Un enfant sur cinq en surpoids à 8 ans. Un sur dix obèse. Les chiffres de Santé publique France pour 2022 ne mentent pas. Pourtant, l'OMS trace une limite claire : avant 10 ans, pas de médicaments, pas de chirurgie. Point. Pas de demi-mesure. Pas de dérogation. Juste un refus catégorique, publié jeudi dans ses nouvelles lignes directrices. Pourquoi cette obstination ? Parce que, selon eux, les risques l'emportent sur les bénéfices. Et puis, il y a cette question qui dérange : et si on se trompait de combat ?
L'OMS joue les cassandres, mais les hôpitaux sont débordés
À l'hôpital Necker-Enfants Malades, à Paris, les services de nutrition fonctionnent à flux tendu. Les équipes voient défiler des enfants de 6, 7, 8 ans avec des IMC à faire pâlir. Des cas extrêmes, où le corps craque : diabète de type 2, hypertension, apnées du sommeil. Le Dr. Sophie Dubourg, chef de service, le résume sans détour : « On a l'impression de jouer aux pompiers. On éteint les incendies, mais personne ne parle de la construction du bâtiment. »
Pourtant, l'OMS maintient son positionnement. Les médicaments comme le liraglutide (soldé sous le nom Victoza) ou la chirurgie bariatrique ne sont pas des solutions avant 10 ans. Pourquoi ? Parce que les études manquent. Parce que les effets secondaires sont mal connus sur le long terme. Parce que, surtout, on ne soigne pas un enfant comme un adulte en surpoids.
Mais voici le problème : les familles et les médecins sont désespérés. À l'autre bout de la France, à Lille, le Pr. Jean-Marc Dalphin, président de la Société française de pédiatrie, balance : « On nous accuse de médicaliser l'obésité. Très bien. Mais quand un enfant de 9 ans fait un AVC à cause de son poids, qui est responsable ? »
L'OMS répondrait : « Pas nous. Pas encore. »
Le piège des solutions rapides
Il y a deux ans, une étude publiée dans The Lancet avait fait grincer des dents. Sur 1 200 enfants obèses de 8 à 12 ans, ceux ayant suivi un traitement par liraglutide pendant 52 semaines avaient perdu en moyenne 14,5 % de leur poids initial. Des résultats qui, sur le papier, semblaient miraculeux. Sauf que.
Les effets secondaires ? Nausées, vomissements, risques de pancréatite. Et surtout, personne ne sait ce que ça donne après 10 ans. « On parle de médicaments approuvés pour les adultes, mais on les donne à des enfants dont le cerveau et le corps sont encore en construction », explique la pédiatre Geneviève Delzenne, membre du comité d'experts de l'OMS. « Et puis, qui paie ? Les mutuelles ? Les hôpitaux ? Parce que ça coûte cher. Très cher. »
La chirurgie, elle, est encore plus taboue. Aux États-Unis, certains centres proposent des bypass gastriques à partir de 13 ans. En France, c'est quasi inexistant. « On opère un enfant pour qu'il mange moins ? » s'indigne un chirurgien parisien sous couvert d'anonymat. « C'est une aberration. À cet âge-là, le rapport à la nourriture est en train de se construire. On ne résout pas un problème de société avec un bistouri. »
Pourtant, les lobbies pharmaceutiques poussent. Et les familles, elles, attendent. Le vrai débat n'est pas médical. Il est politique.
Ce que l'OMS oublie de dire : la responsabilité des adultes
L'obésité infantile, c'est d'abord une histoire de repas industriels, de publicités pour les céréales sucrées avant 6 ans, de cantines scolaires où le ketchup remplace la sauce tomate. Une étude de l'INSERM de 2021 l'a confirmé : les enfants dont les parents sont obèses ont 80 % de risques de l'être aussi.
Alors oui, l'OMS a raison sur un point : on ne soigne pas un enfant avec des médicaments. Mais est-ce que ça suffit ?
À Bordeaux, l'association Petits Bébés Gourmands a lancé un programme radical : interdire les écrans pendant les repas, cuisiner avec les enfants, bannir les sodas de la maison. Résultat ? Une baisse de 30 % des cas d'obésité severe dans les écoles partenaires en deux ans. « Le problème, c'est que ça demande du temps, de l'éducation, et de l'argent », reconnaît la fondatrice, Élodie Moreau. « Pas des pilules. »
Pourtant, les municipalités manquent de moyens. Les cantines scolaires sont souvent gérées par des prestataires privés qui privilégient le rendement à la qualité. Et personne ne veut entendre parler de taxes sur les produits ultra-transformés.
L'OMS, elle, reste sur sa position : « Agissez sur l'environnement, pas sur le corps des enfants. » Très bien. Mais qui va le faire ?
La vraie question : et après 10 ans, on fait quoi ?
Parce que voici le paradoxe : l'OMS interdit les traitements lourds avant 10 ans. Mais elle ne dit rien sur après. Or, c'est souvent là que les choses se compliquent. Un enfant obèse à 12 ans a déjà intériorisé son rapport à la nourriture. Les régimes restrictifs ? Ils marchent rarement. La chirurgie ? Elle devient une option, mais avec des risques psychologiques énormes.
« On va vers une société où les enfants riches auront accès aux médicaments et où les autres devront se débrouiller ? » lance un endocrinologue lyonnais. « Personne ne pose la question. »
Et puis, il y a ce détail qui saute aux yeux : l'OMS ne parle pas des inégalités sociales. Un enfant de famille aisée aura plus de chances de bénéficier d'un suivi nutritionnel personnalisé. Un enfant de quartier populaire ? Il ira voir son médecin quand il fera un malaise. Point final.
Alors oui, les médicaments avant 10 ans, c'est non. Mais est-ce que ça change quoi que ce soit si on ne s'attaque pas aux causes ?
L'OMS a raison sur le fond. Mais elle se trompe de combat.
Ce qu'il faut retenir
L'obésité infantile, c'est l'arbre qui cache la forêt. On court après des solutions médicales alors que le vrai problème, c'est notre façon de manger, de bouger, de vivre. L'OMS a interdit les médicaments avant 10 ans. Bravo. Mais ce n'est qu'une bataille.
La guerre, elle, se joue ailleurs : dans les cantines, dans les publicités, dans les politiques publiques. Et là, personne ne veut en entendre parler.