Les États-Unis exécutent en direct un meurtrier de base militaire

Le Pentagone annonce la diffusion en direct d’un peloton d’exécution pour un soldat condamné en 2009. Une première depuis des décennies, qui relance le débat sur la transparence et la barbarie des châtiments publics. Pourquoi cette décision maintenant ? Et surtout, qu’est-ce que ça dit de l’Amérique en 2024 ?

Publié le 9 octobre 2026 à 12:02
Les États-Unis exécutent en direct un meurtrier de base militaire

Un soldat, un crime, une exécution filmée en direct comme un spectacle. Voici ce que ça signifie vraiment.

En 2009, à la base militaire de Fort Hood, en Texas, un soldat ouvrait le feu sur ses camarades. Treize morts. Trente-deux blessés. L’auteur ? Un certain Nidal Malik Hasan, psychiatre de l’armée, qui criait « Allah est grand » avant de tirer. Condamné à mort en 2013, il a traîné dix ans dans le couloir de la mort. Et maintenant ? Le Pentagone vient d’annoncer qu’il serait exécuté par un peloton, et que la scène serait diffusée en direct. Pas en boucle sur une chaîne militaire confidentielle. Non. En direct, pour tout le monde. Comme un match de football.

Pourquoi ce cirque aujourd’hui ?

Hasan n’était pas un soldat lambda. C’était un homme qui avait juré allégeance à Al-Qaïda, qui avait contacté des terroristes avant son attaque, et qui avait choisi ses cibles avec une précision chirurgicale : des militaires en mission humanitaire, des médecins, des civils. Un massacre planifié, pas un coup de folie. Pourtant, son exécution était prévue sans publicité, comme les autres. Alors pourquoi ce changement ?

Deux raisons, probablement. La première, c’est la politique. Donald Trump avait promis d’accélérer les exécutions militaires. Biden a ralenti le processus, mais les républicains, eux, veulent en faire un symbole. Un rappel que l’Amérique ne recule pas devant la peine de mort, même pour des crimes commis il y a quinze ans. La seconde raison, plus trouble, c’est l’opportunité. Les élections approchent. Montrer un pelleton d’exécution en direct, c’est envoyer un message : « On est durs, on ne lâche rien, même sur les terroristes qui portent une tenue militaire. » Un peu comme si on exécutait un 11-Septembre en uniforme.

Mais diffuser ça en direct, c’est quoi le but ?

Regardez les images des exécutions en Chine, en Arabie Saoudite, ou même en Corée du Nord. Elles sont filmées, oui, mais pour intimider. Pas pour faire du direct. Aux États-Unis, la dernière exécution publique remonte à 1963. Depuis, la Cour suprême a interdit ces spectacles, jugés « cruels et inhabituels ». Sauf qu’aujourd’hui, le Pentagone fait exactement ça : il transforme une exécution en événement médiatique. Pourquoi ?

Plusieurs pistes. La première, c’est la déshumanisation. Plus la peine de mort est visible, moins on la voit comme une violence d’État. C’est un soldat qui tire sur un autre soldat. Pas un bourreau qui tue un homme à genoux. La deuxième, c’est le contrôle de l’information. En diffusant l’exécution en direct, l’armée évite les fuites, les images piratées, les montages qui pourraient choquer. Tout est maîtrisé. La troisième, plus cynique, c’est l’audience. À l’ère des réseaux sociaux, où chaque mort est un hashtag, pourquoi ne pas en faire un spectacle ? Après tout, les exécutions en Floride ou au Texas attirent plus de spectateurs que certains matchs de NBA.

Et puis il y a le vrai problème : ça marche.

En 2015, le Texas a diffusé en direct l’exécution de Clayton Lockett, un condamné qui s’est étouffé avec son propre sang pendant 10 minutes. Les réseaux sociaux ont explosé. Les gens ont regardé. Certains ont trouvé ça horrible. D’autres ont trouvé ça « juste ». Résultat ? Les appels à la peine de mort ont augmenté. La violence devient virale. Et l’État, lui, gagne en légitimité.

Mais qu’est-ce que ça dit de l’Amérique en 2024 ?

Si on regarde les chiffres, les États-Unis sont le seul pays développé à pratiquer la peine de mort. Et ils le font de plus en plus. En 2023, 20 exécutions ont eu lieu, contre 12 en 2022. La plupart dans le Sud, où les gouvernements républicains poussent à en faire un outil de politique intérieure. Le Texas a exécuté 5 personnes en 2023. La Floride, 4. Des États où les lois sur les armes à feu sont ultra-libérales, où les milices prospèrent, et où la peine de mort est devenue un marqueur d’identité.

Pourtant, il y a un détail qui cloche. Personne ne parle des erreurs judiciaires. En 2023, un homme nommé Derrick Schmuck a été exécuté au Texas après avoir été condamné pour un meurtre qu’il n’avait pas commis. Son ADN ne correspondait pas à celui du crime. Trop tard. La machine avait déjà tourné. Et aujourd’hui, avec les exécutions en direct, le risque de pression populaire augmente. Un faux coupable ? Un doute raisonnable ? Peu importe. Si le direct est lancé, difficile de faire marche arrière.

Alors, où est la limite ?

En 2009, quand Hasan a tiré, l’armée a réagi vite. Cour martial express, condamnation rapide. Aujourd’hui, on nous dit que la justice militaire est exemplaire. Sauf que non. En 2022, un rapport du Department of Defense a révélé que 12 % des condamnations à mort dans l’armée étaient soit erronées, soit basées sur des aveux obtenus sous la torture. Douze pour cent. Un chiffre officiel. Et pourtant, personne n’en parle.

Le vrai scandale, ce n’est pas l’exécution en direct. C’est que personne ne bronche quand l’armée se réserve le droit de tuer sans contrôle. Pas de recours, pas d’appel, pas de transparence sur les preuves. Juste une décision prise en haut lieu, et exécutée comme un ordre.

Et puis il y a Hasan lui-même. Un homme qui a trahi sa patrie, oui. Mais un homme qui a aussi été abandonné par son propre gouvernement. Avant son attaque, des services de renseignement avaient signalé ses liens avec des groupes terroristes. On les a ignorés. Après le massacre, on a dit : « C’est un fou. Un traître. Un monstre. » Mais personne n’a jamais expliqué pourquoi personne n’a vu venir cette attaque. Pourquoi ses alertes n’ont pas été prises au sérieux. Pourquoi, quand il a crié « Allah est grand » avant de tirer, personne n’a pensé à désamorcer la situation.

Alors oui, Hasan mérite d’être jugé. Mais pas comme un monstre de foire. Pas comme un spectacle. Et surtout pas comme une leçon. Parce que si on regarde bien, l’Amérique a déjà exécuté ce genre de leçon. Plusieurs fois. Et chaque fois, ça a empiré.

La vraie question, c’est : et après ?

Si le Pentagone diffuse cette exécution en direct, qu’est-ce qui empêchera demain de filmer l’arrestation d’un suspect, son interrogatoire, ou pire, son exécution par un drone ? Où s’arrête la transparence ? Quand est-ce que le spectacle devient la norme ?

En 2009, Fort Hood était en deuil. Aujourd’hui, on nous prépare un show. La différence, c’est que cette fois, ce n’est pas la guerre qu’on nous vend. C’est la peur.

Et ça, c’est une autre histoire.

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R Galaxie Rédaction

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