80 % des Québécois veulent les cartes inondables, le gouvernement les cache encore

Le ministère de l’Environnement traîne les pieds sur les nouvelles cartes des zones inondables, alors que la menace grandit. Pourquoi cette lenteur ? Et surtout, que faire quand les risques explosent sans données fiables ?

Publié le 16 septembre 2026 à 06:00
80 % des Québécois veulent les cartes inondables, le gouvernement les cache encore

Pourquoi le gouvernement retarde les cartes qui pourraient sauver des maisons ?

Le 12 juillet 2023, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a encore sonné l’alarme : « Les cartes actuelles sont obsolètes. On ne peut plus se permettre d’attendre. » Pourtant, le ministère de l’Environnement du Québec tergiverse. Depuis des mois, les nouvelles cartes des zones inondables, promises, reportées, puis oubliées, traînent dans les dossiers. 82 % des Québécois en veulent, selon un sondage Léger pour La Presse en 2023. Mais le gouvernement agit comme si personne ne regardait.

Pourtant, les signes sont clairs. En 2019, la ville de Montréal a subi des dégâts estimés à 125 millions après des inondations. En 2021, c’était 78 millions à Laval. Les assurances explosent. Les propriétaires tergiversent. Et le gouvernement ? Il joue à cache-cache avec les données.

Les cartes existent, mais personne n’ose les publier

Officiellement, le ministère explique que « les travaux sont en cours ». Traduction : « On n’a pas fini, et on n’a pas envie de se faire engueuler. » Problème : ces cartes, c’est la base pour tout. Les assureurs, les municipalités, les citoyens, tout le monde en a besoin. Sans elles, on navigue à l’aveugle.

Prenez le cas de la rivière des Mille-Îles. En 2017, des centaines de maisons ont été inondées. Les anciennes cartes ne le montraient pas. Les nouvelles, elles, le devraient. Mais elles ne sortent pas. Pourquoi ? Parce que ça force à agir. Parce que ça coûte cher. Parce que ça embête.

Le ministère a même admis, en 2022, que « les nouvelles données seront disponibles d’ici 2024 ». Deux ans. Deux ans pour dire à des propriétaires : « Désolé, votre maison est en zone à risque. » Deux ans pour que les assureurs ajustent leurs primes. Deux ans pour que les municipalités préparent des plans d’urgence.

Sauf que. Sauf que les inondations, elles, n’attendent pas.

Ce que cache ce retard : l’argent et le pouvoir

Derrière les belles phrases du ministère, il y a des enjeux bien moins nobles. Premier point : les cartes, ça révèle. Ça montre qui est vulnérable. Et ça force à prendre des décisions.

Prenez l’exemple de la Rive-Sud de Montréal. Des quartiers entiers sont en zone inondable. Mais les construire, c’est lucratif. Les promoteurs, les municipalités, les assureurs, tout le monde a intérêt à ce que les cartes restent floues. Parce que si on sait, il faut protéger. Et protéger, ça coûte.

Deuxième point : la responsabilité. Si une maison est inondée et que les cartes étaient disponibles, qui est coupable ? Le gouvernement ? Les assureurs ? Les propriétaires ? Personne n’a envie de cette question.

Troisième point, le plus cynique : les élections. En 2026, le Québec votera. Aucun parti n’a intérêt à annoncer : « Votre maison est en danger. » Même si c’est vrai. Même si c’est urgent. Parce que ça fait mal. Et que les gens votent avec leur portefeuille, pas avec leur raison.

Ce qui se passe quand on ignore les cartes : des villes qui coulent

À Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2011, les inondations ont coûté 100 millions. Les cartes existantes ne montraient pas les zones à risque. Résultat ? Des centaines de familles sans assurance, des maisons condamnées, des années de procédures.

À Montréal, en 2017, c’est la même histoire. Les anciennes cartes dataient de 2005. Quinze ans. Quinze ans sans mise à jour. Quinze ans à laisser les gens croire que tout allait bien.

Aujourd’hui, la situation est pire. Le réchauffement climatique aggrave tout. Les pluies sont plus intenses. Les rivières débordent plus vite. Mais les cartes ? Toujours pas.

La CMM a même proposé un plan d’action en 2023 : « Il faut des cartes précises, des alertes en temps réel, des plans d’évacuation. » Réponse du gouvernement ? Silence.

Pourtant, des solutions existent. La France, par exemple, a un système de cartes inondables mis à jour en temps réel. Pourquoi pas ici ? Parce que ça coûte. Parce que ça change des choses. Parce que ça oblige à choisir.

Ce qu’il reste à faire, et pourquoi c’est trop tard ?

Si les cartes sortent enfin en 2024, ce sera trop tard pour beaucoup.

  • Les assureurs auront déjà refusé des centaines de polices. Les propriétaires auront déjà acheté. Les promoteurs auront déjà construit.
  • Les municipalités auront déjà planifié leurs infrastructures. Les plans d’urgence seront déjà obsolètes.
  • Les citoyens auront déjà subi des dégâts. Certains auront déjà perdu leur maison.

Le vrai problème, ce n’est pas le retard. C’est l’absence de volonté politique. Parce que les cartes, on peut les faire. Mais les décisions qui suivent ? Ça, personne n’en veut.

Alors oui, le gouvernement va finir par les publier. Comme il a fini par publier les données sur la qualité de l’air après des années de pression. Comme il a fini par admettre l’urgence climatique après des décennies de dénégation.

Mais entre-temps ? Entre-temps, des maisons couleront. Des familles perdront tout. Et le Québec continuera à jouer avec le feu.

La dernière question, celle que personne ne pose

Si les cartes sont si urgentes, pourquoi personne ne force le ministère à les sortir ?

Parce que ça demande du bruit. Parce que ça demande des poursuites. Parce que ça demande de ne plus avoir peur de dire les choses.

Alors peut-être que le vrai retard, ce n’est pas celui des cartes. C’est celui de notre capacité à exiger des réponses.

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R Galaxie Rédaction

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