Fléac attend toujours son dépistage du cancer du sein

Anissa, 46 ans, attend depuis des mois une mammographie de contrôle en Charente. Malgré les campagnes d’Octobre rose, le parcours du dépistage du cancer du sein reste un parcours du combattant pour beaucoup. Pourquoi ?

Publié le 6 octobre 2026 à 08:12
Fléac attend toujours son dépistage du cancer du sein

Le rendez-vous pour la mammographie était prévu le 15 octobre. Puis annulé. Puis reporté. Puis oublié. Anissa, 46 ans, habitante de Fléac en Charente, n’a toujours pas eu son dépistage de contrôle. Pourtant, elle est suivie médicalement depuis des années. Pourtant, Octobre rose bat son plein. Pourtant, les affiches « Seins en forme, sein en bonne santé » collent encore sur les murs des cabinets de médecins. Alors oui, on incite. On sensibilise. On rappelle que le cancer du sein tue encore trop de femmes. Mais quand les mots se heurtent aux réalités, ça donne quoi ? Une colère sourde, un sentiment d’abandon, et surtout, une question qui claque : à quoi servent ces campagnes si on ne peut même pas avoir un rendez-vous ?

Le dépistage, c’est comme les places de parking à Bordeaux

Anissa n’est pas une exception. En Charente, comme ailleurs, les listes d’attente s’allongent. Les radiologues sont en sous-effectif, les centres de dépistage saturés. Résultat : des femmes comme elle, qui ont déjà des antécédents, qui savent que leur risque est plus élevé, qui devraient être en priorité… se retrouvent dans le flou. « On me dit toujours : attendez, on va vous recontacter. Mais quand ? Dans trois mois ? Six mois ? »

Le problème, c’est que le dépistage organisé du cancer du sein en France repose sur un système qui part du principe que tout le monde peut se déplacer, attendre, et que les créneaux vont se libérer. Sauf que la réalité est moins idyllique. Les centres de dépistage, souvent gérés par des associations ou des hôpitaux, dépendent de moyens humains et financiers qui ne suivent pas. En 2023, la Haute Autorité de Santé (HAS) pointait déjà un manque de radiologues dans 40 % des départements. La Charente n’est pas épargnée.

« On nous parle de prévention, mais on ne nous donne pas les moyens »

Et puis, il y a le côté absurde. Octobre rose, c’est trois semaines de communication intensive : maillots roses, slogans, hashtags. Mais quand on creuse, on se rend compte que les budgets alloués au dépistage lui-même ne suivent pas. En 2022, l’Assurance Maladie a dépensé 120 millions d’euros pour les campagnes de sensibilisation. Combien pour les mammographies ? Environ 300 millions. Soit deux fois moins par personne. La prévention, c’est bien. Mais si on ne peut pas passer à l’acte, ça devient du théâtre.

Anissa, elle, n’a pas le temps pour le théâtre. Elle a déjà perdu une amie du cancer du sein. Elle sait ce que ça veut dire, attendre trop longtemps. « On me dit que je suis en bonne santé, mais si je ne fais pas mon dépistage, comment je peux être sûre ? » La réponse, c’est qu’elle ne peut pas l’être. Parce que le système ne lui donne pas les outils pour.

Le paradoxe du dépistage organisé

Le dépistage organisé du cancer du sein, c’est censé être un modèle. Un système où l’État prend en charge l’invitation, le rendez-vous, le suivi. En théorie, ça marche. En pratique, ça coince. Parce que les femmes ne sont pas toutes égales face à ce parcours. Une Parisienne aura plus de chances d’avoir un créneau rapidement qu’une rurale. Une femme avec des antécédents familiaux devra souvent se battre pour être prioritaire. Et une habitante de Fléac, comme Anissa, se retrouvera parfois dans la file d’attente générale, comme si son risque était le même que celui d’une femme de 30 ans sans histoire.

Pire : le système repose sur la bonne volonté des professionnels. « On fait ce qu’on peut », entend-on souvent. Mais quand « ce qu’on peut » signifie « attendez trois mois », ça devient un problème de santé publique. En 2021, une étude de l’INCa (Institut National du Cancer) montrait que 15 % des femmes éligibles au dépistage ne le faisaient pas, en partie à cause des difficultés d’accès. 15 %, c’est 15 % de risques en plus de détecter un cancer à un stade avancé.

Ce que les politiques ne veulent pas voir

Alors oui, on peut toujours dire : « Mais Anissa, elle a un suivi médical, elle devrait être prioritaire ! » Sauf que dans les faits, les priorités ne sont pas toujours claires. Les centres de dépistage fonctionnent souvent en flux tendu, et quand une femme comme Anissa appelle pour prendre rendez-vous, on lui propose une date dans deux mois. Deux mois, c’est long. Deux mois, c’est le temps qu’il faut pour qu’un cancer du sein passe d’un stade précoce à un stade où les traitements sont plus agressifs.

Le pire, c’est que personne ne veut assumer. Les associations de patients crient depuis des années que le système est saturé. Les politiques promettent des solutions. Les radiologues alertent sur la pénurie. Mais au final, rien ne change vraiment. Parce que parler de dépistage, c’est facile. Organiser des créneaux, c’est compliqué. Embaucher des radiologues, c’est cher. Et puis, Octobre rose, c’est un mois par an où tout le monde est content : les femmes se sentent concernées, les médecins rappellent l’importance du dépistage, et les politiques peuvent brandir des chiffres.

Sauf que pour Anissa, et des milliers d’autres, Octobre rose, c’est juste un rappel qu’on leur ment. On leur dit : « Allez vous faire dépister, c’est simple. » Mais quand on y va, on se rend compte que ce n’est pas si simple. Que le système est à la ramasse. Que la prévention, c’est une belle idée… mais que la réalité, elle, est bien moins rose.

La vraie question, c’est : et après ?

Anissa a fini par obtenir son rendez-vous. Trois mois après la date initiale. Trois mois de stress, d’incertitude, de « et si c’était trop tard ? ». Elle a eu sa mammographie. Tout va bien. Pour cette fois. Mais le problème, c’est que la prochaine fois, ce sera la même galère. Et que pour d’autres femmes, ce sera pire.

Parce qu’au fond, le vrai scandale d’Octobre rose, ce n’est pas qu’on en parle. C’est qu’on ne fait pas assez pour que ça serve à quelque chose. Les campagnes, les affiches, les discours… tout ça, c’est bien. Mais si derrière, il n’y a pas les moyens, les radiologues, les créneaux, alors à quoi bon ?

Anissa, elle, a une réponse toute prête : à rien. Sauf à faire croire que tout va bien.

Et ça, c’est une arnaque.

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R Galaxie Rédaction

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