Le 19 octobre 2026, dans une salle climatisée de Marrakech, une vingtaine de médecins et infirmiers marocains écoutent une formatrice japonaise expliquer comment vraiment parler de vaccination. Pas de données, pas de chiffres, pas de discours sur les bienfaits des vaccins. Juste des techniques : la posture, le ton, les silences. L’OMS et le Japon, partenaires sur ce projet, parient sur un détail simple : si les soignants savent mieux écouter, les parents hésitants accepteront plus facilement de vacciner leurs enfants. Le problème ? Le Maroc a déjà un taux de couverture vaccinale en dessous des 90 % depuis 2022. Et personne ne sait si cette formation va changer quoi que ce soit.
Pourquoi le Japon s’intéresse-t-il à la vaccination au Maroc ?
Le Japon n’est pas un pays pauvre. Il n’est pas non plus en première ligne contre les épidémies. Alors pourquoi dépenser des ressources pour former des soignants marocains à la communication ? Parce que l’OMS a un problème : les campagnes de vaccination stagnent dans les pays à revenus intermédiaires. Le Japon, qui a lui-même lutté contre des mouvements anti-vaccins dans les années 2010, connaît la musique. Son approche ? Ne pas se battre contre l’hésitation, mais la contourner.
En 2024, une étude de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) montrait que 30 % des parents marocains refusaient au moins un vaccin obligatoire pour leurs enfants, contre 15 % en moyenne en Europe. Les raisons ? Méfiance envers les laboratoires, rumeurs sur les effets secondaires, et surtout : un manque de confiance dans les soignants.
L’OMS et le Japon ont donc monté un partenariat pour former des vaccinators à une méthode venue du Japon : la communication non directive. L’idée ? Laisser le patient parler, poser des questions ouvertes, et surtout ne pas imposer.
Ça marche parfois. Dans une étude pilote menée en 2025 dans deux provinces marocaines, les taux d’acceptation ont augmenté de 8 % dans les zones où les soignants avaient suivi la formation. Mais 8 %, c’est peu. Surtout quand on sait que le Maroc dépense déjà 1,2 milliard de dirhams par an en campagnes de vaccination.
Le vrai problème n’est pas la communication, c’est l’accès
Marrakech, avec ses centres de santé modernes, est un bon terrain d’essai. Mais le Maroc n’est pas que Marrakech.
Dans le Souss-Massa, à l’autre bout du pays, 40 % des centres de santé n’ont pas assez de vaccins en stock, selon un rapport interne du MSPS de 2025. Dans l’Oriental, les soignants manquent de temps : un infirmier doit vacciner 150 enfants par jour dans certains dispensaires. Comment discuter avec un parent quand on a deux minutes par enfant ?
La formation OMS-Japon ignore ces réalités. Elle part du principe que le seul obstacle, c’est la méfiance. Mais la méfiance, on peut la travailler. Le manque de moyens, non.
Un exemple ? En 2023, une vague de rougeole a frappé la région de Fès. Résultat : 12 000 cas en trois mois. Les autorités ont réagi en organisant des campagnes de rattrapage. Efficaces ? Oui. Mais trop tard. Parce que les stocks de vaccins étaient insuffisants, et que les centres les plus éloignés n’avaient pas été approvisionnés à temps.
La communication ne résout pas ça.
Ce que le partenariat OMS-Japon ne dit pas
Le Japon mise sur une approche soft : former les soignants à mieux écouter. L’OMS, elle, a un discours plus direct. Dans un document interne de 2026, elle reconnaît que les mouvements anti-vaccins au Maroc sont souvent liés à des fake news diffusées sur les réseaux sociaux.
Problème : la formation ne parle pas de ça. Pas un mot sur les algorithmes qui amplifient les théories du complot. Pas une ligne sur les influenceurs locaux qui discréditent les vaccins. Juste des techniques de conversation.
Pourquoi ce silence ? Parce que lutter contre la désinformation, c’est compliqué. Ça demande des moyens, des lois, une régulation des réseaux sociaux. Ça coûte cher. Et ça prend du temps.
Alors on forme des soignants à sourire et à poser des questions. C’est plus simple. Et ça fait joli dans les rapports.
La vraie question : et après ?
En 2026, 1 enfant sur 5 au Maroc n’est pas à jour dans ses vaccins. Les formations comme celle de Marrakech sont utiles. Mais insuffisantes.
Le Japon a ses limites. L’OMS aussi. Parce qu’au final, le vrai défi, ce n’est pas de convaincre. C’est d’avoir assez de vaccins, assez de soignants, et assez de temps pour que ça marche.
Alors oui, la communication compte. Mais elle ne suffit pas.
Et personne ne le dit.