Pourquoi les anti-Trump jouent-ils leur dernier atout avant les midterms ?

À deux semaines des Ă©lections, le mouvement *No Kings* organise 3 000 rassemblements pour transformer la colĂšre contre Trump en vote. Mais cette mobilisation cache des failles et une stratĂ©gie Ă  haut risque. Voici pourquoi ça pourrait tout changer
 ou rien du tout.

Publié le 17 octobre 2026 à 14:02
Pourquoi les anti-Trump jouent-ils leur dernier atout avant les midterms ?

Un mouvement qui n’en est pas vraiment un

No Kings a Ă©tĂ© lancĂ© il y a deux ans par un collectif d’anciens militants de gauche et de syndicalistes dĂ©sillusionnĂ©s. Leur idĂ©e ? « DĂ©sinfecter » la politique amĂ©ricaine en refusant les deux grands partis. « On nous dit que les dĂ©mocrates sont les bons et les rĂ©publicains les mĂ©chants, mais au final, ils font tous la mĂȘme chose : ils nous mentent, ils nous divisent, et ils ne servent que leurs intĂ©rĂȘts », explique Sarah Thompson, une organisatrice du mouvement dans l’Ohio. Le problĂšme, c’est que sur le terrain, No Kings ressemble moins Ă  une rĂ©volution qu’à une opĂ©ration de communication bien huilĂ©e. Les 3 000 Ă©vĂ©nements prĂ©vus ce samedi ? Une grande partie sont en rĂ©alitĂ© des « voter drives », des centres de vote itinĂ©rants organisĂ©s par des associations locales, avec des militants formĂ©s pour convaincre les Ă©lecteurs de se dĂ©placer. « On ne veut pas crĂ©er un nouveau parti, on veut juste que les gens votent contre Trump », rĂ©sume un porte-parole du mouvement sous couvert d’anonymat. Sauf que voter contre Trump, en 2024, ça veut dire voter dĂ©mocrate. Et ça, les organisateurs de No Kings ne le disent pas vraiment. Ils parlent de « vote utile », de « rĂ©sistance », mais jamais de « soutenir Biden ». Parce que si les Ă©lecteurs comprennent qu’on leur demande de faire un choix par dĂ©faut, ils pourraient trĂšs bien rester chez eux. Et c’est exactement ce qui est arrivĂ© en 2018, quand les dĂ©mocrates ont cru que la colĂšre contre Trump suffirait Ă  les faire gagner. RĂ©sultat ? Ils ont repris la Chambre, mais avec une majoritĂ© si fragile que deux ans plus tard, ils ont tout perdu face Ă  la mobilisation rĂ©publicaine.

Le chiffre qui résume tout : 23 millions.

C’est le nombre d’électeurs qui n’ont pas votĂ© en 2022, selon les donnĂ©es du United States Election Project. 23 millions de personnes qui auraient pu faire basculer les midterms si elles avaient seulement daignĂ© se dĂ©placer. No Kings mise sur ces abstentionnistes. Pas sur les militants de base, pas sur les donateurs, mais sur ces Ă©lecteurs déçus, en colĂšre, qui ne font plus confiance Ă  personne. « On ne cible pas les dĂ©mocrates convaincus, on cible ceux qui ont arrĂȘtĂ© de croire en quoi que ce soit », dit Thompson. Le problĂšme, c’est que ces Ă©lecteurs-lĂ  sont difficiles Ă  convaincre. Ils ne veulent pas entendre parler de « vote stratĂ©gique ». Ils veulent du changement radical. Et No Kings, malgrĂ© ses discours, n’en propose pas vraiment. Juste une consigne : « Allez voter, mais sans illusions. » C’est un message clair. Mais est-ce que ça suffit ?

