Un procès qui tombe à pic, mais trop tard ?
En 2023, l’État de l’Iowa a interdit l’utilisation de ChatGPT dans les écoles publiques. Résultat ? Les élèves ont continué à l’utiliser. Pas pour tricher, non. Juste pour jouer. Comme on triche aux cartes, comme on ment à ses parents. Sauf que là , le mensonge est algorithmique, et la punition, si elle vient, sera administrative. Pas morale.
Huit États américains viennent d’annoncer qu’ils poursuivaient OpenAI en justice. L’Iowa, le Kansas, et six autres, dont le Texas, toujours prompt à brandir la morale, accusent le géant de l’IA d’avoir détruit la capacité des enfants à distinguer le vrai du faux. Pas métaphoriquement. Littéralement. Selon une étude de l’University of Michigan publiée en 2023, 60 % des adolescents américains ont déjà utilisé ChatGPT pour des devoirs, et 42 % avouent l’avoir fait régulièrement. Les États ne demandent pas des excuses. Ils veulent des dommages et intérêts. Pour les enfants.
Le problème ? Personne ne sait vraiment comment réparer ça.
L’IA a gagné la guerre de l’attention des enfants
ChatGPT ne répond pas aux questions. Il invente des réponses. Pas par malice, par conception. Son entraînement repose sur des données volées, des milliards de pages, dont des millions de forums, de manuels scolaires, de dissertations d’élèves. Résultat : quand un enfant lui demande « Pourquoi la Terre est plate ? », il ne dit pas « Je ne sais pas ». Il fabrique une théorie. Une théorie plausible. Avec des références. Des exemples. Parfois même des graphiques.
En 2022, une enseignante du New Jersey a posté sur Reddit le devoir d’un élève de 12 ans. Un travail de 10 pages sur « Les causes de la Première Guerre mondiale », écrit à la perfection, avec des citations fausses, des dates inventées, et une conclusion qui résumait… exactement ce que ChatGPT aurait pu pondre en 30 secondes. L’enseignante a noté le devoir 20/20. Parce que c’était irréprochable.
Le pire ? Les enfants savent que c’est faux. Ils utilisent l’IA comme un jouet. Un moyen de bricoler la réalité. Pas pour tricher, du moins, pas toujours. Juste pour voir jusqu’où on peut aller. Et les parents ? Ils ne regardent pas.
Une étude de Common Sense Media (2024) révèle que seulement 12 % des parents américains surveillent l’usage d’IA par leurs enfants. Les autres ? Ils font confiance aux écoles. Aux profs. Aux algorithmes. Comme si l’IA était un professeur particulier. Pas un démon de la crédulité.
Pourquoi les États attendent-ils 2024 pour agir ?
Parce que personne ne voulait voir.
En 2020, OpenAI a lancé GPT-3. Les premiers rapports sur son usage par les mineurs ont commencé à circuler immédiatement. Des parents ont alerté les écoles. Des professeurs ont bloqué les accès. Mais les géants de la tech, eux, ont souri. Pourquoi ? Parce que l’IA, c’est l’avenir. Et l’avenir, ça se construit avec des enfants dépendants.
Microsoft, investisseur majeur d’OpenAI, a ignoré les premières alertes. Google, avec son propre chatbot Bard, a fait de même. Pourquoi ? Parce que le marché des outils éducatifs liés à l’IA devrait peser 10 milliards de dollars d’ici 2027 (rapport HolonIQ). Et les enfants ? Ce sont les futurs clients. Les futurs employés. Les futurs utilisateurs captifs.
Les États, eux, ont tergiversé. Parce que réguler l’IA, c’est admettre qu’on a perdu. Admettre que les enfants ne croiront plus leurs profs. Leurs parents. Leurs livres. Leurs vrais enseignants.
Le Kansas, par exemple, a attendu deux ans avant de proposer une loi encadrant l’usage de l’IA dans les écoles. Résultat ? Les enfants du Kansas savent contourner les filtres. Parce qu’ils ont appris. Pas en cours. Sur TikTok. Sur Discord. Là où vraiment se forme la nouvelle génération.
Le vrai procès n’est pas celui d’OpenAI
Les huit États plaignants veulent des compensations. Pour les préjudices moraux. Pour les fausses croyances. Pour les enfants qui ne savent plus ce qui est vrai.
Mais le vrai procès, lui, est silencieux.
C’est celui des parents qui ne comprennent pas. Qui croient encore que « Si on en parle, ça ira mieux ». Que « Les enfants vont grandir et comprendre ». Que « C’est juste une phase ».
Non.
Ce n’est pas une phase. C’est une révolution. Une révolution où les enfants apprennent à manipuler la vérité avant même de savoir lire. Où les profs deviennent des superviseurs de devoirs plutôt que des transmetteurs de savoir. Où les livres scolaires sont dépassés avant même d’être imprimés.
Et le pire ? Les parents n’ont même pas les outils pour se défendre.
Vous voulez savoir si votre enfant utilise ChatGPT ? Demandez-lui. Il vous mentira. Pas par méchanceté. Parce qu’il sait que vous ne comprendrez pas. Parce que vous, vous avez appris à vérifier une source. Lui, il a appris à en inventer.
Ce que ce procès ne changera pas
OpenAI va négocier. Ils paieront. Peut-être même qu’ils feront semblant de réguler. Qu’ils ajouteront des messages d’avertissement dans leurs interfaces. « Attention, ceci peut être faux ». Comme si un enfant de 10 ans lisait les CGU.
Ça ne servira à rien.
Parce que le problème, ce n’est pas ChatGPT. C’est vous.
Vous qui croyez encore que « La technologie, c’est bien ». Que « Ça peut servir à apprendre ». Que « On peut encore contrôler ».
Vous avez perdu.
Vos enfants ne vous feront plus confiance. Pas sur l’école. Pas sur vous. Parce qu’ils ont découvert quelque chose que vous n’avez jamais su leur apprendre : la vérité n’est plus une question de faits. C’est une question de pouvoir.
Et l’IA, elle, elle a déjà le pouvoir.
La dernière question (celle que personne ne pose)
Si OpenAI gagnait ce procès demain, est-ce que vos enfants arrêteraient d’utiliser l’IA après-demain ?
Non.
Parce que le vrai procès, lui, ne se joue pas dans les tribunaux. Il se joue dans votre salon. Et vous, vous êtes déjà hors jeu.