Pourquoi le Portugal achète des Rafale, alors que tout le monde lui dit non ?
Le Portugal a un problème. Pas celui qu’on imagine. Pas « il faut moderniser la flotte », cette litanie qu’on sort à chaque fois qu’un pays veut acheter du matériel militaire. Non. Le vrai problème, c’est la mer. Pas la Méditerranée, pas la Manche. L’Atlantique. Ce grand vide bleu où, depuis 200 ans, les navires portugais patrouillent seuls. Sans soutien. Sans alliés. Juste avec des avions vieillissants et des radars qui grésillent.
En 2023, l’OTAN a publié un rapport. Un de ces documents techniques que personne ne lit, mais qui dit tout : « La surveillance maritime en Atlantique est un point faible structurel de l’Alliance. » Traduction : si un jour un sous-marin chinois ou russe passe par le golfe de Guinée, personne ne le verra. Sauf le Portugal. Et encore, seulement s’il a les moyens de le traquer. Or, ses P-3 Orion, ces vieux avions de patrouille maritime, ont 40 ans. Leurs moteurs toussent. Leurs systèmes de détection sont dépassés. Bref, ils sont bons à mettre à la casse.
Alors, le Portugal a une option : attendre que l’Europe se réveille, ou agir seul. Il a choisi la deuxième. Et la France, toujours prompt à vendre ce qu’elle ne peut pas garder, lui propose des Rafale. Pas des F-35, pas des Typhoon. Des Rafale. Pourquoi ce choix ? Parce que Dassault Aviation a fait son calcul : le Portugal, c’est 5 à 8 milliards d’euros. Pas assez pour l’Arabie saoudite, pas assez pour l’Inde. Mais assez pour un petit pays qui veut montrer qu’il existe. Et assez pour la France, qui, en parallèle, négocie avec l’Allemagne sur un futur drone de combat européen. Un marché bien plus gros. Mais qui prendra 10 ans.
Le Portugal, lui, il a besoin d’avions maintenant.
L’Europe regarde ailleurs, le Portugal se débrouille
Il y a un détail qui saute aux yeux. Dans tout ce débat sur les Rafale, personne ne parle de l’Espagne. Pourtant, Madrid est à 600 km de Lisbonne. Pourtant, les deux pays partagent la même menace : des sous-marins hostiles en approche, des trafics illégaux qui montent en flèche, et une pêche industrielle qui grignote les dernières zones économiques exclusives. Pourtant, l’Espagne, elle, a ses F-18 et ses Eurofighter. Elle a aussi un accord avec les États-Unis pour des patrouilles conjointes. Le Portugal, lui, n’a rien. Juste des promesses.
En 2022, l’Union européenne a lancé le European Defence Fund, un budget de 8 milliards d’euros pour moderniser les armées du continent. Objectif ? « Renforcer l’autonomie stratégique », comme disent les communiqués. Résultat ? Les projets traînent. Les livraisons aussi. Pendant ce temps, la Chine construit des ports en Afrique de l’Ouest. La Russie teste des sous-marins nucléaires en Méditerranée. Et le Portugal, lui, doit choisir entre acheter des avions français ou continuer à faire semblant d’attendre.
Le général Cartaxo l’a résumé en une phrase, sans détour : « On ne peut pas dépendre éternellement des autres. » Sous-entendu : si l’Europe ne bouge pas, on se débrouille. Même si ça coûte cher. Même si ça fâche.
Parce que oui, ça fâche. La France vend des Rafale au Portugal. Au même moment, elle négocie avec l’Allemagne pour un drone européen. Un drone qui, s’il aboutit, rendra les Rafale obsolètes. Sauf que ce drone, personne ne sait s’il verra le jour. Dans cinq ans ? Dix ans ? Jamais ?
Le Portugal, lui, il a besoin d’avions demain.
Le vrai prix des Rafale : ce que Lisbonne ne dit pas
5 à 8 milliards d’euros. C’est le coût estimé des Rafale pour le Portugal. Un budget qui représente 10 % du PIB du pays. De quoi faire rêver. Ou pleurer. Parce que derrière ce chiffre, il y a des choix. Des hôpitaux qui ferment. Des routes qui se dégradent. Des écoles qui manquent de profs. Et puis, il y a la maintenance. Les pièces détachées. La formation des pilotes. Tout ça, ça coûte cher. Très cher.
En 2019, la Grèce a acheté 24 Rafale. Résultat ? En 2023, elle a dû renégocier parce que les coûts de maintenance avaient explosé. « On nous avait vendu un rêve, pas la réalité », a grogné un officier anonyme. Le Portugal, lui, il a lu le rapport. Il sait. Mais il n’a pas le choix.
Il y a un autre détail qui cloche. Les Rafale, c’est bien. Mais pour quoi faire ? Le Portugal n’a pas de porte-avions. Pas de bases aériennes capables d’accueillir des chasseurs en nombre. Juste une petite île, les Açores, où les États-Unis ont une base radar. Une base qui, un jour, pourrait fermer. Parce que Washington a d’autres priorités. D’autres menaces.
Alors, à quoi bon des Rafale ? À montrer qu’on existe. À dire « on est un pays sérieux ». À faire croire qu’on peut se passer de l’OTAN. Même si, en réalité, sans elle, le Portugal serait seul face à des sous-marins qu’il ne verrait même pas venir.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer cette vérité.
Ce que cette vente révèle sur l’Europe
La France vend des Rafale. L’Allemagne parle de drones. Le Portugal achète. L’Espagne regarde. L’OTAN fait semblant de s’en soucier. Et l’Europe ? Elle dort.
Ce deal, s’il se concrétise, ce n’est pas une victoire pour la défense européenne. C’est un échec. Un échec de taille. Parce que ça signifie une chose : quand un pays membre a besoin de se protéger, il doit aller chercher ses avions à l’étranger. Comme la Grèce. Comme la Pologne. Comme le Portugal.
En 2014, l’UE a lancé sa Stratégie de sécurité et de défense. Objectif : « une Europe capable de se défendre seule ». Dix ans plus tard, on en est où ? À des promesses. À des budgets qui traînent. À des projets qui ne décollent jamais. Pendant ce temps, la Chine construit des ports en Afrique. La Russie teste des missiles en mer Noire. Et la France vend des avions à qui veut bien payer.
Le général Cartaxo a une phrase qui résume tout : « L’OTAN, c’est bien. Mais on ne peut pas compter que sur eux. » Traduction : l’Europe a échoué. Et le Portugal, lui, il paie le prix.
**La vraie question, ce n’est pas « Pourquoi le Portugal achète des Rafale ? ». C’est « Pourquoi personne ne fait rien pour l’éviter ? ».
Et après ? Personne ne sait.
Dans trois ans, le Portugal aura ses Rafale. Ils seront beaux. Ils seront chers. Ils seront… inutiles. Parce que la vraie menace, ce n’est pas un avion. C’est un système. Un système qui ne marche pas. Un système où chaque pays agit seul. Où l’Europe parle, mais ne fait rien. Où les menaces grandissent, et où les réponses, elles, rétrécissent.
Le Portugal a choisi son camp. Il a choisi la France. Il a choisi de payer. Maintenant, il faut voir si quelqu’un, quelque part, va enfin comprendre que ce n’est pas une solution. Que c’est juste une fuite en avant.
Parce qu’un jour, peut-être, les Rafale ne suffiront plus. Et ce jour-là, le Portugal sera seul. Comme toujours.
L’Europe a jusqu’à 2030 pour se réveiller. Après, il sera trop tard.