Les crèches de Noël, ça ne fait pas vendre du soleil catalan
En plein mois de décembre, alors que les premiers touristes commencent à pointer le nez vers Perpignan, la mairie RN a annoncé son coup : des statues de la Nativité seraient exposées en plein cœur de la ville pour les fêtes. Rien de nouveau sous le sapin, me direz-vous. Sauf que cette fois, l’opposition municipale hurle à l’idéologie et à la violation de la laïcité. Pourtant, ce n’est pas la première fois que la ville joue avec le feu. En 2019 déjà, des crèches avaient été installées place de la Loge, avant que le tribunal administratif ne les retire sous la pression des associations laïques. Cette fois, le RN mise sur un argument choc : « une tradition catalane ». Sauf que la Catalogne, même sous Franco, n’a jamais été un bastion de l’intégrisme religieux. Alors pourquoi ce coup tordu aujourd’hui ?
Parce que les crèches, ça ne fait pas venir les touristes.
Le vrai enjeu, c’est le tourisme. Et là, les chiffres sont sans appel. Perpignan mise gros sur les visiteurs en hiver, avec une fréquentation hôtelière qui peut bondir de 30 % en décembre, selon les données de l’Office du Tourisme. Or, les crèches ne font pas partie des arguments phares pour attirer les vacanciers. Les gens viennent pour le soleil, le climat doux, les paysages, pas pour une bataille culturelle. Pourtant, la mairie joue les provocations : « Une ville qui assume ses racines chrétiennes, c’est une ville qui assume son identité », a lâché un élu RN. Traduction : on fait diversion. Parce que sur le reste, le bilan est maigre. La rénovation du centre-ville traîne, les transports en commun laissent à désirer, et l’attractivité économique reste un casse-tête.
Et puis, il y a ce détail qui cloche : les crèches, c’est un argument qui ne marche même pas avec les locaux.
À Perpignan, 40 % de la population est catholique, mais seulement 12 % y vont régulièrement à la messe, selon une enquête de l’INSEE de 2021. Le reste ? Des croyants de papier, des traditionnels de Noël, ou des indifférents. Installer des statues, c’est donc prendre le risque de braquer une partie de la population sans gagner grand-chose en retour. Sauf, peut-être, quelques votes en plus aux prochaines élections.
La laïcité, ce bouclier commode
L’opposition municipale, elle, sort les gros mots : « acte idéologique », « violation de la laïcité », « instrumentalisation de la religion ». Elle a raison sur un point : cette manœuvre sent le coup politique à plein nez. Mais attention, ne tombons pas dans le piège du « deux poids, deux mesures ». La gauche aussi a ses crèches, ses Messes de minuit et ses processions. La différence ? Le RN assume son jeu. Et ça, c’est dangereux.
Parce que voici la vraie question : si la mairie avait installé des statues païennes ou bouddhistes, l’opposition aurait-elle crié au scandale ? Probablement pas. Alors pourquoi la Nativité ? Parce que c’est un symbole qui divise, qui fait réagir, qui permet de mobiliser une base électorale. La laïcité, dans cette histoire, devient un accessoire de campagne. Et ça, c’est le vrai problème.
Le vrai jeu : faire oublier les échecs
Derrière les crèches et les débats sur la laïcité, il y a une réalité bien moins glamour : Perpignan peine à se vendre.
La ville mise sur son image de « porte d’entrée de la Catalogne », mais les résultats sont mitigés. Le taux de chômage reste à 15 %, bien au-dessus de la moyenne nationale. Les investisseurs hésitent, les jeunes partent. Et dans ce contexte, une polémique sur les crèches, ça permet de parler d’autre chose. Ça permet de dire : « Regardez, on est une ville qui se bat pour ses valeurs ! » Alors que les vraies valeurs, celles qui feraient venir les touristes et les entreprises, sont bien moins sexy.
Et puis, il y a cette petite ironie : les crèches, c’est un argument qui ne marche même pas avec les touristes étrangers.
Un hôtelier du centre-ville, qui préfère garder l’anonymat, résume : « Les Allemands et les Belges viennent pour le soleil, pas pour nos débats locaux. Et les Espagnols ? Ils ont leurs propres crèches, merci bien. » Bref, une dépense inutile, un risque juridique, et zéro retour sur investissement.
La laïcité en otage
Le plus triste dans cette histoire, c’est que la laïcité soit devenue un enjeu de pouvoir. À gauche comme à droite, on instrumentalise les symboles pour marquer des points. Résultat : les vrais débats, sur l’éducation, sur les services publics, sur l’attractivité économique, sont relégués au second plan.
Alors oui, les crèches de Noël, ça peut faire joli sur une carte postale. Mais à Perpignan, ça ne fera pas venir les touristes. Ça ne résoudra pas les problèmes sociaux. Et ça ne rendra pas la ville plus attractive. Ça ne fera qu’ajouter une couche de bruit à un débat qui, au fond, n’a rien à voir avec Noël.
Parce que la vraie question, celle qu’on n’ose pas poser, c’est celle-ci : si la mairie installait des statues de la Nativité, mais qu’elle les accompagnait d’un plan concret pour dynamiser l’économie locale, est-ce que quelqu’un s’en plaindrait ? Probablement pas. Mais ça, ce serait trop simple. Trop logique. Et puis, ça ne ferait pas de bons titres de presse.
Alors on reste sur les crèches. Sur la laïcité. Sur les symboles. Parce que les vraies solutions, elles, ça ne fait pas de bruit.