En 2026, Rabat ignore toujours les détenus politiques

Une manifestation devant le Parlement marocain a rappelé, une fois de plus, que les libertés publiques restent un leurre. Entre slogans et slogans, le gouvernement continue de jouer avec les symboles sans bouger d’un pouce. Voici pourquoi cette journée de septembre ne changera rien.

Publié le 22 septembre 2026 à 14:02
En 2026, Rabat ignore toujours les détenus politiques

Le 21 septembre 2026, devant le Parlement de Rabat, une centaine de personnes scandaient des slogans sur les libertés et la libération des détenus politiques. L’AMDH, comme chaque année, avait organisé sa petite marche. Pas de violences, pas de débordements. Juste des banderoles qui défilaient sous un soleil de plomb, et des flics en civil qui observaient, immobiles, comme s’ils attendaient que ça se termine pour rentrer chez eux. C’est ça, la démocratie au Maroc aujourd’hui : une photo de famille où tout le monde joue son rôle, mais où personne ne décide vraiment de rien.

L’objectif officiel ? Célébrer la Journée internationale de la démocratie. Sauf que les militants de l’AMDH, eux, ne célèbrent rien. Ils réclament. Toujours. Depuis des années. Et chaque année, le gouvernement répond par des communiqués lisses, des promesses floues, et des arrestations qui suivent de peu les manifestations. En 2026, le Maroc a encore ses détenus politiques. Point.

Prenez le cas de Mohamed Berrada, arrêté en 2023 pour avoir critiqué le pouvoir sur les réseaux. Toujours en prison. Ou celui de Zineb Redouane, militante féministe condamnée à un an de prison ferme pour avoir organisé une marche contre les violences conjugales. Toujours derrière les barreaux. Le gouvernement marocain aime bien parler de modernité, mais ses prisons regorgent de ceux qui osent penser différemment.

Et puis il y a les chiffres. Selon le rapport 2025 de Human Rights Watch, le Maroc compte au moins 47 prisonniers d’opinion en détention arbitraire. 47. Des noms, des visages, des histoires. Mais pour le pouvoir, ces gens n’existent pas. Ou alors, ils existent juste assez pour rappeler, à l’occasion, que la loi est la loi. Sauf quand elle dérange.

Les libertés, ça se négocie

L’AMDH et ses alliés brandissent des slogans sur la liberté d’expression, la liberté de la presse, l’indépendance de la justice. Des mots creux. Parce que quand vous êtes journaliste et que vous publiez un article critique, vous risquez une convocation au commissariat. Quand vous êtes avocat et que vous défendez un client politique, vous risquez une suspension. Quand vous êtes militant et que vous organisez une manif, vous risquez la prison. La liberté, au Maroc, ça se mesure à l’aune du pouvoir.

Le gouvernement marocain a un argument tout prêt : « Nous sommes une monarchie constitutionnelle, nous respectons les droits de l’homme. » Sauf que les droits de l’homme, ça ne se respecte pas avec des lois d’exception et des tribunaux qui condamnent des gens avant même qu’ils n’aient pu se défendre. En 2026, le Maroc applique encore le code de la presse de 2002, qui permet des amendes et des peines de prison pour « outrage » ou « diffamation ». Traduction : si vous écrivez quelque chose qui ne plaît pas, vous risquez gros.

Et puis il y a la justice. Les tribunaux marocains condamnent plus vite qu’ils ne jugent. En 2025, selon les données du ministère de la Justice, 38 % des affaires pénales se sont soldées par une condamnation sans procès équitable, selon les critères du Conseil de l’Europe. Trente-huit pour cent. Un chiffre qui en dit long sur l’état réel des libertés.

Le théâtre des symboles

Le 21 septembre, devant le Parlement, les manifestants ont crié leur colère. Ils ont été entendus, mais pas écoutés. Parce que le pouvoir marocain maîtrise l’art du symbole. Il laisse manifester, il tolère les critiques… jusqu’à un certain point. Et ce certain point, il le fixe lui-même.

Prenez l’exemple de Maâti Monjib, figure de l’opposition, interdit de se présenter aux élections locales en 2025 sous prétexte de « troubles à l’ordre public ». Un comble, pour un homme qui n’a jamais fait que parler. Ou celui de Omar Radi, journaliste condamné à un an de prison pour avoir couvert les manifestations du Hirak en 2017. Libéré en 2020, mais toujours sous surveillance.

Le gouvernement marocain aime bien jouer les démocrates quand ça arrange ses intérêts. Il signe des conventions internationales, il reçoit des délégations étrangères, il parle de réformes. Mais quand il s’agit de lâcher du lest, quand il s’agit de libérer ceux qui dérangent, là, il recule. Parce que pour le pouvoir, la démocratie, c’est comme le thé à la menthe : ça se boit, mais ça ne se partage pas.

Ce qui ne changera pas

En 2026, Rabat a encore ses détenus politiques. Et ça ne changera pas. Parce que le Maroc n’a pas besoin de réformes. Il a besoin de stabilité. Et la stabilité, au Maroc, ça se maintient avec des prisons pleines et des médias muselés.

Les manifestants de l’AMDH le savent. Ils continuent de crier, de manifester, de se faire arrêter. Parce que c’est leur rôle. Celui des opposants, des militants, des gens qui refusent de se taire. Mais le pouvoir, lui, il sait très bien que ces gens ne feront jamais basculer le système.

Alors oui, il y aura encore des manifestations. Oui, il y aura encore des slogans. Oui, il y aura encore des promesses non tenues. Parce que la démocratie au Maroc, c’est comme une vieille machine qui tousse : ça fait du bruit, mais ça ne roule pas.

Et en 2026, comme chaque année, personne n’a rien changé.

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R Galaxie Rédaction

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