Le Queyras offre un transport gratuit pour le dépistage du cancer du sein

L’ACSSQ propose un service de transport gratuit pour les femmes du Queyras et Guillestrois vers le dépistage à Briançon. Une initiative utile, mais qui pose des questions sur les inégalités d’accès aux soins dans les territoires ruraux. Analyse d’un dispositif qui ne suffit pas à tout résoudre.

Publié le 6 octobre 2026 à 08:09
Le Queyras offre un transport gratuit pour le dépistage du cancer du sein

Un service qui comble un vide, mais pas tous

Le chiffre, c’est celui-là : 30 %. C’est la part des femmes de 50 à 74 ans dans les Alpes-de-Haute-Provence qui ne se sont pas fait dépister en 2022, selon les données de l’Assurance Maladie. Dans le Queyras, le taux est probablement plus élevé. Les raisons ? L’éloignement, le coût, l’oubli, la méconnaissance. L’ACSSQ a décidé d’agir. Un bus, deux fois par mois, pour emmener les femmes à Briançon. Pas de discussion sur les tarifs, pas de justificatif à fournir. Juste un appel, une place réservée, et hop. Mais est-ce que ça suffit ?

Non. Parce que le problème, c’est que le dépistage, ça ne se limite pas à la route. Il y a aussi la peur. Celle de la douleur, celle du résultat, celle de se retrouver seule face à un diagnostic. Une étude de l’INCa (Institut National du Cancer) montre que 40 % des femmes évitent le dépistage par crainte de l’annonce d’un cancer. Le transport, c’est bien. Mais ça ne désamorce pas tout.

Et puis, il y a le reste. Les femmes qui travaillent, celles qui n’ont pas de voiture, celles qui doivent gérer enfants et parents âgés. Le bus passe à heures fixes. Si vous ratez le créneau, vous attendez le prochain. Ou vous vous débrouillez. Personne ne vous tend une solution clé en main.

Briançon, ce trou noir des soins

Pourquoi Briançon ? Parce que c’est le plus proche. Mais à 100 km de Guillestre, ça reste loin. Et entre les deux, il y a les lacets, les routes de montagne, les intempéries. Un trajet qui peut virer au cauchemar en hiver. Pourtant, c’est là que les femmes du Queyras doivent se rendre pour leur mammographie. Pas de cabinet de radiologie à Saint-Véran, pas de médecin spécialisé sur place. Juste un centre de santé qui oriente, et une attente qui peut durer des semaines.

Le Queyras, c’est un territoire où les soins se concentrent ailleurs. À Briançon, à Gap, à Embrun. Les déserts médicaux, on en parle beaucoup. Mais les déserts de dépistage, on les oublie. Pourtant, c’est là que le bât blesse. Une femme sur trois ne se fait pas dépister dans les Alpes-de-Haute-Provence. Une sur deux dans certaines zones rurales. L’ACSSQ fait ce qu’elle peut. Mais un bus par mois, ça ne comble pas l’écart.

Ce que le transport gratuit ne dit pas

L’initiative est louable. Mais elle cache un problème plus large : celui de l’accès aux soins dans les territoires isolés. Le transport, c’est la partie visible de l’iceberg. Derrière, il y a l’absence de structures, le manque de médecins, les délais interminables.

Prenez l’exemple des résultats. Combien de femmes reçoivent leur compte-rendu après des semaines d’attente ? Combien doivent se déplacer une deuxième fois pour une biopsie, un complément d’examen ? Le bus de l’ACSSQ ne les emmène pas.

Et puis, il y a la question du suivi. Un cancer du sein diagnostiqué, ça ne se soigne pas qu’à Briançon. Ça se soigne à Grenoble, à Lyon, à Marseille. Les femmes du Queyras, après le dépistage, doivent souvent quitter leur vallée pour des soins spécialisés. Qui paie le transport aller-retour ? Qui s’occupe d’elles pendant les séances de chimiothérapie ? Personne. Ou presque.

Une solution qui ne règle pas le fond

L’ACSSQ a fait ce qu’elle pouvait avec les moyens dont elle disposait. Mais le transport gratuit, c’est comme mettre un pansement sur une jambe de bois. Ça soulage. Ça ne guérit pas.

Le vrai problème, c’est l’organisation des soins en montagne. Pourquoi n’y a-t-il pas de cabinet de radiologie mobile dans le Queyras ? Pourquoi les femmes doivent-elles parcourir 100 km pour un examen qui prend 10 minutes ? La réponse est simple : parce que ce n’est pas rentable.

Les hôpitaux et les cliniques privilégient les zones urbaines. Les territoires ruraux, on les oublie. Le Queyras, c’est un cas d’école. Un département où les inégalités d’accès aux soins sont criantes.

Et après ?

Le bus de l’ACSSQ, c’est une bonne nouvelle. Mais ce n’est pas une révolution. C’est un geste, pas une solution.

Ce qui manquerait, ce serait une vraie politique de santé adaptée aux territoires de montagne. Des moyens pour rapprocher les examens des patients, pas l’inverse. Des médecins généralistes formés au dépistage, des infirmières disponibles pour le suivi. Et surtout, une prise de conscience : les Alpes-de-Haute-Provence, ce n’est pas que Gap et Briançon.

Le Queyras existe. Et ses habitantes aussi.

Le transport gratuit, c’est bien. Mais ça ne suffit pas.

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R Galaxie Rédaction

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