Le TEC de Libramont abandonne la ligne à Neuvillers

Un bus TEC a percuté un poteau électrique jeudi après-midi à Neuvillers, plongeant des dizaines de foyers dans le noir. Pourquoi ce trajet, pourtant banal, a-t-il tourné au drame ? Les réponses, et ce qu’elles révèlent sur les failles du réseau.

Publié le 9 octobre 2026 à 10:10
Le TEC de Libramont abandonne la ligne à Neuvillers

Un bus qui ne voit plus la route, et des habitants qui non plus

À 13h47, ce jeudi 8 octobre 2026, le bus TEC reliant Libramont à Florenville a fait ce qu’il ne devait pas faire : il a quitté la chaussée. Pas une simple dérive, non. Le véhicule a embouti un poteau électrique en plein centre de Neuvillers, sectionnant net les câbles à haute tension. Résultat : 127 foyers privés de courant pendant près de trois heures, dont une école primaire où les enfants ont dû écouter leur cours en lumière de bougie. Le pire ? Personne ne sait encore pourquoi ce bus a dérapé. Pas de défaillance mécanique signalée. Pas d’alcool au volant. Juste un témoignage flou : celui d’un riverain qui jure avoir vu le conducteur freiner trop tard, comme s’il avait été distrait par quelque chose, ou quelqu’un, à l’intérieur du véhicule.

Le poteau qui a tout cassé (et ce qu’on ne vous dit pas)

Le poteau en question, un modèle standard de 12 mètres de haut, n’était pas un vieux rustine. Il datait de 2022, et selon les rapports internes d’Elia (le gestionnaire du réseau électrique belge), il était inspecté tous les six mois. Pourtant, l’impact a provoqué une rupture nette des câbles, avec des étincelles visibles à 500 mètres à la ronde. Un passant a filmé la scène : on y voit le bus rebondir légèrement après le choc, comme s’il avait perdu l’adhérence. Or, aucun rapport de la police ou du TEC ne mentionne des conditions météo dangereuses ce jour-là. Pas de pluie, pas de verglas. Juste un soleil de fin d’automne qui tapait droit sur le pare-brise.

Elia a réagi vite : les techniciens ont rétablit le courant en 2h45, un délai qu’ils qualifient de « satisfaisant ». Sauf que les habitants de Neuvillers, eux, ne sont pas satisfaits. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas la première fois que le TEC laisse des villages sans électricité. En 2024, un bus avait dégagé un transformateur à Étalle, coupant le courant pendant sept heures. À chaque fois, la réponse est la même : « incident isolé ». Pourtant, les données du SPW Mobilité (le département wallon des transports) montrent que les accidents impliquant des bus TEC ont augmenté de 23 % depuis 2022. Pas de mort, pas de blessé grave, mais une hausse régulière des incidents, souvent liés à des pertes de contrôle inexpliquées.

Le conducteur qui n’a rien dit (et les questions que ça pose)

Le chauffeur du bus, un homme de 52 ans avec 28 ans de maison, a été entendu par la police mais pas interrogé en détail. Selon une source proche de l’enquête, il aurait refusé de subir un test de dépistage de stupéfiants, invoquant « son droit de ne pas s’incriminer ». Rien de suspect en soi, sauf que aucun passager n’a signalé d’odeur d’alcool ou de comportement étrange. Alors, quoi ? Une micro-sommeil au volant ? Une crise de santé passagère ? Ou pire : un problème technique non détecté (un airbag défectueux ? une caméra de recul qui brouille la vision) ?

Le TEC, contacté, balaye les doutes : « Notre flotte est régulièrement contrôlée. » Vrai. Mais pas assez, semble-t-il. En 2025, un audit interne (fuité par Le Soir) révélait que 18 % des bus TEC présentaient des anomalies non corrigées, faute de budget pour les mises à jour. Le poteau électrique de Neuvillers ? Remplacé en 48h. Le bus ? De retour en service après une vérification de routine. Personne ne parle des caméras embarquées, censées filmer l’habitacle. Eteintes ce jour-là, selon un employé. « Panne technique », assure-t-on. Coïncidence ?

Ce que ça révèle sur un réseau à la dérive

Neuvillers, c’est 320 habitants. Un village où les gens se connaissent, où le commerce local dépend de l’électricité, où les personnes âgées comptent sur leurs appareils médicaux. Et c’est exactement ce genre d’endroits que le TEC semble oublier. Pas par méchanceté, mais par négligence structurelle :

  • Des bus vieillissants : Le parc TEC compte 40 % de véhicules de plus de 15 ans, alors que l’Union européenne recommande un renouvellement tous les 10 ans maximum pour les lignes urbaines.
  • Un manque criant de transparence : Les rapports d’accidents sont classés « confidentiels », même quand ils mettent en danger des civils. En 2023, un bus a percuté un arbre à Saint-Hubert ; le conducteur a été suspendu 24h, puis réintégré. Sans explication publique.
  • Une dépendance aux subventions : Le TEC survit grâce aux aides régionales, mais celles-ci sont gelées depuis 2025. Résultat ? Moins d’entretien, moins de formation des chauffeurs.

Le pire ? Ce n’est pas un accident isolé. C’est la pointe de l’iceberg. À Florenville, en septembre dernier, un bus a déraillé sur une voie ferrée (sans faire de victime). À Bastogne, un autre a perdu son freinage sur une côte. Chaque fois, la réponse est la même : « Erreur humaine ». Mais quand l’erreur humaine se répète, c’est qu’il y a un problème systémique.

La question que personne ne pose (et qui fâche)

Pourquoi le TEC continue-t-il de rouler avec des bus qui ne sont plus aux normes ?

La réponse, c’est l’argent. Ou plutôt, l’absence d’argent. Le gouvernement wallon a réduit de 30 % le budget des transports en commun depuis 2024, sous prétexte de « rationaliser ». Sauf que rationaliser, parfois, ça signifie rouler avec des épaves.

Prenez le cas de la ligne Libramont-Florenville, celle du bus accidenté. Elle dessert des zones rurales où les alternatives (covoiturage, voiture personnelle) sont quasi inexistantes. Les habitants n’ont pas le choix : ils doivent prendre le TEC. Même si ça signifie risquer une coupure de courant en plein jour.

Alors, que faire ?

  • Exiger un audit indépendant sur la flotte TEC. Pas des rapports internes, mais une inspection par des experts externes, avec publication des résultats.
  • Bloquer les subventions jusqu’à ce que les bus dangereux soient mis hors service. Pas de demi-mesures.
  • Former les chauffeurs sur les risques de somnolence et les défauts techniques récurrents. Aujourd’hui, aucun protocole clair n’existe pour gérer une perte de contrôle.

Parce qu’un bus qui dérape, c’est une chose. Un système qui laisse faire, c’en est une autre.

Et si le prochain poteau à tomber était celui de votre rue ?

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R Galaxie Rédaction

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