Ce qui cloche, c’est que ça ne cloche pas vraiment
Personne ne semble choqué. Pas les médias, pas les ONG, pas même les gouvernements qui ont envoyé leurs représentants. Pourtant, quitter une tribune de l’ONU en pleine allocution, c’est un peu comme quitter un dîner en plein milieu du plat principal : ça se fait, mais ça se voit. Et ça se commente. Sauf cette fois. Les réseaux sociaux ont à peine réagi. Les grands titres ont passé leur chemin. Comme si, au fond, tout le monde s’y attendait.
Pourtant, ce n’est pas une première. En 2018, des délégués avaient déjà quitté la salle pendant le discours de Donald Trump. Mais là, c’était du grand spectacle : Trump hurlait, les diplomates se levaient en chœur, les images faisaient le tour du monde. Cette fois, Netanyahu parle avec son habituelle froideur technique, sans cris, sans gesticulation. Son sujet ? La guerre à Gaza, bien sûr. Mais pas comme vous l’imaginez. Pas de lamentations sur les victimes palestiniennes, pas d’appels à la paix. Juste une justification méthodique de chaque bombardement, chaque raid, chaque décision prise à Jérusalem. Comme si la guerre était une équation à résoudre, pas un drame humain.
Et c’est là que le bât blesse. Les diplomates ne fuient pas par indignation morale. Ils partent parce que Netanyahu ne leur donne rien à saisir. Pas de détails nouveaux, pas de failles dans le récit israélien, pas même une once de remords. Juste une répétition lisse, rodée, comme un discours écrit par des lobbyistes et relu par des avocats. Alors ils s’en vont. Pas en signe de protestation, mais par ennui. Par lassitude face à un discours qui ne propose aucune issue, aucune faille exploitable.
L’ONU a perdu son pouvoir de nuisance
Il y a dix ans, un tel départ aurait été un scandale. Aujourd’hui, c’est presque une routine. Pourquoi ? Parce que l’ONU ne décide plus rien. Elle vote des résolutions, oui, mais personne ne les applique. Elle condamne, mais les sanctions restent lettre morte. Elle organise des débats, mais les grandes puissances font ce qu’elles veulent. Prenez le cas de la Russie et de l’Ukraine : l’Assemblée générale a condamné l’invasion à plusieurs reprises, mais que s’est-il passé ? Rien. Zéro. Les États-Unis et l’Europe ont continué à armer l’Ukraine, la Russie a ignoré les appels au cessez-le-feu, et l’ONU est restée là, à voter des textes que personne ne lit.
Alors quand Netanyahu vient parler, les diplomates savent une chose : peu importe ce qu’il dira, rien ne changera. Les États-Unis le couvriront, la France et l’Allemagne feront semblant de s’inquiéter, et le reste du monde regardera ailleurs. Quitter la salle, c’est juste une façon de gagner du temps. De ne pas avoir à écouter un discours qui ne mène nulle part.
Le vrai problème, c’est que ça marche
Voilà le plus ironique : ce départ en masse, censé être un acte de rébellion, est en réalité une confirmation de l’échec de l’ONU. Si les diplomates partent, c’est parce qu’ils ont compris une chose simple : l’institution n’a plus les moyens de ses ambitions. Elle ne peut plus menacer, elle ne peut plus sanctionner, elle ne peut même plus faire semblant de choquer.
Et Netanyahu, lui, s’en fiche. Il sait très bien que personne ne le forcera à changer de ligne. Alors il parle, il justifie, il explique pourquoi chaque bombe larguée était nécessaire. Et pendant ce temps, les délégués s’en vont. Pas par courage, mais par résignation.
Ce que ça signifie pour Gaza
Derrière ce spectacle absurde se cache une réalité bien plus sombre. Si l’ONU ne réagit plus, c’est que le monde a déjà tranché. Les États-Unis et leurs alliés ne veulent pas d’une trêve à Gaza. Pas vraiment. Ils veulent une victoire israélienne, même au prix de milliers de morts palestiniens. Et comme l’ONU ne peut rien y changer, autant ne pas perdre son temps à écouter.
Alors oui, des diplomates sont partis. Mais est-ce que ça changera quelque chose ? Non. Est-ce que ça va arrêter les bombes ? Non plus. Ce qui est parti, c’est juste l’illusion que l’ONU pouvait encore faire la différence.
La prochaine fois, ils ne viendront même plus
Un jour, peut-être, les délégués ne se donneront même plus la peine d’assister aux discours de Netanyahu. Ils enverront un stagiaire, ou un robot, ou simplement un mail d’excuses. Parce que l’ONU n’est plus qu’un décor. Un lieu où l’on vient signer des protocoles, serrer des mains, et repartir en se disant qu’on a fait son devoir.
La vraie guerre, elle, se joue ailleurs. Dans les bureaux de l’ONU à New York, où des fonctionnaires classent des dossiers en silence. Dans les capitales, où les ministres se parlent au téléphone sans jamais vraiment se comprendre. Et surtout, à Gaza, où les bombes continuent de tomber.
Personne ne s’en émeut. Parce que personne n’a plus les moyens de s’en émeindre.