Le 12 novembre, Ă Ozans, prĂšs de ChĂąteauroux, un millier de personnes se sont retrouvĂ©es sous une banniĂšre qui ne tremblait pas. « Google, dĂ©gagez ! », scandait-on entre deux slogans plus techniques. Pas de banderoles fleuries, pas de discours larmoyants. Juste des visages fermĂ©s, des tracts distribuĂ©s Ă la va-vite, et cette certitude : le gĂ©ant amĂ©ricain va sâinstaller ici, quâon veuille ou non. Pourtant, les promesses de Google sonnent creux depuis le dĂ©but. En 2021, le groupe promettait 20 emplois locaux et un impact « neutre » sur lâenvironnement. Aujourdâhui, les riverains savent que les 20 emplois ? Une blague. Et la neutralitĂ© carbone ? Un calcul de comptable qui omet de prĂ©ciser que les data centers consomment lâĂ©quivalent de la production Ă©lectrique dâun petit pays. Ă Ozans, on a compris une chose : Google ne nĂ©gocie pas. Il impose.
Un projet qui part dâun mensonge simple
Le data center de Google Ă Ozans, câest dâabord une histoire de chiffres bidonnĂ©s. Officiellement, le projet consommera « seulement » 59 mĂ©gawatts. Sauf que les riverains, eux, ont fait leurs comptes. Avec les pics de consommation, on frĂŽle les 100 mĂ©gawatts. Assez pour alimenter une ville de 10 000 habitants. Sauf quâOzans en compte Ă peine 2 000. Alors oĂč ira lâĂ©lectricitĂ© ? La rĂ©ponse est dans les rapports de RTE : les lignes Ă haute tension vont ĂȘtre saturĂ©es. RĂ©sultat ? Des coupures programmĂ©es pour les habitants, des fermetures dâusines voisines, et une facture dâĂ©lectricitĂ© qui va exploser. « On nous a dit que ça ne changerait rien, se dĂ©sole un agriculteur du coin. Maintenant, mon contrat EDF a augmentĂ© de 30 %. »
Mais le vrai problĂšme, câest lâopacitĂ©. Google refuse de communiquer sur les donnĂ©es prĂ©cises de consommation. *« On nous parle de âflexibilitĂ©â, de âstockage dâĂ©nergieâ, mais personne ne veut nous montrer les chiffres rĂ©els »**, explique une habitante qui a tentĂ© de saisir la DREAL. En vain. Les Ă©tudes dâimpact ? ClassĂ©es « confidentielles ». Les rĂ©unions publiques ? AnnulĂ©es au dernier moment. Ce nâest pas un projet. Câest une opĂ©ration de contournement.
Les élus locaux jouent les complices
Ă ChĂąteauroux, on fait semblant de ne pas voir. La mairie a signĂ© lâaccord avec Google en 2022, sans concertation rĂ©elle. Les opposants ? Des « opposants systĂ©matiques », selon le maire, qui minimise les risques. Pourtant, les associations dâurbanisme et les Ă©cologistes ont alertĂ© : « Ce projet va transformer Ozans en ville-dortoir pour les ingĂ©nieurs de Google, avec des prix immobiliers qui explosent et des services publics saturĂ©s ». Mais personne nâĂ©coute.
Pourquoi ? Parce que Google paie. 10 millions dâeuros dâindemnitĂ©s pour la commune, des emplois (peu qualifiĂ©s, mal payĂ©s) pour quelques chĂŽmeurs locaux, et une image de âterritoire innovantâ pour les Ă©lus. Le reste ? Des dĂ©gĂąts collatĂ©raux. Lâeau, dĂ©jĂ rare dans le Berry, va servir Ă refroidir les serveurs. Les nappes phrĂ©atiques vont baisser. Les cultures locales vont souffrir. « On nous vend du rĂȘve numĂ©rique, mais sur le terrain, câest la sĂ©cheresse qui gagne », lance un viticulteur dont les vignes jaunissent dĂ©jĂ .
Ce que Google ne veut pas que vous sachiez
Le pire, câest que ce nâest pas un cas isolĂ©. Google construit des data centers partout en Europe, avec les mĂȘmes mĂ©thodes : promesses creuses, pressions sur les Ă©lus, et riverains qui se rĂ©veillent trop tard. En Finlande, Ă Hamina, les habitants ont dĂ» manifester pendant des mois avant que le projet ne soit revu. En SuĂšde, Ă Falkenberg, câest la mĂȘme histoire : des coupures dâĂ©lectricitĂ© promises, des emplois qui ne viennent pas. Ă Ozans, on est en train de rĂ©pĂ©ter la mĂȘme erreur.
Mais il y a un dĂ©tail qui cloche. Google a dĂ©jĂ un data center Ă Saint-Gratien, prĂšs de Paris. Un autre Ă The Dalles, dans lâOregon, oĂč la riviĂšre a failli sĂ©cher Ă cause de la surconsommation. Pourtant, personne ne pose de questions. Pourquoi ? Parce que les data centers, câest lâavenir. Ou du moins, câest ce quâon nous raconte. Sauf que lâavenir, parfois, ça pue le diesel et la bureaucratie.
La bataille dâOzans est aussi la vĂŽtre
Vous croyez que ça ne vous concerne pas ? DĂ©trompez-vous. Si Google peut faire ça Ă Ozans, il le fera ailleurs. Demain, ce sera votre ville. Demain, ce sera votre facture dâĂ©lectricitĂ© qui explosera. Demain, ce seront vos enfants qui devront boire une eau pompĂ©e Ă sec pour refroidir les serveurs dâun gĂ©ant qui ne paiera pas le prix fort.
Alors oui, Ă Ozans, ils crient « Google, dĂ©gagez ! ». Mais ce nâest pas quâune manif de plus. Câest un avertissement.
Un dernier dĂ©tail : les data centers, ça ne crĂ©e pas que des emplois. Ăa crĂ©e aussi des dĂ©serts. Des dĂ©serts numĂ©riques, oĂč plus personne ne veut vivre. OĂč les prix montent, oĂč les services disparaissent. OĂč les promesses de Google deviennent des cicatrices.
Ă Ozans, on a encore le choix. Pour combien de temps ?