New York commémore le 11-Septembre en pleine fracture politique

Vingt-cinq ans après les attentats, les cérémonies à Ground Zero révèlent une ville déchirée entre un maire républicain agressif et un édile musulman, tandis que Trump boycotte l’événement. La mémoire se politise, et la colère gronde.

Publié le 11 septembre 2026 à 18:06
New York commémore le 11-Septembre en pleine fracture politique

Le maire musulman devient la cible des vieux démons

Giuliani n’est pas un homme qui tourne autour du pot. À 80 ans, il reste un bulldozer. Sauf que cette fois, il ne parle pas à des électeurs, mais à une ville entière. Et ses mots ont un goût amer. « Les familles des victimes ne veulent pas d’un maire qui prie cinq fois par jour », a-t-il ajouté, comme si Mamdani était un danger public. La réponse du maire démocrate ? Un silence poli, suivi d’un communiqué où il rappelle que « le 11-Septembre unit, pas divise ». Trop tard. Le mal est fait. Les réseaux sociaux s’embrasent. Les uns accusent Mamdani de « trahir l’esprit de 2001 », les autres traitent Giuliani de « nostalgique d’une Amérique morte ».

Pourtant, Mamdani n’est pas un inconnu. Ancien professeur à Columbia, il a passé sa carrière à étudier les conflits postcoloniaux. Il connaît les blessures de New York mieux que personne. Mais ça ne change rien. Parce que le 11-Septembre, aujourd’hui, ce n’est plus seulement une tragédie. C’est un symbole. Et les symboles, on les utilise pour frapper.

Un chiffre parle plus que les discours : 3 000 morts.

C’est le nombre officiel de victimes des attentats, selon le National September 11 Memorial & Museum. Mais personne ne compte les morts symboliques. Ceux que la politique tue, lentement. Comme cette famille de pompiers, interviewée hier par The New York Times, qui a refusé de participer à la cérémonie officielle. « On ne veut pas entendre Mamdani prier pour nous », a déclaré le fils d’un héros des tours. « Giuliani, au moins, il nous comprenait. » La phrase résonne comme un coup de poing. Parce que Giuliani, lui, il était là. Il a couru dans les décombres. Il a serré les mains des rescapés. Mamdani, non. Il avait 12 ans, en Ouganda. Mais ça, visiblement, ça ne compte pas.

Trump, l’absent qui pèse plus que tout

Donald Trump, lui, ne sera pas là. Pas cette année. Pas sur le site des tours jumelles, en tout cas. Officiellement, il a « d’autres engagements ». Officieusement, tout le monde sait pourquoi. Parce que Trump, c’est le miroir de Giuliani. Le même mépris pour les musulmans, les mêmes références au « grand New York » d’avant. Sauf que Trump, lui, il a un problème : il a perdu. Et Mamdani, c’est la preuve que l’Amérique a changé. Que les musulmans, les immigrés, les démocrates, ils ont leur place. Même à Ground Zero.

Son absence n’est pas un hasard. C’est un message. « Ils ne veulent pas de moi », a-t-il grogné sur Truth Social. « Ils préfèrent un maire qui ne sait même pas ce que c’est, la vraie Amérique. » La vraie Amérique. Toujours la même rengaine. Toujours les mêmes mots pour désigner ceux qui ne pensent pas comme lui.

Pourtant, Mamdani n’est pas un révolutionnaire. Il ne veut pas effacer 2001. Il veut juste gouverner. Construire des écoles, désenclaver le Bronx, relancer l’économie. Mais peu importe. Parce que le 11-Septembre, aujourd’hui, ce n’est plus une date. C’est une arme.

La mémoire comme terrain de guerre

Les cérémonies officielles se déroulent dans un calme relatif. Les noms sont lus, les fleurs déposées, les hymnes entonnés. Mais dans les rues, l’atmosphère est électrique. Des groupes d’extrême droite scandent « USA, USA ! » devant le mémorial, tandis que des contre-manifestants brandissent des pancartes « Islamophobie = Terrorisme ». La police doit intervenir. Plusieurs arrestations sont signalées.

New York a toujours été une ville de contradictions. Mais jamais les fractures n’ont été aussi visibles. Le 11-Septembre était censé être un moment de réconciliation. Aujourd’hui, il révèle au contraire à quel point la ville est divisée. Entre ceux qui veulent « garder le cap », comme Giuliani, et ceux qui veulent « avancer », comme Mamdani. Entre ceux qui voient dans l’islam une menace et ceux qui y voient une partie de l’avenir.

Un détail glané dans les archives : en 2001, 90 % des New-Yorkais se disaient « unis » après les attentats.

Aujourd’hui, selon un sondage Marist Poll publié en juillet, seulement 38 % des habitants estiment que la ville « tourne la page ». Les autres ? Ils ont l’impression que le pays recule. Que les vieilles haines refont surface. Que le 11-Septembre, finalement, n’a servi qu’à une chose : à rappeler que l’Amérique, elle ne guérit jamais vraiment.

Ce que Mamdani ne peut pas gagner

Le maire démocrate a une stratégie : « Ne pas répondre à la provocation. » Il évite les clashs, multiplie les gestes symboliques. Il a même invité des familles de victimes à un dîner privé, hier soir. « L’unité, ça se construit pas avec des mots, mais avec des actes », a-t-il expliqué à The Daily News. Sauf que Giuliani et ses alliés ne veulent pas d’actes. Ils veulent du sang. Du sang symbolique, bien sûr. Parce que Mamdani n’est pas un ennemi. Juste un bouc émissaire.

Le pire ? Personne ne gagne. Pas Mamdani, qui voit son mandat commencer sous les huées. Pas Giuliani, qui joue les martyrs mais ne change rien. Pas même les familles des victimes, qui se retrouvent prises entre deux feux. D’un côté, ceux qui les exploitent. De l’autre, ceux qui les ignorent.

New York a survécu à tout. Aux attentats. Aux crises financières. Aux épidémies. Mais une ville, ça se porte aussi par ses idées. Et là, les idées manquent cruellement.

La leçon que personne ne veut entendre

Le 11-Septembre, c’était l’effondrement de deux tours. Aujourd’hui, c’est l’effondrement d’un rêve : celui d’une Amérique unie, fière, tournée vers l’avenir. À la place, il n’y a que des clivages, des rancœurs, et cette question qui revient sans cesse : « Et si, finalement, le vrai attentat, c’était celui-là ? »

Mamdani a raison sur un point : la mémoire ne se politise pas. Elle se transmet. Mais pour ça, il faut d’abord écouter. Et aujourd’hui, à New York, personne n’écoute plus.

La cérémonie se termine. Les drapeaux sont rentrés. Les visages sont encore plus graves. Parce que personne ne sait comment sortir de ce piège. Et c’est ça, le vrai scandale. Pas les mots de Giuliani. Pas l’absence de Trump. Mais le fait que, 25 ans après, on en soit encore là.

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R Galaxie Rédaction

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