La photo qui résume tout : des femmes en uniforme, bras croisés devant l’entrée des employés, tandis qu’à l’intérieur, des hommes en costume prient sans elles
Imaginez : vous travaillez à la tour Eiffel. Vous êtes femme, vous avez le droit de monter, de descendre, de voir défiler les touristes du monde entier. Sauf qu’un jour, sans prévenir, on vous dit : « Désolée, aujourd’hui, vous ne pouvez pas entrer. » Pas parce que vous êtes en grève. Pas parce que vous avez fait une erreur. Mais parce qu’un groupe religieux a décidé que votre présence « perturbe leur dévotion ». C’est ce qui est arrivé lundi. Et cette fois, les employées ont répondu : « Plus jamais. »
Elles ont fait grève. Pas une petite manif discrète. Non : elles ont bloqué l’accès, elles ont expliqué, elles ont forcé le débat. Parce que la tour Eiffel, c’est leur lieu de travail. Pas un temple. Pas un espace sacré. Un lieu public où, normalement, les règles s’appliquent à tous. Sauf quand une secte hindoue décide que ses dogmes passent avant les lois de la République.
Le Bochasanwasi, ce groupe qui croit que les femmes sont des distractions
Le Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), c’est un mouvement religieux indien créé en 1905. Officiellement, ils construisent des temples, organisent des conférences, et prêchent une forme d’hindouisme « purifiée ». Officieusement ? Ils ont une réputation bien moins reluisante. Dans la diaspora indienne en Europe, on les accuse depuis des années de misogynie institutionnelle. Pas des propos isolés. Des règles systémiques : pas de femmes dans les cérémonies, interdiction de les toucher, et surtout, l’idée que leur présence « corrompt la spiritualité masculine ».
En 2018, un rapport de l’Open Society Foundations (basé sur des témoignages de membres ayant quitté le mouvement) détaillait des cas de harcelement, d’isolement des femmes, et même des mariages forcés. Un ancien membre, contacté par des médias, avait raconté : « On nous disait que les femmes étaient comme des tentations pour les hommes en méditation. Du coup, on nous reléguait à la cuisine ou à l’extérieur du temple. » Aujourd’hui, BAPS nie toute forme de discrimination. Mais leurs actes parlent plus fort que leurs communiqués.
Lundi, à la tour Eiffel, ils ont demandé à ce que les femmes employées ne soient pas présentes pendant leur visite. « Pour des raisons de respect et de concentration », a-t-on expliqué. Traduction : « On ne veut pas vous voir. Point. » La direction de la tour a cédé. Trop vite. Trop facilement. Et les salariées ont pété un câble.
Pourquoi la tour Eiffel a cédé, et pourquoi c’est un problème
La tour Eiffel, c’est un monument touristique. Pas un lieu de culte. Pas un espace privé. Alors pourquoi a-t-elle accepté cette demande ?
Plusieurs explications. D’abord, l’argent. Les groupes religieux paient cher pour des visites VIP. En 2022, la tour a enregistré 7,1 millions de visiteurs, avec des tarifs allant jusqu’à 30 000 euros pour un dîner privé au sommet. Refuser une délégation qui dépense des milliers d’euros, c’est risquer de perdre des contrats. Surtout quand on sait que des groupes comme BAPS ont les moyens.
Ensuite, la peur des conflits. La France se présente comme un pays laïc, mais en pratique, elle recule souvent face aux revendications religieuses. En 2016, des imams avaient exigé que des femmes voilées ne soient pas présentes lors de leurs visites guidées dans des mosquées parisiennes. Résultat ? Certaines institutions avaient séparé les espaces. Même logique à la tour Eiffel : « On évite le scandale, on fait comme ils veulent. »
Sauf que cette fois, les employées ont refusé. Et c’est ça, le vrai tournant. Parce que pendant des années, ce sont les femmes qui ont avalé. Qui ont souri. Qui ont rangé leurs badges et sont parties travailler ailleurs quand « ça dérangeait ». Lundi, elles ont dit : « Assez. »
La France qui se croit progressiste, mais qui plie toujours
Le problème, c’est que ce n’est pas un cas isolé. En 2020, un rapport du Défenseur des droits avait pointé du doigt les discriminations systématiques dans les lieux publics au nom de la religion. Gymnases, piscines, musées… Les demandes pour « séparer les sexes » ou « exclure les femmes » se multiplient. Et souvent, les institutions céderont.
Pourquoi ? Parce que la France a une double morale. Officiellement, elle défend la laïcité. Mais en pratique, elle a peur. Peur des procès. Peur des manifestations. Peur de passer pour « raciste » ou « islamophobe » (même quand il s’agit d’un groupe hindou). Du coup, on préfère fermer les yeux. Ou pire : s’adapter.
La tour Eiffel a fini par annuler la visite de BAPS. Trop tard. La grève a déjà fait son effet : les réseaux sociaux ont explosé, les médias ont relayé, et maintenant, tout le monde parle de « laïcité bafouée ». Mais dans les coulisses, rien ne change vraiment. Demain, un autre groupe viendra avec la même demande. Et la tour Eiffel répondra encore « oui ».
Ce que cette grève change, et ce que ça ne changera pas
Cette grève, elle a au moins un mérite : elle a forcé le débat. Les médias en parlent. Les politiques commencent à s’interroger. Même le gouvernement a sorti un communiqué « ferme » contre les discriminations. Mais attention : les mots, ça ne suffit pas.
Le vrai combat, il est ailleurs. Il est dans les textes de loi. Dans les sanctions pour les lieux publics qui cèdent aux revendications religieuses. Dans la formation des managers pour qu’ils sachent dire « non » sans avoir peur. Parce que pour l’instant, personne n’est vraiment puni. La tour Eiffel a reculé. Elle a dit « désolée ». Mais demain ? Demain, elle fera la même erreur.
Les employées de la tour Eiffel ont gagné une bataille. Mais la guerre, elle, ne fait que commencer. Et elle se gagne sur le terrain : chaque fois qu’un lieu public dit « non » à une demande discriminatoire. Chaque fois qu’une femme refuse de se taire. Chaque fois qu’une institution ose protéger ses salariés au lieu de flatter des clients à millions.
La question maintenant, c’est simple : la tour Eiffel va-t-elle vraiment changer ? Ou est-ce qu’elle va juste attendre que le scandale retombe pour recommencer ?
(Et vous, vous feriez quoi à leur place ?)