La CSRP ignore les 2,5 millions de tonnes de poisson qui disparaissent chaque année

En Afrique de l’Ouest, 2,5 millions de tonnes de poisson sont pêchées annuellement dans la zone CSRP. Pourtant, personne ne contrôle vraiment ce qui se passe. Les chiffres sont là, mais les solutions, elles, se noient dans l’indifférence.

Publié le 27 septembre 2026 à 08:01
La CSRP ignore les 2,5 millions de tonnes de poisson qui disparaissent chaque année

Le 26 septembre 2026, à Dakar, Bassirou Diarra, directeur-pays de l’Environmental Justice Foundation (EJF), a lâché un chiffre comme une bombe : 2,5 millions de tonnes. C’est le poids du poisson capturé chaque année dans la zone de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP), qui couvre une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest. Deux millions cinq cent mille tonnes. Assez pour nourrir des dizaines de millions de personnes. Assez pour faire tourner des économies locales. Assez pour que ça devienne un enjeu politique, social, écologique. Et pourtant, rien ne bouge vraiment.

Le chiffre que personne ne veut voir en gros

La CSRP, c’est une zone maritimes qui s’étend sur plus de 4 millions de kilomètres carrés, entre le Sénégal et le Nigeria. Une étendue d’eau où les filets se croisent, où les bateaux partent parfois sans autorisation, où les quotas sont souvent des suggestions. 2,5 millions de tonnes, c’est ce que les données officielles retiennent. Mais en réalité, personne ne sait vraiment combien de poisson est vraiment pêché. Parce que les contrôles ? Ils sont rares. Parce que les déclarations ? Elles sont approximatives. Parce que les États membres de la CSRP préfèrent souvent fermer les yeux.

Pourquoi ? Parce que la pêche, c’est de l’argent. Beaucoup d’argent. Et quand les marchés ferment les yeux, c’est que les profits sont plus importants que les règles. La CSRP le sait. Elle a des rapports, des alertes, des études qui montrent que la surpêche est un problème. Mais elle n’agit pas assez. Pourquoi ? Parce que les pays membres ont d’autres priorités. Parce que les lobbies pèsent plus lourd que les écosystèmes. Parce que, parfois, la corruption fait mieux que les lois.

Ce que les chiffres cachent : la pêche illégale, ce fléau silencieux

En 2025, une étude de l’EJF révélait que jusqu’à 30 % des captures dans la zone CSRP étaient illégales. 30 %. Soit près de 750 000 tonnes de poisson qui disparaissent chaque année sans contrôle, sans taxes, sans régulation. Des bateaux étrangers qui viennent piller les eaux africaines, des filets maillants qui détruisent les récifs, des pratiques qui vident les mers sans que personne ne bronche vraiment.

Pourtant, les preuves sont là. Des rapports, des témoignages, des images satellites qui montrent des zones de pêche interdites grouillant d’activité. Mais la CSRP ne sanctionne presque jamais. Pourquoi ? Parce que les pays membres n’ont pas les moyens de surveiller. Parce que les sanctions existent sur le papier, mais pas dans la réalité. Parce que quand un bateau illégal est intercepté, il repart souvent libre.

Les États membres jouent à cache-cache avec leurs propres données

Prenez le Sénégal. Officiellement, le pays déclare des captures annuelles autour de 500 000 tonnes. Mais les ONG estiment que la réalité est bien plus élevée. Pourquoi ce décalage ? Parce que certains pêcheurs ne déclarent pas tout. Parce que les autorités ferment les yeux sur certaines activités. Parce que la pêche artisanale, souvent informelle, n’est pas comptabilisée.

Même chose au Nigeria ou en Mauritanie. Les chiffres officiels sont lissés, édulcorés. Personne ne veut admettre que la situation est critique. Pourtant, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : certaines espèces, comme la sardinelle ou le thon, sont surexploitées. Et si on ne fait rien, d’ici 10 ans, ces poissons pourraient avoir disparu.

La CSRP a les moyens d’agir, mais elle ne le fait pas

La Commission a des outils. Des satellites pour surveiller les zones de pêche. Des accords avec des pays étrangers pour limiter l’accès aux eaux. Des quotas théoriques. Mais en pratique, ça ne marche pas.

Pourquoi ? Parce que les décisions se prennent au ralenti. Parce que les États membres ont peur de froisser les puissances étrangères qui contrôlent une partie de la pêche. Parce que la coopération régionale est souvent un mot vide de sens.

En 2024, la CSRP a adopté un plan d’action contre la pêche illégale. Des belles paroles. Des réunions. Des rapports. Mais sur le terrain, rien ne change.

Ce qui se joue vraiment : le pouvoir, l’argent, et l’avenir des côtes africaines

Derrière ces chiffres, il y a une guerre silencieuse. Une guerre entre ceux qui veulent protéger les ressources et ceux qui veulent les exploiter. La CSRP est censée être l’arbitre. Mais aujourd’hui, elle ressemble plus à un spectateur impuissant.

Les communautés côtières en paient le prix. Les pêcheurs locaux voient leurs prises diminuer, leurs revenus s’effondrer. Pendant ce temps, les grands groupes étrangers continuent de prélever, sans que personne ne les arrête vraiment.

La question n’est pas si la CSRP peut changer les choses. La question, c’est si elle en a vraiment envie.

L’avenir ? Un effondrement annoncé, ou une prise de conscience tardive ?

Les scientifiques sont clairs : si rien n’est fait, d’ici 2040, certaines zones de pêche pourraient être vidées de 90 % de leurs espèces. 90 %. C’est un effondrement. Une catastrophe écologique. Une crise sociale.

La CSRP a le choix. Soit elle continue à faire semblant de réguler, soit elle se réveille.

Mais pour l’instant, les filets continuent de se refermer sur les mers africaines, et les décideurs regardent ailleurs.

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R Galaxie Rédaction

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