Les Merveilleuses attaquent sur tous les fronts, mais les femmes ne les écoutent toujours pas

Depuis des années, l’association Les Merveilleuses multiplie les actions pour détecter tôt le cancer du sein. Pourtant, les chiffres stagnent. Pourquoi personne ne semble s’en soucier ?

Publié le 20 octobre 2026 à 08:19
Les Merveilleuses attaquent sur tous les fronts, mais les femmes ne les écoutent toujours pas

Elles font le travail à la place des médecins, des politiques, et même des femmes elles-mêmes

En 2023, Les Merveilleuses ont organisé 1 200 ateliers d’autopalpation dans des lycées, des mairies et des entreprises. 80 000 femmes y ont participé, selon leurs propres chiffres. Pourtant, le dépistage du cancer du sein reste un désastre organisé. En France, 1 femme sur 8 sera touchée dans sa vie. Mais seulement 55 % des concernées se présentent à l’examen des 50-74 ans, l’âge où le risque explose. Le reste ? Elles attendent. Ou pire : elles ignorent.

Et les Merveilleuses, dans tout ça ? Elles courent. Elles forment, elles expliquent, elles tapent sur les doigts des hôpitaux qui annulent des rendez-vous à la dernière minute. Elles jouent les auxiliaires de santé, les éducatrices, les militantes. Bref, elles font le boulot que personne ne veut faire.

Pourquoi les femmes ne les suivent pas ?

Parce que la prévention, ça ne se décrète pas. Ça ne se fait pas avec des affiches dans les toilettes des gares ni des messages Instagram qui disparaissent en 24 heures. Ça se fait quand une femme de 45 ans, qui a déjà deux enfants et un boulot à temps plein, se dit : « Bon, aujourd’hui, je prends mon rendez-vous. » Sauf que personne ne lui rappelle. Pas son médecin généraliste, souvent trop débordé. Pas les pouvoirs publics, trop occupés à compter les économies sur les budgets santé. Pas même son entourage, parce que le cancer du sein, c’est encore un sujet qu’on aborde en chuchotant.

Les Merveilleuses, elles, y vont direct. Elles parlent sans filtre. « Vous avez une boule ? Vous avez mal ? Vous attendez depuis trois mois ? » Pas de jargon, pas de demi-mesure. Juste la vérité : « Si vous ne faites rien, vous risquez gros. »

Leur méthode marche, mais pas assez

Elles ont prouvé que l’autopalpation, si elle est bien expliquée, réduit les délais de diagnostic. En 2022, 30 % des femmes qu’elles ont formées ont repéré une anomalie avant même d’aller chez le médecin. 30 %. Un score correct, mais insuffisant. Parce que les autres ? Elles ne font rien. Ou trop tard.

Le problème, c’est que les Merveilleuses sont une association. Pas un service public. Pas une obligation légale. Elles dépendent des subventions, des partenariats, des bonnes volontés. Et quand l’argent manque, elles serrent la ceinture. En 2024, elles ont dû annuler 15 % de leurs ateliers dans les zones rurales. Résultat : les femmes des campagnes sont encore plus abandonnées.

Pourquoi les politiques ne les aident pas ?

Parce que le cancer du sein, c’est un sujet qui coûte cher. Pas seulement en termes de soins, mais en termes d’image. Admettre que le système de dépistage est défaillant, c’est reconnaître que l’État a échoué. Alors on fait semblant de rien. On parle d’ « amélioration continue », de « parcours de soins optimisé ». Des mots. Toujours des mots.

Les Merveilleuses, elles, elles agissent. Elles vont dans les entreprises et disent aux DRH : « Vos employées ont le droit de savoir. » Elles interviennent dans les lycées et parlent aux ados : « Un cancer, ça ne touche pas que les vieilles dames. » Elles organisent des sessions en prison, parce que même derrière les barreaux, une femme peut avoir besoin de se faire ausculter.

Leur combat a des limites

Leur force ? Leur terrain. Leur faiblesse ? Leur taille. Elles ne peuvent pas tout faire. Elles ne peuvent pas remplacer les radiologues en manque, les sages-femmes sous-payées, les gynécologues qui refusent les patientes sans ordonnance. Elles ne peuvent pas non plus forcer une femme à se bouger.

En 2023, une étude de l’Institut de Santé Publique a montré que 42 % des femmes qui décèdent d’un cancer du sein n’avaient jamais été dépistées. 42 %. Un chiffre qui donne mal au ventre. Et pourtant, personne ne semble vouloir s’en emparer.

Les Merveilleuses, elles, continuent. Elles forment, elles alertent, elles crient. Mais sans un vrai changement structurel, plus de moyens, plus de médecins, plus de pression sur les politiques, leur travail restera un pansement sur une jambe de bois.

Elles sont les seules à ne pas avoir peur de dire les choses

Pas de langue de bois. Pas de « on fait de notre mieux ». Juste des faits : « Vous attendez trop longtemps ? Vous prenez des risques. » « Votre médecin vous ignore ? Trouvez-en un autre. » « Vous avez peur ? On est là. »

Elles ne font pas dans la dentelle. Et c’est pour ça qu’on les écoute, parfois. Mais pas assez.

La vraie question, c’est : jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand les femmes devront-elles compter sur des bénévoles pour se faire soigner à temps ? Jusqu’à quand les politiques feront-ils semblant de ne pas voir ?

Les Merveilleuses ne lâcheront pas. Mais sans vous, sans nous, sans une vraie mobilisation, leur combat restera une bataille perdue d’avance.

Et ça, c’est inacceptable.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie