Lundi, le pape écoutera sept femmes violées par des prêtres

Parmi les sept victimes que François recevra à Lourdes, certaines ont été agressées par des religieux célèbres. Leur rencontre avec le pape révèle un système qui protège encore les bourreaux.

Publié le 27 septembre 2026 à 20:01
Lundi, le pape écoutera sept femmes violées par des prêtres

Pourquoi ces rencontres restent un coup de théâtre ?

Le Vatican a annoncé la liste des victimes que le pape allait rencontrer lors de son voyage en France. Sept femmes. Sept histoires de violences sexuelles commises par des prêtres. Parmi elles, une victime de l’abbé Pierre, une autre d’un religieux de Bétharram. Deux cas qui ont marqué l’histoire récente de l’Église en France. Deux cas où l’institution a mis des années à reconnaître les faits. Et deux cas où les victimes ont dû se battre pour être entendues.

Pourtant, dans les communiqués officiels, on parle de « dialogue », de « réconciliation », de « pardon ». Comme si ces mots effaçaient les non-dits. Comme si ces rencontres étaient une fin en soi, alors qu’elles ne sont qu’un début. Un début de vérité, peut-être. Un début de justice, sans doute. Mais un début qui arrive trop tard pour certaines.

Le chiffre qui pèse : 210 000 victimes en France. C’est le nombre estimé de mineurs victimes d’abus sexuels dans l’Église catholique en France, selon une étude de la CIASE (Cellule d’Intervention et d’Accompagnement des Personnes Victimes d’Agressions Sexuelles dans l’Église) publiée en 2021. 210 000. Un nombre qui donne le vertige. Un nombre qui explique pourquoi ces rencontres à Lourdes ne suffisent pas. Pourquoi elles ne peuvent pas suffire.

Et pourtant, le Vatican mise tout sur ces gestes symboliques. Comme si une poignée de mains pouvait réparer des décennies de mensonges, de protections des agresseurs, de transferts d’un diocèse à l’autre pour éviter les enquêtes. Comme si ces rencontres étaient une thérapie pour l’Église, plutôt que pour les victimes.

L’abbé Pierre et le poids de l’histoire

Quand on parle de l’abbé Pierre, on pense d’abord à la charité, à la misère, à l’engagement humanitaire. Pas aux agressions sexuelles sur des mineurs. Pourtant, c’est bien une victime de l’abbé Pierre que le pape va rencontrer à Lourdes. Une jeune fille, dans les années 1950. Une affaire classée sans suite, étouffée, comme tant d’autres.

L’abbé Pierre était une figure sacrée. Toucher à son image, c’était toucher à la légende. Même après sa mort, même après les révélations, l’Église a mis des années à reconnaître les faits. Aujourd’hui, on parle de « faute grave », de « comportement inacceptable ». Trop peu, trop tard.

Pourquoi le Vatican a-t-il attendu si longtemps pour agir ? Pourquoi ces rencontres ne sont-elles pas venues plus tôt ? Parce que l’Église a toujours privilégié sa réputation à la vérité. Parce que protéger les prêtres était plus important que protéger les enfants.

Notre-Dame de Bétharram : quand le couvent devient un lieu de non-droit

Autre nom qui claque : Notre-Dame de Bétharram. Un couvent dans les Pyrénées-Atlantiques. Un lieu où, pendant des décennies, des religieuses ont été accusées de violences sur des jeunes filles placées sous leur responsabilité. Des violences physiques, des violences psychologiques, et des violences sexuelles.

En 2018, une enquête journalistique révélait l’ampleur du phénomène. Des dizaines de victimes. Des années de silence. Une institution qui a protégé ses membres plutôt que de les sanctionner. Et un procès qui a enfin eu lieu, mais qui a pris des décennies.

Pourquoi le pape va-t-il rencontrer une victime de Bétharram ? Parce que l’affaire a fait du bruit. Parce que les médias ont forcé la main. Parce que l’Église ne pouvait plus ignorer l’ampleur du scandale. Mais est-ce que ça change vraiment quelque chose ?

Non. Parce que les coupables sont toujours là. Parce que les victimes sont toujours en souffrance. Parce que le système qui a permis ces abus est toujours en place.

Le piège du pardon sans réparation

Le pape François est souvent présenté comme un réformateur. Un pape qui brise les tabous, qui reconnaît les erreurs de l’Église. Mais à Lourdes, ce ne sont pas les bourreaux qu’il va rencontrer. Ce sont les victimes. Et même ça, c’est déjà un progrès.

Pourtant, ces rencontres restent un exercice de communication. Un moyen pour le Vatican de montrer qu’il prend la mesure du problème, sans vraiment changer les choses. Parce que la vraie réforme, ce serait de reconnaître que le problème est systémique. Que les abus ne sont pas l’affaire de quelques « brebis galeuses », mais d’un système qui a protégé les agresseurs pendant des décennies.

Le vrai défi ? Ce n’est pas d’organiser des rencontres symboliques. C’est de rendre justice. C’est de sanctionner les responsables. C’est de réparer les victimes. C’est de briser le silence une fois pour toutes.

Mais ça, le pape ne le fera pas à Lourdes. Ça, il le fera… ou pas. Comme d’habitude.

Ce que ces rencontres révèlent d’un système qui résiste

Ces sept femmes que le pape va rencontrer ont toutes une chose en commun : elles ont dû se battre pour être entendues. Elles ont toutes dû affronter l’institution, ses mensonges, ses protections. Et aujourd’hui, elles sont là, devant le pape, comme un symbole.

Mais un symbole ne suffit pas. Une poignée de main ne suffit pas. Ce qu’il faudrait, c’est que l’Église arrête de parler de « pardon » et commence à parler de « justice ».

Parce que pardonner, c’est facile. Il suffit de serrer une main. Mais rendre justice, ça, c’est plus compliqué. Ça, ça demande de reconnaître ses torts. Ça demande de changer les règles du jeu. Ça demande de mettre fin à l’impunité.

Et ça, le pape ne le fera pas à Lourdes. Pas vraiment.

La dernière question reste entière : Est-ce que ces rencontres vont changer quelque chose ? Ou est-ce que ce ne sera encore qu’un coup de communication, une photo op, un geste vide de sens ?

Une chose est sûre : si le pape veut vraiment tourner la page, il ne peut pas se contenter de serrer des mains. Il doit agir. Vraiment.

Et ça, personne ne le sait encore.

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R Galaxie Rédaction

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