Le geste et le non-dit de Metz
Le pape est reparti lundi soir. Pas un mot sur l’Ukraine. Pourtant, la cathédrale de Metz était pleine. Pleine de monde, oui, mais surtout pleine d’un silence gênant sur la guerre qui fait rage à 1 500 kilomètres de là. François a évoqué la paix en Europe, mais sans jamais nommer l’agression russe. Comme si le mot « Ukraine » était trop lourd à porter, même pour un pontife.
Pourtant, Metz, c’est l’histoire de l’Europe d’après-guerre. C’est ici, en 1950, que Robert Schuman a posé les bases de la construction européenne avec sa fameuse déclaration. Le pape l’a citée, bien sûr. Il a même loué cette « diplomatie des petits pas ». Sauf que les petits pas, aujourd’hui, ils glissent sur le sang. Depuis février 2022, plus de 10 000 civils ukrainiens sont morts sous les bombes russes, selon les chiffres conservateurs de l’ONU. Et le pape ? Rien. Pas un mot.
La diplomatie des petits pas, ou l’art de ne pas froisser Moscou
François a insisté sur la nécessité de « concessions ». Mais concessions pour qui ? Pour la Russie, qui envahit un pays souverain depuis plus de deux ans ? Ou pour l’Occident, qui peine à trouver une réponse militaire à la hauteur ? Le Vatican joue depuis des mois un jeu trouble. D’un côté, il condamne la guerre, de l’autre, il évite soigneusement de désigner le coupable. En 2022, le pape a reçu Poutine à Rome, puis Zelensky quelques semaines plus tard. Un équilibre délicat, mais qui sonne comme une capitulation morale.
Et puis il y a cette obsession pour les « petits pas ». Comme si la paix se négociait à coups de demi-mesures. Pourtant, quand la Russie annexe des territoires par la force, quand elle torture des prisonniers, quand elle bombarde des hôpitaux, les « petits pas » ne suffisent pas. Ils servent surtout à légitimer l’inaction.
Pourquoi le Vatican reste muet sur l’Ukraine ?
Plusieurs explications. D’abord, la peur. La Russie est un acteur clé sur la scène internationale, et le Vatican ne veut pas se la mettre à dos. Ensuite, il y a cette vieille habitude de neutralité, presque de neutralisme, qui traverse l’histoire de l’Église. Enfin, il y a une réalité géopolitique : le Vatican compte sur la Russie pour contrer l’influence américaine au Moyen-Orient. Sacrifier cette alliance au nom de l’Ukraine ? Trop risqué.
Mais le plus frappant, c’est l’hypocrisie. François dénonce la guerre, mais il ne dénonce pas son auteur. Il appelle à la paix, mais il ne dit pas qui doit cesser les hostilités. C’est comme si on condamnait un crime sans nommer le criminel. Ça ne marche pas.
Ce que cette visite révèle sur l’Europe
Metz, c’était aussi un message pour l’Europe. Une Europe qui, depuis l’invasion de l’Ukraine, peine à trouver sa voix. Les États membres tergiversent, les budgets de défense traînent, et les promesses de solidarité se heurtent à la réalité des intérêts nationaux. Dans ce contexte, le Vatican joue les arbitres. Mais arbitres de quoi ? D’une paix qui n’est pas à l’ordre du jour ?
Le pape a raison sur un point : l’Europe a besoin de se réinventer. Mais pas comme ça. Pas à coups de flou diplomatique et de concessions unilatérales. L’Europe a besoin de fermeté. Pas de ces demi-mesures qui donnent l’impression qu’on peut négocier avec un agresseur.
La vraie question : et après ?
François est reparti. La guerre continue. Et l’Europe, toujours aussi divisée, reste à la traîne. Les « petits pas » du Vatican ne changeront rien. Sauf si quelqu’un, enfin, ose dire les choses clairement : la Russie est l’agresseur. Point. Et tant que Moscou ne recule pas, il n’y aura pas de paix.
Mais bon, ça, le pape ne le dira pas. Trop compliqué. Trop risqué. Alors on continue à marcher sur des œufs. Et l’Ukraine, elle, attend toujours.