Les hôpitaux vietnamiens en retard sur deux maladies qui explosent

À Hanoï, un séminaire sur le diabète et la maladie de Graves a révélé des lacunes criantes. Les protocoles traînent, les médecins manquent de formation, et les patients paient le prix. Voici pourquoi le système s’effondre sur deux fronts.

Publié le 7 octobre 2026 à 22:10
Les hôpitaux vietnamiens en retard sur deux maladies qui explosent

Le diabète, cette épidémie silencieuse qui pourrit les hôpitaux

Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 6 millions de diabétiques, selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un chiffre en hausse de 30 % en dix ans. Pourtant, à l’hôpital Chuong My, les services diabétologie saturent. Les infirmières passent trois fois plus de temps à expliquer les injections qu’à soigner les complications. Pourquoi ? Parce que la plupart des patients arrivent trop tard. Un tiers d’entre eux développent déjà des neuropathies ou des rétinopathies à l’admission. Et les protocoles ? Ils traînent dans des tiroirs. Le dernier guide national sur la prise en charge du diabète date de 2018. Deux ans. Dans un domaine où les traitements évoluent tous les six mois, c’est une éternité.

Et puis il y a le problème des médicaments. La metformine, première ligne de traitement, manque régulièrement en stock. Les patients doivent se battre pour obtenir des génériques chinois à prix réduit. Résultat : beaucoup abandonnent. Les chiffres officiels parlent de 15 % d’abandon thérapeutique. En réalité, c’est bien plus. Les cliniques privées pullulent, mais elles coûtent cher. Un mois de suivi chez un endocrinologue indépendant ? 120 à 150 dollars. Pour un salaire moyen vietnamiens de 300 dollars par mois, c’est un luxe.

La maladie de Graves, l’oubliée des urgences

Moins médiatisée, mais tout aussi dangereuse : la maladie de Graves. Cette hyperthyroïdie auto-immune touche 0,5 % de la population, soit environ 500 000 Vietnamiens. Problème ? Les médecins généralistes la confondent souvent avec une simple anxiété ou une dépression. Les symptômes ? Perte de poids inexpliquée, tremblements, fatigue. Rien qui ne cloche dans un pays où le stress et la malnutrition sont la norme.

À l’hôpital Chuong My, le Dr. Nguyen Van Minh, chef du service d’endocrinologie, a sorti un dossier. Cas d’une patiente de 32 ans admise en urgence pour une crise cardiaque. Diagnostic initial : infarctus. Erreur. Elle souffrait d’une thyrotoxicose non traitée. Son cœur battait à 160 pulsations par minute. Quand les médecins ont enfin dosé ses hormones, c’était trop tard. Elle est morte dans la semaine.

Pourtant, le traitement existe. Un médicament appelé méthimazole peut stabiliser la thyroïde en quelques semaines. Sauf que les stocks sont irréguliers. Et que les formations sur cette maladie restent confidentielles. Seulement 12 % des médecins vietnamiens se disent à l’aise avec son diagnostic, selon une étude interne de l’université de médecine de Hanoï.

Pourquoi personne ne bouge ?

Le problème n’est pas l’argent. Le Vietnam dépense 3,5 % de son PIB en santé, soit bien plus que la moyenne asiatique. Le problème, c’est l’organisation. Les hôpitaux publics sont surchargés. Les médecins, sous-payés. Et les protocoles ? Ils existent, mais personne ne les applique.

Prenez l’exemple des centres de santé communautaires. Ils sont censés dépister le diabète et la maladie de Graves en amont. Sauf qu’ils manquent de matériel. Les bandelettes réactives pour mesurer la glycémie ? Épuisées depuis trois mois. Les tests de TSH ? Réservés aux urgences. Résultat : les cas graves arrivent directement à l’hôpital, où ils encombrent les services.

Et puis il y a la méfiance envers la médecine occidentale. Beaucoup de patients vietnamiens préfèrent les remèdes traditionnels, comme les décoctions de hoàng kỳ (curcuma), plutôt que les antidiabétiques. Efficace ? Non. Mais culturellement acceptable. Les médecins, eux, n’ont pas le temps de convaincre. Ils soignent, et souvent trop tard.

Ce qui pourrait changer (mais ne changera pas)

Au séminaire de Chuong My, une idée revenait sans cesse : la télémédecine. Des plateformes comme Vinmec ou Bach Mai commencent à proposer des consultations en ligne pour les maladies chroniques. Problème : 90 % des patients vietnamiens n’ont pas accès à Internet haut débit. Et ceux qui y arrivent doivent payer 20 à 30 dollars pour une téléconsultation. Inabordable.

Autre piste : la formation accélérée des médecins généralistes. Le ministère de la Santé a lancé un programme en 2022 pour les sensibiliser au diabète et aux maladies thyroïdiennes. Résultat ? Seulement 8 % des participants ont suivi l’intégralité des modules. Les autres ont abandonné après deux semaines, faute de temps.

Pourtant, des solutions existent ailleurs. En Thaïlande, par exemple, les cliniques mobiles équipées de glucomètres et de tests TSH sillonnent les campagnes. En Inde, des applications comme mDiabetes permettent aux patients de suivre leur glycémie et d’alerte les médecins en cas de crise. Au Vietnam ? Rien. Ou presque.

La vraie raison du retard

Ce n’est pas la technologie. Ce n’est pas l’argent. C’est le temps. Le temps qu’il faudrait pour former les médecins. Le temps qu’il faudrait pour réorganiser les hôpitaux. Le temps qu’il faudrait pour convaincre les patients que leur santé vaut plus qu’une consultation à 150 dollars.

À Chuong My, le Dr. Minh a résumé la situation en une phrase : « On soigne les complications, pas les maladies. » Traduction : quand les patients arrivent, c’est souvent trop tard. Et comme personne ne veut admettre que le système est en panne, personne ne bouge.

La dernière idée qui pique

Le Vietnam a les moyens. Mais pas la volonté. Ces deux maladies, diabète et Graves, ne tuent pas en silence. Elles crient. Et pour l’instant, personne n’écoute.

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R Galaxie Rédaction

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