Le panneau est là, bien visible, juste avant l’entrée du centre-ville. « Stationnement payant 2h max, 2 euros l’heure après 9h ». Sauf que depuis trois mois, les commerçants de la rue du Marché aux Poulets savent une chose : personne ne respecte plus ces règles. Pas les clients, pas les livreurs, encore moins les riverains. Et eux, ils trinquent. Le problème ? Ce n’est pas le stationnement qui pose question. C’est l’hypocrisie d’une ville qui serre la vis sans proposer d’alternative.
Les commerçants se font saigner sans contrepartie
On pourrait croire que la hausse des tarifs, votée par la majorité collégiale en août 2023, était une décision technique. « On ajuste pour équilibrer les finances », avait expliqué le collège à l’époque. Sauf que sur le terrain, l’effet est immédiat : les clients fuient. Pas parce qu’ils refusent de payer. Parce qu’ils n’ont pas le choix. « Avant, on avait des gens qui traînaient devant les boutiques, qui regardaient les vitrines, qui achetaient un café en terrasse », raconte Jean-Luc, gérant d’une mercerie depuis 25 ans. « Maintenant, ils tournent en rond pendant 20 minutes avant de se dire : ‘Bon, je vais faire mes courses à Braine-l’Alleud.’ »
Le chiffre qui claque ? , 12 % de fréquentation en trois mois pour les petits commerces du centre, selon une estimation de la Chambre de commerce de Nivelles. Pas une étude savante, mais des relevés de tickets de caisse et de cartes de fidélité croisés. « On nous parle d’écologie, de ville apaisée, mais personne ne nous dit comment on fait pour vivre », lance Marie, propriétaire d’un salon de thé. Le paradoxe ? Les recettes supplémentaires du stationnement ne compensent même pas la baisse des ventes.
Et puis il y a le détail qui tue : les commerçants paient déjà. Entre les taxes sur les vitrines, les frais de nettoyage des trottoirs et maintenant les amendes pour les clients mal stationnés (qu’ils doivent régler à la place des contrevenants), c’est eux qui financent indirectement le stationnement payant. « On est les dindons de la farce », résume un artisan. La ville gagne des euros sur le dos de ceux qui en perdent.
La zone bleue qui n’en est pas une
Le centre-ville de Nivelles est censé être en « zone bleue », ce qui signifie : stationnement payant, horodateurs partout, tolérance zéro. Sauf que sur le terrain, c’est le bordel. « Les horodateurs tombent en panne, les agents de contrôle ne passent qu’une fois par semaine, et les panonceaux indiquant les zones réservées aux livraisons sont illisibles », dénonce le président de l’Union des commerçants, qui préfère garder l’anonymat. « On a l’impression que la ville applique les règles parce que c’est écrit quelque part, pas parce que ça a un sens. »
Prenez la rue de l’Église, par exemple. Une artère piétonne où les voitures sont interdites… sauf pour les livreurs. Sauf que les livreurs, eux, n’ont pas toujours le temps de chercher une place à 200 mètres. Résultat : des camions de livraison bloquent les entrées de boutiques entre 10h et 12h. « On nous dit de faire du commerce, mais on nous empêche d’être visibles », s’énerve une épicière. La ville répond que des places de livraison sont prévues. Sauf qu’elles sont… ailleurs. Très ailleurs.
Et puis il y a le casse-tête des « zones de dépôt minute ». Officiellement, elles existent. Officieusement, personne ne les connaît. « On a demandé trois fois où elles étaient, on nous a répondu : ‘Là-bas, près du parking P1’. Sauf que le parking P1, c’est à 500 mètres », raconte un restaurateur. Le stationnement payant, c’est comme un jeu de piste où personne ne gagne.
Le vrai problème : personne ne parle des alternatives
La ville de Nivelles a un plan. Ou du moins, elle en parle. « On va développer le covoiturage, étendre les pistes cyclables, créer des parkings relais », promet-on à la régie des voiries. Sauf que pour l’instant, ces promesses restent des vœux pieux.
Prenez les pistes cyclables. Elles existent, mais elles sont bouchées par des nids-de-poule, mal éclairées la nuit, et relient surtout des quartiers résidentiels entre eux, pas le centre-ville. « Un client qui vient de Tubize en vélo pour faire ses courses ? Très bien. Sauf que s’il pleut, il va se garer où ? », lance un libraire. La ville mise sur les parkings relais. Sauf qu’il n’y en a qu’un, à 1,2 km du centre, et il est souvent plein.
Et puis il y a le covoiturage. « Super idée, sauf que les gens qui viennent à Nivelles pour faire leurs courses ne sont pas des employés en déplacement professionnel », rappelle un commerçant. Le stationnement payant, c’est une taxe sur la vie quotidienne. Mais personne ne propose de solution pour la rendre supportable.
La vraie question : qui va payer la note ?
Les commerçants de Nivelles ne demandent pas qu’on supprime le stationnement payant. Ils veulent juste que ça ait un sens. Que les règles soient appliquées de manière cohérente. Que les alternatives existent avant qu’on ne serre la vis. Pour l’instant, c’est l’inverse qui se produit : on augmente les tarifs, on complexifie les règles, et on laisse les gens se débrouiller.
Le pire ? Personne ne semble s’en soucier. Les riverains râlent, mais continuent à mal stationner. Les clients fuient sans faire de bruit. Et la ville, elle, encaisse. « On est dans une logique où tout le monde fait semblant de ne pas voir », résume un ancien élu local. Le stationnement à Nivelles n’est pas une épreuve. C’est un leurre. Un leurre qui coûte cher à ceux qui font vivre la ville.
La prochaine fois que vous passerez par Nivelles, regardez bien les vitrines vides. Derrière, il y a des gens qui comptent les euros perdus. Et des panonceaux qui mentent.