L’arme à double tranchant de la colùre

Il y a un paradoxe dans cette stratĂ©gie. Plus No Kings insiste sur le fait que « les deux partis sont pourris », plus les Ă©lecteurs modĂ©rĂ©s pourraient se dire : « Si je vote dĂ©mocrate, je trahis la cause. » Et plus les Ă©lecteurs radicaux pourraient se dire : « Si je vote dĂ©mocrate, je cautionne le systĂšme. » RĂ©sultat ? Une partie de l’électorat pourrait tout simplement boycotter les urnes. « On voit dĂ©jĂ  ça dans certains États, comme la GĂ©orgie ou l’Arizona, oĂč des groupes d’extrĂȘme gauche appellent Ă  ne pas voter du tout », note un analyste du Pew Research Center, qui prĂ©fĂšre rester anonyme. « Ils disent : ‘Si vous votez, vous validez le systĂšme. Si vous ne votez pas, vous le sabotez.’ C’est une logique suicidaire, mais elle sĂ©duit une frange de l’électorat. »

Et puis il y a le risque Trump. Parce que No Kings, malgrĂ© ses discours anti-systĂšme, reste un mouvement qui se finance en partie via des dons de fondations progressistes. Des mĂȘmes fondations qui soutiennent aussi des candidats dĂ©mocrates. « On est dans une situation oĂč les militants de gauche sont tiraillĂ©s : d’un cĂŽtĂ©, ils veulent punir les dĂ©mocrates, de l’autre, ils savent que sans eux, Trump va tout rafler », explique un ancien conseiller de Bernie Sanders, qui demande Ă  ne pas ĂȘtre nommĂ©. « No Kings, c’est un peu comme si on disait Ă  un cancer : ‘ArrĂȘte de grandir, mais ne meurs pas tout de suite.’ C’est une consigne impossible Ă  suivre. »

L’exemple de l’Illinois, oĂč tout bascule.

Prenez l’Illinois. Un État dĂ©mocrate, mais oĂč Trump a fait mieux qu’attendu en 2020 dans certaines zones rurales. LĂ -bas, No Kings a organisĂ© des « voter drives » dans des villes ouvriĂšres comme Joliet ou East St. Louis, des endroits oĂč Biden n’a mĂȘme pas daignĂ© faire campagne. RĂ©sultat ? « On a rĂ©ussi Ă  faire monter la participation de 12 % dans certains bureaux de vote, mais seulement parmi les jeunes et les minoritĂ©s », raconte un militant local. « Les Blancs, eux, ils restent chez eux. Parce qu’ils pensent que voter dĂ©mocrate, c’est trahir leurs convictions. » Autrement dit : No Kings mobilise, mais pas les bons Ă©lecteurs. Ceux qui pourraient faire la diffĂ©rence.

Ce que personne ne dit sur les midterms

Tout le monde parle de l’impact de No Kings sur les midterms. Mais personne ne parle de ce qui se passera aprĂšs. Parce que si les dĂ©mocrates perdent, ce ne sera pas Ă  cause de Trump. Ce sera Ă  cause de leur propre Ă©lectorat, qui a dĂ©cidĂ© de ne plus jouer le jeu. Et si les dĂ©mocrates gagnent ? Ce sera parce que No Kings aura rĂ©ussi Ă  convaincre une partie des abstentionnistes de voter
 mais sans leur donner aucune raison de continuer Ă  croire en quoi que ce soit. « À court terme, ça peut marcher, dit un politologue de l’UniversitĂ© du Michigan. Mais Ă  long terme, ça va juste creuser le fossĂ©. Parce que les gens vont se dire : ‘On a votĂ©, et rien n’a changĂ©. Alors Ă  quoi bon continuer ?’ »

Le vrai danger, c’est que No Kings ne soit pas une solution, mais un accĂ©lĂ©rateur. Un accĂ©lĂ©rateur de la dĂ©saffection, de la colĂšre, et finalement, de la radicalisation. Parce que quand les gens n’ont plus d’espoir dans le vote, ils cherchent d’autres moyens de faire entendre leur voix. Des moyens plus bruyants. Des moyens plus violents.

Le dernier mot : une question sans réponse.

Alors, No Kings va-t-il marcher ? Personne ne le sait. Mais une chose est sĂ»re : si ça marche, ce ne sera pas parce que les Ă©lecteurs croient en ce mouvement. Ce sera parce qu’ils n’ont plus rien Ă  perdre. Et dans une dĂ©mocratie, quand les gens n’ont plus rien Ă  perdre, les choses deviennent dangereuses. TrĂšs dangereuses.

Bref, votez. Mais pas parce qu’on vous le demande. Votez parce que vous n’avez pas le choix.

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R Galaxie Rédaction

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