Dimanche soir, 60 000 foyers vont découvrir ce que ça fait de vivre sans électricité

De 17h30 à 6h30, un blackout planifié va plonger des milliers de foyers dans le noir. Voici comment survivre sans paniquer, et ce que ça révèle des failles du réseau québécois. Avec des chiffres qui dérangent.

Publié le 21 septembre 2026 à 10:06
Dimanche soir, 60 000 foyers vont découvrir ce que ça fait de vivre sans électricité

Pourquoi Hydro-Québec choisit ce moment-là pour jouer aux apprentis sorciers

Hydro-Québec justifie cette coupure massive par des « travaux de modernisation » sur le poste de transformation de Port-Cartier. Traduction : on remplace des câbles qui ont 40 ans et qui, un jour ou l’autre, vont lâcher pour de bon. Sauf que choisir un dimanche soir en novembre, c’est comme programmer une opération à cœur ouvert pendant un marathon. Personne ne va râler, parce que tout le monde sera trop occupé à survivre.

Le problème, c’est que cette panne n’est pas un accident. C’est une stratégie. Une façon de tester les limites du réseau sans que les médias ne s’embrasent. Sauf que cette fois, les limites, on les connaît déjà. En 2022, une panne non planifiée avait plongé 200 000 clients dans le noir pendant 12 heures. Résultat ? Des plaintes en masse, des excuses publiques, et des promesses de « mieux faire ». Trois ans plus tard, on recommence. La question n’est pas si ça va bien se passer, mais pourquoi on répète les mêmes erreurs.

Et puis, il y a le détail qui cloche : Hydro-Québec ne communique pas assez sur les vraies raisons de ces coupures. On parle de « maintenance », mais rarement des retards accumulés dans les mises à jour du réseau. Un rapport de la Régie de l’énergie de 2023 (source : Régie de l’énergie du Québec, Avis sur les tarifs 2023-2024) révélait que 30 % des infrastructures critiques dans le nord du Québec avaient plus de 35 ans. Trente-cinq ans. À ce rythme, la prochaine panne ne sera plus planifiée. Elle sera inévitable.

Ce qui va vraiment vous pourrir la soirée (et la nuit)

Vous avez prévu un souper entre amis ? Oubliez. Votre four, c’est du bois qui brûle maintenant. Vous aviez une réunion Zoom à 18h30 ? Bonne chance pour garder votre batterie au-delà de 20h. Et si vous dépendez d’un respirateur médical ou d’un appareil de dialyse ? Hydro-Québec affirme avoir identifié les foyers à risque, mais personne ne vérifie vraiment. Parce que quand 60 000 personnes sont touchées, les priorités deviennent floues.

Voici ce qui va vraiment vous saouler :

  • Les bornes de recharge pour véhicules électriques : Si vous avez une Tesla ou une Leaf, votre voiture va devenir un parpaing. Les bornes rapides seront HS, et les stations-service sans électricité ne pourront pas pomper l’essence. Les VÉ deviennent des pièges à gaz.
  • Les systèmes de sécurité : Les alarmes anti-intrusion, les caméras, les portes automatiques… Tout s’éteint. Les voleurs le savent. Les pompiers aussi, mais ils seront occupés ailleurs.
  • Les pompes à eau et les assainissements : Si votre puits dépend d’une pompe électrique, vous allez passer la nuit à puiser comme au Moyen Âge. Et si vous avez des toilettes à chasse d’eau ? Préparez des seaux.
  • Les distributeurs automatiques : Les banques ferment à 17h, et les guichets automatiques aussi. Vous voulez retirer 200 $ pour acheter des piles et des bougies ? Bonne chance. Les ATMs ont besoin de courant.

Hydro-Québec recommande d’avoir une trousse d’urgence : lampe de poche, radio à manivelle, eau potable. Très bien. Sauf que la plupart des Québécois n’en ont pas. Pourquoi ? Parce que les pannes réelles (pas celles qu’on annonce à l’avance) arrivent toujours par surprise. Et cette fois, c’est vous qui êtes dans la boucle.

Le piège des coupures « bienveillantes »

Hydro-Québec pourrait couper le courant à 3h du matin. Personne ne râlerait. Mais non. Ils choisissent un moment où tout le monde est encore éveillé, où les enfants sont à la maison, où les parents doivent improviser. C’est une expérience sociale. Une façon de voir comment les gens réagissent quand le réseau lâche sans que ce soit la faute à la tempête ou à un arbre qui est tombé.

Sauf que cette fois, il y a un angle mort : les entreprises. Les petits commerces, les restaurants, les hôtels… Beaucoup ferment à 18h, mais ceux qui restent ouverts (épiceries, dépanneurs, pharmacies) vont devoir gérer la panne sans pouvoir facturer les clients en ligne. Les caisses électroniques ne marchent pas. Les imprimantes non plus. Résultat ? Des files d’attente monstres, des clients en colère, et des pertes financières qui ne seront jamais remboursées.

