Le cricket, sport national, devient un bouc émissaire de la xénophobie anglaise
Mardi soir, devant l’hôtel où logeaient les joueurs pakistanais de cricket, des manifestants brandissaient des pancartes. Pas contre l’immigration, pas contre la politique du gouvernement. Non : contre eux. Les joueurs. Parce qu’ils ont la peau trop foncée, parce qu’ils parlent une langue qui n’est pas la leur, parce qu’en Angleterre, quand un homme en costume blanc court après une balle, ça ne peut pas être un Pakistanais. Ça doit être un migrant. Un intrus.
Pourtant, ces hommes-là étaient là pour jouer. Pour représenter leur pays dans une série internationale. Mais pour les manifestants, peu importe. Le cricket, ce sport qui unit traditionnellement les nations, devient le symbole d’une Angleterre qui ne veut plus voir les autres.
Un détail qui en dit long : aucun des manifestants n’a vérifié leurs passeports. Aucun n’a demandé : « Mais enfin, vous êtes bien des athlètes, non ? » Non. Ils ont vu des visages sombres, et ils ont conclu. Comme on conclut trop souvent en Angleterre quand un visage ne correspond pas au moule.
Pourquoi les joueurs pakistanais ? Une cible facile
Les Pakistanais ne sont pas des migrants. Ils ont des visas, des contrats, des sponsors. Mais ça ne change rien. Parce que dans l’imaginaire des extrémistes, un Pakistanais reste un Pakistanais. Peu importe son statut.
Et puis, il y a la question de la visibilité. Le cricket, c’est le sport des colonies, celui qui rappelle que l’Angleterre a dominé des empires. Aujourd’hui, c’est aussi celui qui montre que ces empires ont retourné la situation : les joueurs pakistanais écrasent l’Angleterre sur le terrain. Ça dérange.
Un chiffre pour comprendre : selon une étude de l’Institute for Race Relations (2022), les crimes à motivation raciste en Angleterre ont augmenté de 12% en un an. Le cricket n’est pas un hasard. C’est un terrain de jeu où la haine se déchaîne sans filtre.
L’hôtel, ce lieu qui devrait être neutre, devient une zone de guerre
Imaginez : vous arrivez dans un pays pour travailler, vous êtes accueillis comme des rois… et soudain, vous devenez des cibles. C’est ce que vivent les joueurs pakistanais depuis des années. En 2018, déjà, des supporters anglais avaient hué des joueurs noirs lors d’un match. En 2023, c’est devant leur hôtel que des manifestants scandaient « England for the English ! »
Pourquoi un hôtel ? Parce que c’est un lieu protégé, où la police devrait intervenir. Mais souvent, elle tarde. Ou pire : elle regarde ailleurs. Comme si, dans une Angleterre en crise, les joueurs de cricket étaient un problème secondaire.
Ce que ça dit de l’Angleterre aujourd’hui
Ce n’est pas une question de cricket. C’est une question d’identité. L’Angleterre se sent menacée. Pas par les Pakistanais. Pas vraiment. Mais par l’idée que son monde d’avant, blanc, sûr, contrôlé, n’existe plus.
Et quand un pays a peur, il invente des boucs émissaires. Aujourd’hui, ce sont les joueurs de cricket. Demain, ce seront peut-être les étudiants étrangers, les travailleurs africains, les réfugiés.
Le pire ? Personne ne semble s’en offusquer assez. Les médias parlent de « malentendu ». Les politiques condamnent « fermement ». Mais sur le terrain, rien ne change.
La vraie question : et si c’était nous, demain ?
Vous, vos enfants, vos amis. Un jour, vous pourriez être la cible. Pas parce que vous êtes un danger. Mais parce que quelqu’un aura décidé que votre visage ne correspondait pas à l’Angleterre.
Le cricket, c’est un sport. Mais aujourd’hui, c’est aussi un miroir. Et ce miroir ne reflète pas une nation fière. Il reflète une nation qui a peur.
Et la peur, vous le savez, ne mène jamais à rien de bon.