Le jour où la propagande algérienne a demandé à l’IA de lui mentir à sa place
Oran, 2024. Deux quotidiens nationaux, El Watan et El Khabar, publient des photos censées montrer des « saboteurs marocains » arrêtés par les autorités locales. Sauf que ces visages n’existent pas. France 24 et RFI l’ont vérifié : les images ont été fabriquées par intelligence artificielle. Pas de montage, pas de recyclage de vieux clichés. Juste une génération pure, comme si le régime, à court d’arguments, avait fini par demander à une machine de lui fournir des preuves.
C’est ça, le dahdouhisme en 2026 : quand même la propagande officielle n’a plus la force de produire des mensonges crédibles, elle se rabaisse à faire appel à des outils qui, eux, ne savent pas mentir. Juste inventer.
Pourquoi lAlgérie a-t-elle besoin de saboteurs fantômes ?
Le contexte est simple. Depuis des années, Alger et Rabat s’écharpent sur le Sahara occidental, avec des pics de tension réguliers. En 2024, les arrestations de « séparatistes » marocains en Algérie ont été présentées comme une preuve de la menace « terroriste » venue du Maroc. Sauf que les photos des « coupables » étaient… inexistantes.
El Watan et El Khabar ont joué les premiers de cordée dans cette mascarade. Leurs rédactions, habituées à répéter les communiqués du pouvoir, ont avalé l’histoire sans sourciller. Pourtant, même les services de sécurité algériens, réputés pour leur méfiance envers les technologies étrangères, ont dû admettre l’évidence : personne ne correspondait aux descriptions des « saboteurs ».
La question n’est pas « comment des médias ont-ils pu publier ça ? », mais « pourquoi personne ne les a arrêtés avant ? »
LIA, nouvelle arme de propagande des régimes à court dimages
L’Algérie n’est pas la première à utiliser l’IA pour alimenter sa désinformation. La Russie l’a fait pendant la guerre en Ukraine, avec des deepfakes de soldats « ukrainiens » en train de massacrer des civils. La Chine, elle, génère des faux profils sur les réseaux pour noyer l’opposition. Mais là , c’est différent.
Ici, ce n’est pas une superpuissance qui triche. C’est un régime régional, en perte de vitesse, qui se rend compte que même ses mensonges les plus grossiers ne passent plus. Alors il se tourne vers une machine pour lui fournir des visages, des noms, des histoires. Comme si l’IA était devenue le dernier recours d’une propagande en panne.
Le pire ? Personne ne s’en offusque vraiment. Les médias occidentaux ont couvert l’affaire en deux paragraphes, comme une anecdote. Les réseaux sociaux algériens ont ri, sans chercher à creuser. Même les opposants locaux ont semblé soulagés : au moins, cette fois, le régime avait osé un mensonge si gros qu’il était visible.
Mais le vrai problème, c’est que ça marche. Les algorithmes de désinformation, eux, ne font pas la différence entre une photo truquée et une vraie. Et une fois que l’IA a généré un « saboteur », il suffit de la laisser faire son travail : multiplier les versions, les variantes, les « preuves ».
Ce que ça dit du régime algérien
Alger a toujours été un maître en matière de manipulation médiatique. Mais là , c’est la première fois que le régime avoue, indirectement, son incapacité à produire des mensonges convaincants. Plus de photos de « crimes marocains » ? Plus de « preuves » de complots ? Alors on invente.
C’est le signe d’un pouvoir qui perd le contrôle. Pas seulement sur l’information, mais sur sa propre crédibilité. Quand même les services de renseignement doivent demander à une IA de leur fournir des coupables, c’est que la machine a pris le pas sur l’homme. Pas dans le sens « les robots nous dominent », mais dans le sens « on n’a plus les moyens de mentir, alors on délègue ».
Et le plus ironique ? Les mêmes médias qui ont publié ces photos sans sourciller sont ceux qui, il y a encore cinq ans, dénonçaient les « fake news » venues de l’étranger. Aujourd’hui, ils en produisent eux-mêmes, sans même s’en rendre compte.
La prochaine fois, ce sera pire
L’IA générative est une arme à double tranchant. Pour les régimes autoritaires, elle offre un moyen de produire de la désinformation à la chaîne, sans limite. Pour les citoyens, elle rend la vérification des faits encore plus difficile.
En 2024, les photos des « saboteurs marocains » étaient grossières, faciles à repérer. Mais demain ? Demain, l’IA sera capable de générer des vidéos, des audios, des documents officiels falsifiés. Et personne ne saura plus faire la différence.
Le dahdouhisme 2.0, c’est ça : un régime qui, incapable de mentir lui-même, demande à une machine de le faire à sa place. Et le pire, c’est que personne ne bronche.
La prochaine fois, ce ne sera pas des visages. Ce sera des guerres.