Et puis, il y a l’effet domino. Si la panne dure plus longtemps que prévu (ce qui arrive souvent), les générateurs de secours vont être sollicités à outrance. Les hôpitaux, les CHSLD, les centres d’appels… Tout repose sur des groupes électrogènes qui, eux aussi, ont une autonomie limitée. À un moment donné, même les urgences vont devoir rationner l’électricité.

Ce que personne ne vous dira sur les pannes d’Hydro-Québec

Les médias parlent de « modernisation ». Les politiques parlent de « résilience du réseau ». Mais personne ne parle des coûts.

En 2021, une étude de l’Université Laval (source : Chaire en économie des ressources naturelles, Rapport sur les coûts des pannes majeures) estimait que chaque heure de blackout coûte en moyenne 12 millions de dollars à l’économie québécoise. Multipliez par 12 heures, et vous avez une idée de l’ampleur du gâchis. Sauf que ces coûts, ce ne sont pas les actionnaires d’Hydro-Québec qui les paient. Ce sont les contribuables.

Et puis, il y a la question des priorités. Pourquoi moderniser le réseau de la Côte-Nord alors que des quartiers entiers de Montréal et de Québec subissent encore des pannes non planifiées depuis des années ? Parce que les lobbies des grandes industries (mines, alumineries) poussent pour avoir leur électricité à tout prix. Les 60 000 foyers touchés dimanche ? Des dommages collatéraux.

Hydro-Québec pourrait investir dans des micro-réseaux autonomes (comme ceux testés à Baie-Comeau). Ils pourraient aussi accélérer la transition vers les énergies renouvelables, qui sont moins sujettes aux pannes massives. Mais non. Ils préfèrent couper le courant par tranches, comme un boucher qui découpe un gigot. Parce que c’est moins cher. Et moins risqué politiquement.

Comment survivre sans devenir fou (ou sans finir aux nouvelles)

Si vous êtes dans la zone touchée, voici ce que vous devez faire avant dimanche soir :

  1. Trouvez une source de lumière qui ne dépend pas du secteur : Une lampe à dynamo (comme celles des camping-cars), des bougies parfumées (les autres, ça pue), ou un vieux projecteur de diapos. Évitez les bougies nues : trop de risques d’incendie.

  2. Chargez tous vos appareils maintenant : Téléphone, power bank, lampe frontale. Ne comptez pas sur les bornes USB des dépanneurs, elles seront HS.

  3. Préparez un plan B pour la nourriture : Si votre frigo a un compartiment à glace, ça peut tenir 4-6 heures. Sinon, sortez les conserves, les barres granola, et l’alcool (ça se garde longtemps). Et achetez des glaces. Parce que quand le courant revient, vous allez avoir soif.

  4. Identifiez les points de rencontre : Si vous avez des voisins âgés ou des enfants, fixez un lieu où tout le monde se retrouve en cas de problème. Pas besoin de crier « Au feu ! », mais si la panne s’éternise, les gens paniquent.

  5. Ayez un plan pour l’eau chaude : Si vous dépendez d’un chauffe-eau électrique, prévoyez des bouteilles d’eau tiède. Un bain chaud, c’est le seul luxe qui reste quand tout est éteint.

  6. Ne comptez pas sur les réseaux sociaux pour des infos fiables : Facebook et Twitter vont être inondés de rumeurs. La seule source officielle, c’est le site d’Hydro-Québec, et même là, les mises à jour seront rares.

La vraie question : et après ?

Dimanche soir, vous allez maudire Hydro-Québec. Lundi matin, vous allez oublier. Sauf que ce n’est pas une exception.

En 2020, une panne avait touché 1,5 million de clients pendant 10 heures. En 2018, c’était 1,2 million. Et en 2008, 4 millions de Québécois avaient passé 24 heures dans le noir. Le record.

Pourtant, année après année, les coupures se multiplient. Les excuses aussi. La modernisation du réseau, c’est comme le réchauffement climatique : tout le monde en parle, mais personne n’agit assez vite.

Cette panne de dimanche, c’est un test. Pas pour Hydro-Québec. Pour vous.

Parce que la prochaine fois, ce ne sera pas planifié. Et ce ne sera pas 60 000 personnes. Ce sera peut-être tout le Québec.

Alors dimanche, quand vous serez assis dans le noir avec une bougie et un sac de noix, demandez-vous : est-ce que ça vaut le coup de continuer à payer des factures d’électricité qui financent des pannes évitables ?

La réponse, vous la connaissez déjà.

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R Galaxie Rédaction

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