New York étouffe sous les discours de guerre à l’ONU
La salle 1 de l’ONU à New York sent le moisi. Pas celui des vieux parquets, non, celui des promesses non tenues. Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée des droits humains, vient d’en sortir après une semaine à écouter les mêmes discours polarisants, les mêmes postures, les mêmes silences. Elle a vu ça, elle a entendu ça. Et ça la rend malade.
« Jamais je n’avais entendu autant de discours aussi clivants, aussi binaires, aussi incapables de proposer autre chose que la guerre ou la soumission. » Elle parle vite, sans filtre. Pas de diplomatie de façade. Juste le constat : l’ONU, censée être le dernier rempart contre le chaos, devient le miroir grossissant de nos divisions.
L’ONU, ce théâtre où tout le monde joue les héros
Le problème n’est pas l’ONU en soi. Le problème, c’est qu’elle est devenue le dernier refuge des États qui n’ont plus où aller. La Russie y hurle sa victimisation, les États-Unis y brandissent leur droit d’ingérence, la Chine y vend du soft power en BTP. Pendant ce temps, les crises s’empilent :
- 120 millions de personnes déplacées par les conflits en 2023 (source : UNHCR). Personne ne parle des camps saturés, des enfants soldats recrutés à 12 ans au Sahel, des femmes violées comme arme de guerre en RDC. Juste des déclarations.
- L’IA, ce nouveau jouet des puissances, qui se développe sans cadre éthique. Les États-Unis et la Chine signent des accords bilatéraux en catimini, l’UE tergiverse, et l’ONU ? Elle organise des tables rondes où tout le monde hoche la tête en regardant sa montre.
- Le climat, ce sujet qui devrait tout emporter, mais qui se noie dans les ego. Les petits États insulaires menacent de porter plainte contre les grandes puissances. Résultat ? Des COP qui ressemblent à des séances de thérapie de groupe où personne ne veut avouer qu’il a un problème.
Lahbib n’y va pas par quatre chemins : « On est en train de perdre le fil. Les gens ne savent plus qui croire, qui suivre. Les algorithmes de désinformation font le reste. » Elle cite un chiffre qui claque : 60 % des jeunes de moins de 25 ans dans les pays en développement considèrent que la démocratie est un leurre (rapport Democracy Perception Index, 2024). Pas besoin d’être devin pour comprendre ce que ça signifie.
Pourquoi personne ne veut toucher au système ?
Le vrai nœud, c’est que personne ne veut toucher à l’ONU. Pas par idéalisme, non, par peur. Peur de perdre son siège au Conseil de sécurité. Peur de se faire blacklister par les lobbies. Peur, surtout, de devoir assumer des choix.
Prenez la question de l’IA. Tout le monde parle de régulation, mais personne ne propose de mécanisme contraignant. Pourquoi ? Parce que les GAFAM et leurs équivalents chinois financent les campagnes électorales, les think tanks, les