C’est ça, la vraie différence. »

Mais cette authenticité pourrait se perdre si l’épreuve ne monte pas en gamme. « Le risque, c’est que ça devienne un Dakar bis, avec des spéciales copiées-collées et une logistique standardisée. À quoi bon ? »

Pour Mouktadiri, la solution passe par trois choses :

  • Un budget stable et ambitieux, avec des partenariats longs termes (comme ceux que le Dakar a su nouer avec des géants comme Qatar Airways ou Monster Energy).
  • Une médiatisation internationale, en ciblant les chaînes sportives européennes et asiatiques, pas seulement les médias locaux.
  • Un engagement clair des autorités, avec une feuille de route sur 10 ans, pas des promesses en campagne électorale.

« Le Maroc a tout pour être une référence. Mais aujourd’hui, on a l’impression qu’on se contente de ce qu’on a, au lieu de viser plus haut. »

Le Dakar n’est pas intouchable, mais le Maroc pourrait le dépasser

Le Rallye Dakar a vieilli. Ses organisateurs peinent à trouver des pays prêts à accueillir l’épreuve à cause des risques sécuritaires et des coûts exorbitants. Le Maroc, lui, a déjà prouvé qu’il pouvait organiser une compétition de niveau mondial.

En 2024, le Rallye du Maroc a changé de format : plus de spéciales en Afrique du Sud, plus de mélange avec le Dakar. « C’est une bonne chose, mais ça ne suffit pas. Il faut oser se différencier, pas juste imiter. »

Mouktadiri en est convaincue : « Dans cinq ans, si le Maroc se réveille, il pourrait devenir LA compétition de référence. Pas comme un petit frère du Dakar, mais comme une alternative plus rude, plus humaine, plus exigeante. »

Reste à savoir si les décideurs marocains ont la vision, et le courage, pour en faire une réalité.

Parce qu’aujourd’hui, le vrai gaspillage, ce n’est pas de manquer le Dakar. C’est de ne pas faire du Maroc la prochaine grande épreuve de rallye-raids.

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R Galaxie Rédaction

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