Le week-end des 3 et 4 octobre, la mairie de Prouvant a accueilli deux journées de sensibilisation. Octobre rose le samedi, Movember le dimanche. Pas de grand discours, pas de discours officiel. Juste des stands, des flyers, des bénévoles. Et un budget : 2 100 €. Pas de quoi faire exploser les comptes, mais assez pour poser une question : pourquoi dépenser cet argent-là, alors que d’autres urgences traînent en liste d’attente ?
Le collectif à l’origine de l’opération, composé d’élues locales et de citoyennes, a joué les cartes de la simplicité. Pas de location de salle, pas de communication tapageuse. Juste l’utilisation des locaux municipaux, quelques partenariats avec des associations et des commerçants du coin pour des dons en nature. Le comité des loisirs a mis la main à la pâte, comme souvent quand il s’agit de faire du lien social. Sauf que cette fois, l’enjeu était médical. Ou du moins, c’était le message.
2 100 € pour quoi faire ?
Le détail des dépenses n’est pas public. On sait que les flyers ont coûté une centaine d’euros, les goodies (bracelets roses, kits de rasage pour la moustache) une autre centaine. Le reste ? Probably des frais annexes : assurance, petits matériels, peut-être même un peu de communication sur les réseaux sociaux. Rien qui ne claque des doigts. Mais 2 100 €, c’est quand même un montant. Assez pour acheter 10 000 masques chirurgicaux. Assez pour financer une partie des frais d’un dépistage organisé dans la commune. Assez pour rien, si on considère que l’impact réel de ces journées reste limité.
Pourtant, le collectif insiste : « On ne demande pas de l’argent, on propose une action concrète. » Concrète, peut-être. Mais utile ? Là, ça se discute. Octobre rose, c’est bien. Movember aussi. Sauf que quand on vit dans une commune où les transports en commun sont aléatoires et où les centres de santé ferment les uns après les autres, est-ce que deux journées de sensibilisation changent vraiment la donne ?
Les partenariats, ce point aveugle
Derrière ces événements, il y a des partenariats. Des laboratoires pharmaceutiques pour Octobre rose, des marques de rasage pour Movember. Personne ne dit ouvertement qu’il s’agit de communication déguisée. Mais tout le monde sait comment ça marche. Les labos offrent des flyers, les marques des goodies, et la mairie fait la promotion de leurs causes. C’est gagnant-gagnant, en apparence. Sauf que quand on creuse, on se rend compte que ces partenariats ne sont pas toujours transparents.
Prenez l’exemple de Sanofi, qui finance régulièrement des campagnes de dépistage du cancer du sein. En 2022, l’entreprise a injecté 1,2 million d’euros dans des actions de sensibilisation en France (source : rapport d’activité Sanofi). 2 100 €, c’est dérisoire à côté. Mais pour une petite commune comme Prouvant, c’est déjà ça. Sauf que quand on demande à la mairie comment cet argent est réparti, les réponses sont floues. « On a eu des dons en nature, donc pas de contrepartie financière directe. » Traduction : on ne sait pas vraiment qui paie quoi.
Et après ?
Le vrai problème, c’est ce qui se passe après les deux jours de mobilisation. Octobre rose et Movember, c’est joli. Mais est-ce que ça se traduit par des actes ? Est-ce que les femmes de Prouvant se font plus dépister ? Est-ce que les hommes se rasent moins la moustache par solidarité ? Les chiffres manquent. Et quand on demande des données à la mairie, on se heurte à un mur : « On n’a pas de suivi post-événement. »
Pourtant, une étude de l’INCa (Institut National du Cancer) publiée en 2023 montre que seulement 52 % des femmes de plus de 50 ans en France se soumettent à un dépistage organisé du cancer du sein. 52 %. Un chiffre qui n’a pas bougé depuis cinq ans. Alors oui, sensibiliser, c’est bien. Mais si ça ne change rien aux comportements, à quoi bon ?
Le vrai jeu : l’image avant tout
Derrière ces événements, il y a une stratégie. Pas celle du collectif, qui croit dur comme fer à la cause. Celle des élus. Parce qu’organiser Octobre rose et Movember, ça fait du bien à l’image. Ça montre que la mairie fait quelque chose pour la santé. Ça rassure les citoyens. Et ça coûte presque rien, comparé à un nouveau centre de santé ou à des transports décents.
Sauf que quand on creuse, on se rend compte que ces actions sont souvent des leurres. Des opérations coup de poing qui ne servent qu’à masquer l’inaction sur le long terme. À Prouvant, on ne va pas dépenser des millions pour un vrai plan de santé publique. Mais 2 100 € pour deux jours de sensibilisation, ça, c’est gérable. Et ça fait joli sur les réseaux.
La question qui dérange
Alors, ces 2 100 €, ils servent à quoi ? À faire croire que la mairie agit ? À occuper des bénévoles qui, sinon, ne sauraient pas quoi faire de leur temps ? À contenter les labos et les marques qui veulent se donner une image sociale ?
Personne ne le dit ouvertement. Mais le doute reste. Et quand on voit que les vrais problèmes de santé publique, l’accès aux soins, la prévention réelle, ne bougent pas, on se demande si ces journées ne sont pas juste un écran de fumée.
Bref, Octobre rose et Movember à Prouvant, c’est comme un bon café : ça réchauffe, ça fait du bien, mais ça ne nourrit pas. Et ça, c’est le vrai problème.