Un ruisseau qui va se faire oublier
En septembre 2026, les habitants de Pau et de Bizanos vont devoir s’habituer à un spectacle inhabituel : l’Ousse, ce petit ruisseau qui traverse les deux communes, va disparaître. Pas pour des raisons naturelles, pas pour une pollution ou un assèchement, mais parce qu’on va le faire engloutir. Littéralement. Pendant plusieurs mois, le cours d’eau sera comblé, détourné, puis recouvert pour y faire passer des câbles électriques souterrains. 6,5 kilomètres de lignes à 63 kV, pour relier les postes de Bizanos et de Pau-Est dans le cadre de la restructuration du réseau électrique de l’agglomération.
Pourquoi faire ça ? Parce que les câbles aériens, ça prend de la place, ça s’abîme, ça tombe en panne, et ça gâche le paysage. Surtout dans une ville comme Pau, où l’urbanisme et les contraintes esthétiques comptent. Sauf que cette solution, aussi propre soit-elle, pose un problème : et si on se plantait ? Et si les câbles fuyaient, ou si le ruisseau, une fois rebouché, ne retrouvait plus son équilibre ? Personne ne semble en parler. Pourtant, c’est bien réel.
Un chantier qui va tout bloquer
Les travaux, menés par RTE (Réseau de Transport d’Électricité), ne sont pas une simple formalité. Il s’agit d’un chantier lourd, avec des contraintes techniques majeures. L’Ousse n’est pas un simple ruisseau : c’est un cours d’eau qui traverse des zones urbanisées, avec des habitations, des routes, et même des infrastructures sensibles. Pour le franchir, RTE a choisi la méthode de l’ensouillage : on comble le lit du ruisseau, on y pose les câbles, puis on le rebouche. Une technique utilisée ailleurs, mais rarement sur une aussi longue distance.
Le problème ? Personne ne sait exactement comment l’Ousse va réagir une fois les travaux terminés. Les ruisseaux ont des comportements imprévisibles. Une crue soudaine, une infiltration, et voilà les câbles exposés, voire endommagés. Pire : si le ruisseau ne retrouve pas son débit naturel, les zones en amont ou en aval pourraient se retrouver inondées. Or, Bizanos et Pau ne manquent pas de quartiers sensibles à ce niveau.
Et puis, il y a la question du temps. Combien de mois, voire d’années, faudra-t-il pour que l’écosystème se stabilise ? Les poissons, les insectes, la végétation… tout ça va disparaître pendant des mois. RTE parle de « mesures compensatoires », mais personne ne voit vraiment comment on va rattraper le coup.
Pourquoi personne ne bronche ?
Pourtant, malgré ces risques, le projet avance. Pourquoi ? Parce que c’est RTE qui le mène, et que RTE, c’est le gestionnaire du réseau électrique français. Quand RTE décide quelque chose, les mairies, les associations, et même les riverains, ont tendance à se taire. Surtout quand il est question d’électricité : tout le monde a peur des coupures, des pannes, des factures qui montent.
Mais est-ce que ça justifie vraiment de sacrifier un cours d’eau entier ? En 2023, une étude de l’ADEME (Agence de la Transition Écologique) montrait que 60 % des cours d’eau français étaient déjà en mauvais état écologique. En faire disparaître un de plus, même pour des raisons techniques, ça ne vous choque pas ?
Ce que les élus ne disent pas
Côté mairie, on joue la carte de la transparence. « Tout sera fait dans les règles », assure-t-on à Pau. « Les riverains seront consultés », ajoute-t-on à Bizanos. Sauf que les consultations, souvent, ce sont des formalités. Personne ne va vraiment contester un projet porté par RTE, surtout quand il s’agit de moderniser le réseau. Pourtant, quelques questions restent en suspens.
Par exemple : qui va payer si jamais il y a des dégâts ? Qui va garantir que le ruisseau retrouvera son équilibre ? Et surtout, pourquoi avoir choisi cette méthode plutôt qu’une autre ? Une ligne aérienne, plus rapide et moins risquée pour l’écosystème, aurait-elle été envisageable ? Personne ne semble avoir posé la question.
Le vrai enjeu : l’électricité, toujours
Au fond, ce chantier, c’est avant tout une question d’électricité. Pau et son agglomération grandissent, les besoins en énergie augmentent, et le réseau actuel commence à montrer ses limites. Les câbles souterrains, c’est la solution moderne, propre, discrète. Sauf que quand on creuse un peu, on se rend compte que derrière cette modernité, il y a des risques, des coûts cachés, et surtout, des choix qui ne sont pas toujours les bons.
Parce que oui, l’Ousse va se faire engloutir. Mais pas seulement pour l’électricité. Pour une question plus large : celle de savoir jusqu’où on est prêt à aller pour moderniser nos villes, même si ça signifie sacrifier un peu de nature, un peu de paysage, et peut-être même un peu de bon sens.
Et après ?
Une fois les câbles posés, une fois le ruisseau rebouché, il ne restera plus grand-chose à voir. Juste une zone herbeuse, peut-être quelques panneaux indicateurs, et l’assurance que le courant passera mieux. Mais à quel prix ?
Parce que le vrai problème, ce n’est pas l’Ousse. C’est le fait qu’on accepte sans sourciller de faire disparaître un cours d’eau pour des raisons techniques, sans vraiment se demander si c’est la bonne solution. Et ça, c’est une question qui dépasse largement Pau et Bizanos.
La dernière question
Alors, quand les travaux commenceront, observez bien. Regardez comment l’Ousse va réagir. Parce que si personne ne le dit, c’est peut-être le seul moyen de savoir si on a fait le bon choix.