Un scénario qui sent le terrorisme, mais personne ne l’admet encore
Les premiers comptes-rendus évoquent une « panne technique » ou un « incident mécanique ». Sauf que les témoins sur place, eux, racontent autre chose. Un homme qui a filmé la scène depuis la piste de décollage décrit une série de détonations synchronisées, comme si quelqu’un avait visé l’avion avec des explosifs bien placés. Pas une simple panne. Pas un hasard. Les images montrent des flammes jaillir sous les ailes, puis une fumée noire qui s’échappe du réacteur gauche. Un pilote commercial interrogé par l’AFP (anonymat de rigueur) parle d’une « attaque ciblée » : « Si c’était un accident, on aurait vu des débris partout. Là, tout était concentré sur une zone précise. »
Pourtant, les communiqués officiels restent flous. Le ministère saoudien de l’Intérieur parle d’une « enquête en cours ». Traduction : on ne veut pas alerter. Mais pourquoi ? Parce que Ryad, c’est la capitale du royaume wahhabite, un symbole géopolitique. Et depuis les attentats de 2003 contre des résidences diplomatiques (17 morts), la sécurité à l’aéroport est censée être ultra-renforcée. Alors soit les services de renseignement ont raté leur coup, soit… ils ont laissé faire.
Une source proche des services de sécurité saoudiens (qui demande à ne pas être nommée) balance un chiffre : au moins trois autres « incidents suspects » ont été repérés dans les 48 heures précédant l’explosion. Des colis piégés près des terminaux, des drones repérés en zone interdite. « On a tout balayé comme des faux positifs, mais aujourd’hui, on se demande… » Elle n’ose pas finir sa phrase. Pourtant, la question est là : et si les attentats du 11 septembre 2001 avaient commencé par un simple « incident technique » ?
L’aéroport de Ryad, un point faible dans la stratégie anti-terroriste ?
Le King Khalid Airport, c’est le hub du royaume. Plus de 30 millions de passagers par an, des vols vers l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Une cible de choix. Pourtant, malgré les investissements pharaoniques (10 milliards de dollars de rénovations depuis 2015), les failles persistent. Un rapport confidentiel de l’OCDE en 2022 (obtenu par The Economist) pointait du doigt des lacunes dans les contrôles de sécurité, notamment sur les bagages en soute. « Les scanners ne couvrent pas 100% des vols, et les équipes de déminage sont sous-effectives », résumait un expert interrogé sous couvert d’anonymat.
Cette fois, l’explosion a eu lieu à l’instant du décollage, quand l’avion est déjà en phase critique. Un timing qui rappelle les attentats du 11 septembre : les pirates de l’air avaient attendu que les avions soient en l’air pour frapper. Coïncidence ? Peut-être. Mais la méthode est la même.
Sauf que cette fois, l’avion n’a pas explosé en vol. Il s’est crashé… sur la piste. Un détail qui change tout. Parce que si les terroristes avaient visé un vol long-courrier (Doha, Paris, Londres), le bilan aurait été bien plus lourd. Alors pourquoi Ryad ?
L’hypothèse qui dérange : un message à l’Arabie Saoudite
Les Saoudiens ne sont pas dupes. Ils savent que leur pays est une cible. Mais depuis l’assassinat de Khashoggi en 2018, le royaume a durci le ton. Des centaines d’opposants emprisonnés, des lois anti-terroristes renforcées, des collaborations accrues avec le Mossad et la CIA. Pourtant, les attaques continuent. Et cette fois, c’est dans leur propre backyard.
Une piste fait son chemin : et si l’explosion était un avertissement ? Pas contre les États-Unis ou l’Iran, mais contre le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS). Depuis son arrivée au pouvoir, le royaume a multiplié les opérations militaires risquées (Yémen, Syrie) et les alliances controversées (normalisation avec Israël). Des choix qui ne plaisent pas à tout le monde.
Les groupes jihadistes, eux, ne manquent pas d’arguments. « L’Arabie Saoudite finance encore des mosquées radicales en Europe, elle tue au Yémen, et elle ne protège même pas ses propres aéroports », résume un analyste du Middle East Institute. Un comble.
Ce que les médias saoudiens ne montrent pas
Sur les chaînes locales, l’incident est passé en 30 secondes. « Un problème technique résolu, pas de victimes, tout va bien ». Sauf que les réseaux sociaux, eux, ne mentent pas. Des vidéos circulent montrant des pompiers en train d’éteindre un feu sur le réacteur, des passagers en pleurs évacués par bus, et des traces de brûlures sur le tarmac. Personne ne parle des dégâts collatéraux.
Un employé de l’aéroport (qui a préféré rester anonyme) raconte : « On nous a dit de ne rien dire. Mais les gens savent. Tout le monde sait. » Pourquoi ce silence ? Parce que reconnaître une attaque terroriste, c’est admettre que le système a échoué. Et en Arabie Saoudite, échouer, c’est un luxe que personne ne peut se permettre.
La vraie question : et maintenant ?
Les autorités vont classer l’affaire en « accident ». Les médias internationaux vont passer à autre chose. Mais la menace, elle, reste.
Parce que si un avion a pu être visé à Ryad, un autre le sera. Et la prochaine fois, peut-être qu’il n’y aura pas de miracle. L’Arabie Saoudite a les moyens de se protéger. Elle choisit de ne pas le faire.
La raison ? Peut-être la peur de paniquer la population. Peut-être la volonté de ne pas froisser les alliés étrangers. Ou peut-être… l’acceptation d’un risque calculé.
Une chose est sûre : les passagers qui prendront un vol depuis Ryad dans les prochains jours ne le sauront pas. Et c’est ça, le vrai problème.