Polytechnique Montréal suspend ses activités d’intégration

Un jeune hospitalisé, une cellule de crise, des images virales. Les activités d’intégration de Polytechnique Montréal ont basculé dans l’absurde. Pourquoi l’école mise encore sur des rituels dangereux ? Et qui paiera les conséquences ?

Publié le 23 septembre 2026 à 06:02
Polytechnique Montréal suspend ses activités d’intégration

Un étudiant à l’hôpital. Une vidéo qui tourne en boucle sur les réseaux. Des parents en colère. Polytechnique Montréal a suspendu ses activités d’intégration après qu’un jeune ait été blessé fin août. Pas une égratignure, pas une chute banale. Assez grave pour qu’il doive passer la nuit aux urgences. Assez grave pour que l’école monte une cellule de crise. Assez grave pour que les questions fusent : comment en est-on arrivés là ? Et surtout, pourquoi ça recommence chaque année, malgré tout ?

L’école justifie ses rituels par la tradition. Mais la tradition, parfois, ça tue. Littéralement. À Polytechnique, depuis des années, les nouveaux étudiants subissent des « défis » pour « les endurcir ». Course à pied sous la pluie, parcours du combattant avec des obstacles, jeux d’équipe sous pression. Le tout sous l’œil amusé des aînés, qui trouvent ça « drôle » ou « formateur ». Sauf que cette année, un détail a fait basculer l’exercice dans l’irresponsable : un jeu où les participants devaient se traîner dans la boue, puis se faire asperger d’eau glacée. Résultat ? Un étudiant a glissé, s’est cogné la tête, et a fini avec une commotion cérébrale. Assez pour une nuit à l’hôpital.

Les réseaux sociaux ont révélé l’ampleur du problème. Les vidéos des « activités d’intégration » circulent depuis des années. Mais cette fois, c’est trop. Les images montrent des groupes d’étudiants hurlants, couverts de boue, certains à moitié inconscients. Certains parents ont réagi en direct : « On nous dit que c’est pour les ‘souder’, mais à quel prix ? » Polytechnique a fini par reconnaître l’incident, mais sans vraiment expliquer pourquoi ces rituels persistent. « C’est une tradition qui fait partie de notre culture », a répondu un porte-parole. Une culture qui, visiblement, ne tient pas compte des risques.

Pourtant, les signes étaient là depuis longtemps. En 2020, une étudiante avait été blessée lors d’un parcours du combattant. En 2018, un autre jeune avait fait une chute spectaculaire lors d’un jeu d’équipe. Chaque fois, l’école avait minimisé l’incident. « Accident isolé », « Rien de grave ». Jusqu’à ce que ça devienne trop visible. Cette fois, les images ont fuité. Les parents ont réagi. Les médias ont couvert l’histoire. Impossible de faire l’autruche.

Alors, pourquoi ça continue ? Parce que Polytechnique mise sur une réputation de « dureté ». « Il faut être résistant pour entrer ici », disent les anciens. Sauf que la résistance, ça ne se mesure pas à coups de défis dangereux. Ça se construit avec du sérieux, de la préparation, et surtout, de la sécurité. Or, là, on est loin du compte. Les activités d’intégration ressemblent davantage à des jeux de guerre amateurs qu’à une véritable intégration.

Les étudiants ne sont pas des soldats. Ils sont des jeunes, parfois fragiles, souvent mal préparés physiquement. Et pourtant, on leur demande de tenir le coup dans des conditions extrêmes. Comme si l’école voulait prouver qu’elle est plus forte que ses étudiants. Sauf que la vraie force, ça ne se montre pas en les humiliant ou en les blessant. Ça se montre en les accompagnant, en les formant, et en les respectant.

La cellule de crise, c’est trop tard. Polytechnique a mis en place un groupe pour « analyser les incidents ». Très bien. Mais ça ne suffira pas. Il faut aller plus loin : interdire les jeux dangereux, former les encadrants, et surtout, écouter les étudiants. Parce que si on ne change rien, le prochain incident pourrait être bien plus grave.

Le vrai problème, c’est l’absence de contrôle. Qui supervise ces activités ? Qui vérifie que les participants sont en bonne santé ? Qui s’assure que les jeux ne dérapent pas ? Personne, visiblement. À Polytechnique, on semble croire que la tradition prime sur la sécurité. Mais une tradition qui blesse, ce n’est plus une tradition. C’est de la négligence.

Et maintenant ? L’école a suspendu les activités pour l’instant. Mais si rien ne change, ça recommencera l’année prochaine. Avec un autre étudiant à l’hôpital, peut-être. Parce que tant que Polytechnique ne prendra pas ses responsabilités, les risques resteront. Et les jeunes paieront le prix.

La vraie intégration, ça ne se fait pas dans la boue. Ça se fait autour d’une table, avec des discussions, des projets communs, et surtout, sans prendre des risques inutiles. Polytechnique a une réputation à défendre. Mais pas au prix de la santé de ses étudiants. Si l’école veut vraiment les préparer à l’avenir, elle devrait commencer par les respecter, aujourd’hui.

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R Galaxie Rédaction

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