29 ans de prison virtuelle sans réaction.

Mariama Ba, 29 ans, créatrice de contenus sous le pseudonyme Nourah Ba, vient d’être placée en garde à vue pour incitation à la haine sur les réseaux. Un cas qui révèle l’échec patent des plateformes à réguler leurs propres espaces. Mais surtout, une question : pourquoi ça met autant de temps à dégringoler ?

Publié le 10 octobre 2026 à 20:00
29 ans de prison virtuelle sans réaction.

Un compte qui explose, des modérateurs qui somnolent

Nourah Ba, c’est le genre de profil qui fait rêver les algorithmes : un mélange de provocation calculée et de contenu qui clique. Ses vidéos, ses stories, ses posts, tout était conçu pour diviser. Pas pour informer. Pas pour débattre. Pour envenimer. Et ça marchait. Ses comptes, entre Instagram et TikTok, cumulaient des centaines de milliers de vues par publication. Mais les plateformes, elles, ont mis du temps à réagir. Pourquoi ? Parce que la haine, ça génère de l’engagement. Et l’engagement, c’est du chiffre d’affaires. La DSC a mis la main sur ses archives : des mois de publications ciblant des minorités, des appels à la violence verbale systématique, des théories du complot qui s’enchaînaient comme des perles empoisonnées. Le tout, sans aucune modération proactive.

En 2025, une étude de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) révélait que 68 % des contenus haineux signalés sur les réseaux restaient en ligne plus de 48 heures avant toute action. 68 %. Un taux d’échec qui frôle l’indécence. Et pourtant, les plateformes continuent de se voiler la face. Elles parlent de « complexité technique », de « liberté d’expression », mais au final, elles préfèrent laisser pourrir plutôt que d’assumer leur responsabilité.

La garde à vue, un coup d’épée dans l’eau ?

L’arrestation de Nourah Ba, c’est un signal fort. Enfin. Mais est-ce que ça suffira ? La DSC a mis du temps à agir, et pour cause : les procédures sont longues, les preuves difficiles à rassembler, et les juges, souvent, hésitent à condamner quand les réseaux sociaux jouent les sourds.

Prenez l’exemple de Mohamed Laâbidi, condamné en 2024 pour apologie du terrorisme après des années de posts radicalisés. À l’époque, ses contenus avaient été signalés plus de 12 000 fois avant qu’un juge ne daigne enfin réagir. 12 000 fois. Combien de signalements faut-il pour qu’un compte soit désactivé ? La réponse, c’est : assez pour que les plateformes puissent se dire qu’elles ont « fait leur travail ».

Nourah Ba, elle, a eu la malchance de tomber sur une brigade qui ne lâche pas l’affaire. Mais combien d’autres sont encore en ligne, à pourrir l’espace public, pendant que les autorités tergiversent ?

Le vrai problème : on régule après la catastrophe

Le plus triste, c’est que cette garde à vue arrive après coup. Après des mois, des années parfois, de contenu toxique qui a fait des dégâts irréversibles. La haine en ligne, ça ne se soigne pas avec des arrestations. Ça se soigne avec une régulation avant que les choses ne dérapent.

En 2023, la Commission européenne a adopté le Digital Services Act (DSA), un texte censé encadrer les plateformes. Résultat ? Des rapports trimestriels à cocher, des modérateurs sous-payés, et une illusion de contrôle. Le DSA, c’est du cosmétique. Ça donne l’impression qu’on fait quelque chose, mais en réalité, ça ne change rien.

Et après ? La justice, mais pour qui ?

Nourah Ba va passer en jugement. Elle risque jusqu’à 5 ans de prison pour provocation à la haine. Est-ce que ça la dissuadera ? Probablement pas. Est-ce que ça dissuadera les autres ? Non. Parce que le vrai problème, c’est le système. Un système où les plateformes préfèrent monétiser la division plutôt que de la combattre. Un système où la justice traîne, où les signalements sont ignorés, où les victimes se sentent abandonnées.

Alors, que faire ?

  1. Arrêter de croire que les algorithmes vont nous sauver. Les IA de modération, c’est du pipeau. Elles captent les mots, pas les intentions. Elles bloquent un post, mais pas la haine qui l’a engendré.

  2. Exiger des sanctions réelles pour les plateformes. Pas des amendes symboliques. Pas des rapports bidon. Des fermetures de comptes systématiques dès le premier flagrant délit. Des poursuites pénales contre les dirigeants qui laissent pourrir leurs réseaux.

  3. Éduquer, pas seulement réprimer. La haine en ligne, ça se combat aussi par la pédagogie. En enseignant aux jeunes comment repérer les discours toxiques, comment ne pas les amplifier, comment réagir sans tomber dans le piège.

  4. Arrêter de se voiler la face. Les réseaux sociaux, ce n’est pas un espace de liberté absolue. C’est un bien public. Et comme tout bien public, il doit être protégé.

La vraie question : et les autres ?

Nourah Ba, c’est un nom. Un visage. Une arrestation qui fera la une, avant d’être oubliée. Mais derrière elle, il y a des milliers d’autres comptes, des milliers d’autres influenceurs qui font le même travail. Des comptes qui poussent à la haine, qui divisent, qui profitent de la colère pour s’enrichir.

Alors, la prochaine fois, on attendra quoi ? Une nouvelle étude ? Un nouveau rapport ? Une nouvelle victime pour que ça bouge ?

Non. Il est temps d’agir maintenant.

Pas dans six mois. Pas après une nouvelle crise. Maintenant.

R
R Galaxie Rédaction

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