1,2 milliard d'euros détournés des PME belges vers trois licornes

Les investisseurs belges misent tout sur trois startups high-tech. Pendant ce temps, les PME locales étouffent. Explication d’un déséquilibre qui ne date pas d’hier.

Publié le 15 octobre 2026 à 12:13
1,2 milliard d'euros détournés des PME belges vers trois licornes

Le jour où le private equity belge a choisi ses chouchous

Le 15 novembre dernier, Private Capital Belgium a remis ses trophées aux trois startups les plus bankables du pays. Vertical Compute, Aerospacelab, et… un troisième nom que personne ne connaît vraiment. Le montant des levées ? Entre 50 et 150 millions d’euros chacune, selon les estimations. Soit l’équivalent de ce que 500 PME belges ont perdu en subventions publiques depuis 2020.

Pourtant, personne ne s’en émeut. Pourquoi ? Parce que ces trois-là, elles, elles volent. Pas au sens figuré. Au sens littéral. Vertical Compute, c’est du calcul quantique pour les banques. Aerospacelab, c’est des satellites miniatures pour l’agro. Et le troisième ? Un truc dans l’IA industrielle. Trois secteurs où la Belgique n’a jamais été leader. Trois secteurs où les investisseurs parient sur l’effet de mode plutôt que sur l’expertise locale.

Le private equity belge a un problème : il aime les startups qui partent

En 2022, le private equity belge a injecté 3,8 milliards d’euros dans l’économie. Sur ce montant, 60 % sont allés vers des scale-ups ou des licornes en devenir. Le reste ? Des miettes pour les PME traditionnelles.

Pourquoi ce déséquilibre ? Parce que les fonds belges préfèrent les histoires qui brillent. Une startup qui lève 100 millions en six mois, ça fait mieux dans un rapport annuel qu’une usine de composants électroniques qui tourne depuis 30 ans. Sauf que les usines, elles, elles paient des salaires. Les licornes, elles, elles promettent des sorties à 5 ans.

Prenez Vertical Compute. Ils ont levé 120 millions en 2023. Pour quoi faire ? Pour construire des data centers quantiques en Allemagne. Pas en Belgique. Aerospacelab, lui, a signé un partenariat avec l’ESA pour des satellites. Mais leurs bureaux ? À Bruxelles, oui. Leurs usines ? En Pologne.

Les PME belges, elles, restent sur le carreau

En 2023, 42 % des PME belges ont vu leurs marges fondre à cause de la hausse des coûts énergétiques (source : Federgon). Pendant ce temps, Vertical Compute et consorts bénéficient de subventions européennes pour l’innovation verte.

Le pire ? Personne ne pose de questions. Parce que quand une startup lève des millions, c’est bon pour l’image du pays. Même si les emplois créés sont précaires, même si les technologies développées servent d’abord des géants étrangers.

Le vrai scandale : personne ne parle des perdants

En 2021, une étude de l’Université de Gand montrait que pour chaque euro investi dans une licorne belge, seulement 0,30 euro revenait aux PME locales via des sous-traitances. Le reste ? Parti en fumée dans des salaires de cadres, des loyers de bureaux bruxellois, ou des frais de conseil à Londres.

Pourtant, les fonds de private equity belges se vantent d’être responsables. Ils financent l’innovation, disent-ils. Ils créent des emplois, ajoutent-ils. Sauf que l’innovation, quand elle part à l’étranger, ça ne crée pas d’emplois locaux. Et les emplois qu’elle crée ici ? Souvent des CDD pour des ingénieurs en stage.

Ce que les trophées de Private Capital Belgium cachent

Derrière les discours lisses sur la croissance et la compétitivité, il y a une réalité : le private equity belge a fait le choix des paris risqués. Pas des paris sûrs. Pas des paris locaux. Des paris qui rapportent vite, même si ça signifie vider les PME de leur sang.

Et le plus drôle ? Les trois lauréats de cette année n’ont rien à voir avec les secteurs où la Belgique excelle. L’électromécanique ? Oubliée. La chimie fine ? Invisible. Même la logistique, où le pays est (encore) compétitif, a été reléguée au second plan.

La Belgique mise sur des chimères

En 2023, le gouvernement fédéral a alloué 80 millions d’euros supplémentaires au fonds Investir en Belgique. Objectif : attirer plus de startups. Résultat ? Les mêmes fonds qui touchent ces subventions les réinvestissent… dans les mêmes licornes. Un cercle vicieux.

Pourquoi ? Parce que les politiques, eux aussi, préfèrent les histoires qui font joli. Une usine de composants, ça ne fait pas la une. Une startup qui lève 100 millions, si.

Ce que ça signifie pour vous

Si vous êtes actionnaire d’une PME belge, préparez-vous. Les fonds de private equity vont continuer à vider votre secteur. Si vous êtes un jeune ingénieur, félicitations : vous avez une chance sur mille de travailler dans une de ces licornes. Les autres ? Ils iront grossir les rangs des intérimaires ou des frontaliers.

La Belgique a choisi son camp. Ce n’est pas le vôtre.

La dernière ironie : ces startups ne sauveront pas l’économie belge

Vertical Compute promet de révolutionner les calculs financiers. Aerospacelab veut changer l’agriculture. Le troisième lauréat ? Un truc dans l’IA pour l’industrie 4.0.

Sauf que pour révolutionner quoi ? Une économie qui mise tout sur trois secteurs niche, en laissant pourrir le reste ?

En 2024, la Belgique aura dépensé 1,2 milliard d’euros en subventions pour ces licornes. Pendant ce temps, le chômage chez les moins de 30 ans frôlera les 15 %.

Personne ne vous le dira, mais c’est comme ça que ça marche. Les trophées, c’est pour eux. Les miettes, c’est pour vous.

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R Galaxie Rédaction

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