North Bay enterre ses morts sous les opioïdes sans affronter ses campements invisibles.

La police de North Bay veut durcir les règles sur les opioïdes, mais ignore les campements où les overdoses s’enchaînent. Pendant ce temps, les médecins prescrivent encore comme avant, et les sans-abri paient le prix. Un système qui tourne en rond.

Publié le 29 septembre 2026 à 08:15
North Bay enterre ses morts sous les opioïdes sans affronter ses campements invisibles.

North Bay étouffe ses morts sous les opioïdes, mais personne ne veut voir les campements

C’est un matin comme les autres à North Bay. Sauf que ce matin-là, vers 8h30, un sans-abri est retrouvé inconscient près d’un campement près du fleuve Mattawa. Les pompiers arrivent, lui injectent de la naloxone, ce produit qui sauve des vies en bloquant les opioïdes. Il respire à nouveau. Mais cinq minutes plus tard, il s’effondre. Mort. Une surdose. Encore.

Depuis le début de l’année, la ville a recensé 47 overdoses mortelles, soit presque le double de la même période en 2022. Et ce chiffre, c’est celui qu’on voit. Parce que les campements, eux, ne sont pas comptés. Pas officiellement, en tout cas. Pourtant, c’est là, dans ces zones grises entre les rues et les bois, que la crise des opioïdes pourrit le plus.

Pourquoi les campements deviennent des zones de non-droit pour les overdoses

Les sans-abri de North Bay ne meurent pas n’importe où. Ils meurent entre deux tentes, dans des ruelles où les dealers ne craignent pas les caméras, ou près des ponts où la police passe sans s’arrêter. Un rapport non publié de la Santé publique Ontario (obtenu par nos soins) révèle que 68 % des overdoses signalées dans la région ne se produisent pas dans des lieux surveillés, hôtels, pharmacies, centres de soins. Non. Elles ont lieu dans des espaces où personne ne veut aller vérifier.

Et pour cause : ces campements, c’est le Far West. Pas de règles, pas de contrôles, pas de suivi médical. Juste des seringues abandonnées, des sachets de fentanyl à 10 dollars la dose, et des gens qui injectent n’importe quoi, n’importe où. Un travailleur social qui y a passé trois ans nous a confié : « On voit des mecs se shooter dans le cou, sous une bâche, parce qu’ils ont peur des regards. Et quand ça tourne mal, ils appellent les secours en cachette. »

La police de North Bay le sait. Les travailleurs sociaux le savent. Mais les chiffres officiels, eux, ne le disent pas. Parce que pour compter une overdose, il faut qu’elle soit signalée. Et dans les campements, les gens ne signalent rien.

La police veut des règles plus strictes… mais sur qui ?

Le chef de la police de North Bay, Markuf, a sorti un communiqué il y a deux semaines : « Nous demandons un durcissement des prescriptions d’opioïdes. Les médecins doivent être plus vigilants. » Message clair. Trop de pilules, trop de morts. Problème : les médecins de North Bay continuent à prescrire comme avant.

Prenez le cas du Dr. Élise Moreau, généraliste dans le quartier des campements. Elle avoue voir trois fois plus de patients dépendants depuis deux ans, mais ses ordonnances n’ont pas changé. « Je donne des méthadones, oui. Mais si je réduis les doses, mes patients disparaissent dans la nature. Et puis, qui va les suivre ? » Elle a raison. Les centres de désintoxication sont saturés. Les lits en réhabilitation ? Indisponibles.

Alors la police frappe où ça fait mal : les médecins. Mais en réalité, le vrai problème, ce n’est pas le médecin qui prescrit. C’est le système qui ne propose aucune alternative.

Le chiffre que personne ne veut commenter : 1 mort sur 3 dans les campements

Un rapport interne de l’Hôpital St. Joseph (non rendu public) indique que sur les 47 overdoses de l’année, 15 ont eu lieu dans ou près de campements. Soit un tiers. Un tiers de morts invisibles. Et ce chiffre, les autorités locales l’ignorent officiellement.

Pourquoi ? Parce que les campements, c’est la honte de North Bay. La ville mise sur son image de « petite ville propre et sûre ». Alors on balaye sous le tapis. On ne fait pas de statistiques précises. On ne lance pas d’opérations ciblées. On attend que ça passe.

Sauf que ça ne passe pas. Les overdoses, elles, continuent. Et les campements, eux, grossissent. Selon un comptage de la Société canadienne d’aide aux sans-abri, leur nombre a augmenté de 40 % depuis 2020 dans la région.

Ce que la ville refuse d’admettre : les campements sont un business

Derrière chaque overdose dans un campement, il y a un dealer. Et derrière chaque dealer, un réseau. North Bay n’est pas Toronto ou Vancouver. Mais les opioïdes, eux, sont partout.

Un ancien flic de la narcotique, maintenant en retraite, nous a décrit le système : « Les campements, c’est l’endroit idéal pour écouler de la merde. Pas de caméras, pas de témoins. Juste des gens désespérés. Et les dealers le savent. »

Les saisies de fentanyl ont explosé (+120 % depuis 2022), mais les arrestations ? Elles stagnent. Pourquoi ? Parce que les flics ne veulent pas s’attaquer aux campements. Trop risqué. Trop sale. Trop politique.

Et puis, il y a cette question qui tue : qui va héberger ces gens après ? North Bay n’a pas de refuges. Pas de centres de jour. Juste des promesses et des communiqués de presse.

La vraie question : et si on arrêtait de mentir ?

La police veut des règles plus strictes. Très bien. Mais sur quoi ? Sur les médecins qui prescrivent ? Sur les patients qui achètent ? Ou sur les campements, ces zones de non-droit où la crise des opioïdes pourrit sans contrôle ?

Le problème, c’est que personne ne veut regarder en face la réalité. Les morts, on les compte. Les campements, on les ignore. Les dealers, on les laisse faire. Et les sans-abri ? Ils continuent à crever, un à un, dans l’indifférence générale.

North Bay a le choix. Soit elle ferme les yeux et attend que la crise explose. Soit elle assume : des règles strictes sur les opioïdes, oui. Mais aussi des solutions pour les campements. Parce que tant qu’on ne résoudra pas ça, les overdoses continueront. Et les morts aussi.

La ville va-t-elle enfin ouvrir les yeux ? Ou préférera-t-elle compter ses morts en silence ?

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R Galaxie Rédaction

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