Pourquoi personne n’en parle ?
Parce que c’est sale. Parce que ça pue la mauvaise foi. Parce que la prime d’activité, c’est le dernier filet pour ceux qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour vivre. Et quand on touche à ça, on touche à la dignité. Pas seulement à l’argent. À l’idée qu’un boulot, ça doit permettre de manger, de se chauffer, de ne pas dormir sur un canapé parce que le loyer a encore augmenté.
Le gouvernement a déjà serré la vis sur les APL, sur les aides au logement, sur les minima sociaux. Chaque fois, les mêmes arguments : « Il faut faire des économies. » « Le budget ne permet pas. » « Il faut choisir. » Sauf que cette fois, ils osent. Ou alors, ils ont juste oublié de dire que c’était leur choix.
Et puis il y a ce détail qui cloche : la prime d’activité, c’est indexé sur l’inflation. Techniquement, si on la gèle, c’est une baisse en temps réel. Pas une réforme, pas une optimisation, mais une soustraction pure. Comme si on décidait soudain que 100 euros par mois, c’était trop. Sans expliquer pourquoi. Sans dire « On va vous prendre X pour donner Y ailleurs ». Juste « On regarde. » Et hop, le doute s’installe.
Qui va trinquer ?
Les chiffres, c’est simple. Selon la Dares, en 2023, le montant moyen de la prime d’activité était de 450 euros par mois. Pour 4,5 millions de foyers. Soit près de 2 milliards d’euros par mois injectés dans l’économie locale, directement dans les poches de ceux qui dépensent tout. Un gel, même partiel, ce serait moins d’argent dans les supermarchés, moins de loyers payés, moins de factures d’électricité réglées.
Sauf que ces gens-là , ils votent rarement. Ils ne manifestent pas. Ils ont autre chose à faire que de descendre dans la rue. Alors le gouvernement peut bien laisser traîner l’idée, au cas où personne ne réagirait. Sauf que si.
Prenez Sophie, 32 ans, caissière à Rungis. Elle touche 520 euros de prime d’activité. « Avec ça, je paie mon studio et ma mutuelle. Si on me prend 100 balles, c’est soit je saute un repas, soit je saute le loyer. Et là , c’est la rue. » Pas de discours, pas de pathos. Juste un constat. Brut.
Le vrai problème, c’est la dette ?
Bien sûr que non. Le vrai problème, c’est que la prime d’activité, c’est la seule aide qui ne donne pas mal à la tête. Pas de contrôle de ressources à la louche, pas de délais interminables, pas de paperasse à n’en plus finir. Juste un versement automatique pour ceux qui en ont besoin. Et ça, ça fait peur.
Parce que si on peut toucher cette aide sans trop de chichis, alors pourquoi pas les autres ? Pourquoi pas un RSA plus généreux ? Pourquoi pas des APL qui montent ? La prime d’activité, c’est l’exception qui confirme la règle : quand on veut vraiment aider, on trouve un moyen. Quand on veut juste faire des économies, on serre là où ça fait mal.
Et puis il y a l’effet domino. Si on gèle la prime d’activité, c’est quoi, la prochaine ? Le RSA ? Les aides au logement ? La CMU ? Chaque fois qu’on touche à une aide, c’est un signal envoyé aux plus précaires : « Vous êtes une variable d’ajustement. » Pas un citoyen. Pas un électeur. Une variable.
Le gouvernement joue avec le feu
Ils croient peut-être que personne ne remarquera. Que les médias passeront l’info en page 12. Que les syndicats seront trop occupés à négocier des miettes. Qu’enfin, les travailleurs pauvres, ils ont l’habitude de se taire.
Sauf que non. Parce que cette fois, c’est trop gros. Parce que 4,5 millions de personnes, ça fait du monde. Parce que quand on vous prend quelque chose sans rien donner en échange, vous finissez par vous en rendre compte.
Et puis il y a ce détail qui saute aux yeux : si le gouvernement veut vraiment réduire les dépenses, pourquoi ne pas commencer par les niches fiscales pour les riches ? Pourquoi ne pas toucher aux 20 milliards d’euros de crédits d’impôt inutiles ? Pourquoi ne pas supprimer les exonérations de cotisations pour les patrons qui externalisent ?
Non. Là , c’est plus simple. On prend sur le dos des plus faibles. Comme toujours.
La vraie question, c’est : jusqu’où ira-t-on ?
Parce que si on gèle la prime d’activité, demain on la réduira. Et après-demain, on la supprimera. Pas en une fois, non. Par petits pas. Comme pour le RSA. Comme pour les APL. Comme pour tout ce qui fait vivre ceux qui n’ont rien.
Le pire, c’est que personne ne s’en rend encore compte. Parce que le gouvernement a l’habitude de faire ça dans le silence. Parce que les médias préfèrent parler des riches qui dépensent trop plutôt que des pauvres qui n’ont pas assez. Parce que les syndicats sont trop occupés à compter leurs membres pour descendre dans la rue.
Mais cette fois, ce n’est pas qu’une rumeur. C’est une annonce. Et si elle se concrétise, ce ne sera pas une réforme. Ce sera une trahison.
Alors oui, la prime d’activité pourrait être gelée. Et après ? Après, ce sera le tour des autres. Et après, il ne restera plus grand-chose pour ceux qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour vivre.
Et ça, ce n’est pas une économie. C’est une arnaque.